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 PARIS - Le musée des Arts décoratifs présente l’œuvre de celui qui fut l’un des plus célèbres artisans d’art du XVIIIe siècle, Pierre Gouthière, doreur et ciseleur des rois Louis XV et Louis XVI. 104 objets d’art et 85 dessins et estampes, replacent l’œuvre de Gouthière au cœur de la création ornementale du dernier tiers du XVIIIe siècle. Cette exposition est le fruit d’une collaboration du musée avec la Frick Collection de New York. Le projet parisien présente une version enrichie de l’exposition new yorkaise et offre l’occasion de faire le point sur l’œuvre et la carrière du bronzier, sur les attributions souvent généreuses dont il fit l’objet autant que sur le rôle joué par ses principaux commanditaires tel que le duc d’Aumont. L’exposition met également le travail de Gouthière en perspective avec celui de ses concurrents d’alors, tout en rappelant les liens unissant les bronziers aux architectes, aux ornemanistes, tous protagonistes de l’évolution du décor intérieur.

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Cassolette, bronzes dorés par Pierre Gouthière d’après un dessin de François-Joseph Bélanger, vers 1775-1780, porphyre vert de Grèce (dit « serpentine antique ») et bronze doré Musée du Louvre, versement du Mobilier national. © Photo RMN-Grand Palais 

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Pierre-Adrien Pâris, dessin préparatoire pour la gravure représentant un vase des collections du duc d'Aumont (1782), crayon, encre et aquarelle sur papier © Bibliothèque nationale de France, Paris

Imaginés comme somptueux fairevaloir aux objets précieux conçus par les marchands merciers ou comme éléments de décor pour les intérieurs, ces ornements de bronze doré se déclinent sur toutes sortes d’objets. Pendules, aiguières, vases, potspourris, cassolettes, bras de lumière, lustres, tables et consoles, chenets et cheminées, colonnes et piédestaux sont ainsi enrichis d’ornements finement ciselés et dorés dont les réalisations de Pierre Gouthière comptent parmi les plus somptueuses. La diversité des matériaux utilisés, marbre, porphyre, jaspe, porcelaine de Chine, ivoire comme leur couleur offre des jeux contrastes saisissants propres à séduire les commanditaires.

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Projet pour une table d’applique, candélabres, flambeaux et vase, Jean-Démosthène Dugourc, vers 1790, encre noire et aquarelle sur papier, Musée des Arts décoratifs © Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance 

On sait peu de choses sur les débuts de Pierre Gouthière si ce n’est qu’il fit son apprentissage auprès du maître doreur François Ceriset et eut la grande chance de travailler tôt dans sa carrière avec des orfèvres de renom. Parmi eux, FrançoisThomas Germain, orfèvre du roi qui le forma à la technique de la dorure et de la ciselure sur or et argent. Durant cette période, Gouthière apprit à maîtriser les multiples étapes de la production d’objets en laiton doré et les techniques plus particulièrement complexes de la ciselure et de la dorure. Ces processus nécessitaient de faire appel à un grand nombre d’artisans (dessinateur ou architecte, sculpteur, modeleur, fondeur, tourneur, ciseleur et doreur) et mettaient en œuvre différents savoirfaire comme la création de modèles, la soudure de différents éléments fondus séparément, la manipulation chimique de la dorure ou encore l’assemblage final des ornements. C’est durant sa formation qu’il mit au point un procédé qui fit sa renommée : la dorure « au mat », technique très onéreuse, qui lui permettait de varier les effets de brillance à la surface des objets.

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Deux pots-pourris, porcelaine de Chine, XVIIIe siècle, bronzes dorés par Pierre Gouthière, vers 1770-1775, porcelaine et bronze doré, Musée du Louvre, versement du Mobilier national© Photo RMN-Grand Palais

Pour les réaliser, Gouthière travailla avec les plus grands ornemanistes, sculpteurs et architectes comme François-Joseph Bélanger, ClaudeNicolas Ledoux ou Pierre-Adrien Pâris dont quelques dessins, conservés au musée des Arts décoratifs et dans quelques autres collections nationales ou privées sont présentés pour la première fois en regard des œuvres. Ces dessins, étapes indispensables au processus créatif, montrent à la fois l’immense inventivité des ornemanistes et combien ils constituent un répertoire de formes et d’ornements dans lequel Gouthière et ses contemporains puisèrent abondamment. Modèles de bras de lumière, de chenets, de cheminées, de vases de garnitures, de poignées de porte feront ainsi écho aux œuvres de Gouthière. 

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Bouton de porte-fenêtre, Pierre Gouthière, d’après un dessin de Claude Nicolas Ledoux, vers 1770, bronze ciselé et doré, Musée des Arts décoratifs © Photo Thomas Hennocque

Pierre Gouthière travailla presque exclusivement pour une clientèle d’hommes et de femmes puissants et immensément riches, à commencer par la cour, qui lui demandaient d’exécuter des objets extravagants de luxe et d’exubérance. En 1770, l’architecte Ledoux le choisit pour réaliser, d’après ses dessins, les bronzes d’ameublement du pavillon de Louveciennes édifié pour la comtesse Du Barry. Entre 1772 et 1777, il est appelé à participer au décor du château de Fontainebleau pour l’un des salons de la favorite (aujourd’hui disparu) et travaille à celui du boudoir turc de Marie-Antoinette. Pendant ces mêmes années, il fournit à la duchesse de Mazarin des bronzes pour le décor de son salon parisien dont une extraordinaire paire de bras de lumière. En travaillant sous la conduite de l’architecte Bélanger qui élève et dirige la décoration du pavillon de Bagatelle, Gouthière œuvre aussi pour le comte d’Artois, frère du roi Louis XVI. Parmi ces commanditaires le duc d’Aumont joua un rôle considérable. Gentilhomme de la chambre du roi et intendant principal des Menus Plaisirs, alors que Gouthière est en charge de la réalisation de bronzes pour le serrebijoux de la Reine, le duc devient son plus fameux commanditaire.

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Petit autel, bronzes dorés par Pierre Gouthière, vers 1770, ivoire, marbre blanc et bronze doré, collection particulière © Photo Thomas Hennocque

Les œuvres de Gouthière pour le duc d’Aumont comptent parmi les plus exceptionnelles. Grand amateur de pierres dures et de porcelaines asiatiques, Aumont, tout en se faisant aménager son hôtel particulier, aujourd’hui l’hôtel Crillon place de la Concorde, commanda au bronzier des montures en bronze doré destinées à mettre en valeur certaines pièces de ses collections, montures dont Bélanger fournit les dessins. Dispersées lors de la vente qui suivit le décès du duc en 1782, l’exposition est l’occasion de réunir une quinzaine d’entre elles. 

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Paire de feux, Quentin-Claude Pitoin (bronzier), 1777. Bronze ciselé et doré. Musée des Arts décoratifs © Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Cyril Bernard

Il n’y a pas de « style Gouthière » à proprement parler, mais plutôt une manière bien personnelle d’interpréter un modèle. Comme souvent lorsque les artistes ne signent que rarement leurs œuvres, certaines attributions se perdent et se brouillent. Certaines pièces de ses contemporains lui furent attribuées quand d’autres réalisées de ses mains furent données à ses concurrents. L’exposition s’attarde justement sur quelques bronziers contemporains qui excellèrent, chacun à sa manière, à ciseler le bronze et à employer la dorure au mat. Ainsi quelques œuvres de Forestier, Rémond, Feuchère et Thomire viennent enrichir cet extraordinaire savoir-faire des bronziers parisiens.

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Paire de candélabres. Un vase en porcelaine dure, manufacture de Meissen, ca. 1720  ; le second, un remplacement ultérieur, bronzes dorés par Pierre Gouthière d’après un modèle de François-Joseph Bélanger, 1782, porcelaine dure et bronze doré. The Frick Collection, New York © Photo Michael Bodycomb

Si Pierre Gouthière fut célèbre à son époque, il travailla moins après la Révolution française, mais sa renommée courut jusqu’à sa mort en 1813. Tout au long du XIXe siècle, il ne cessa d’être admiré et son œuvre recherchée des amateurs, essentiellement français et anglais. Ces oeuvres sont conservées en France au musée du Louvre, au château de Versailles, en Angleterre à la Wallace Collection de Londres, aux Etats Unis à la Frick Collection et dans plusieurs collections privées. L’exposition est l’occasion de les faire découvrir et aimer d’un plus grand nombre. 

Du 16 mars au 25 juin 2017

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Table d'applique, marbre bleu turquin fourni et sculpté par Jacques Adan; Bronze doré, 1781, parPierre Gouthière (1732–1813), d'après un croquis de François-Joseph Bélanger et Jean-François-Thérèse ChalgrinThe Frick Collection, New York © Photo Michael Bodycomb

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Vase (d’une paire), XVIIIe siècle, bronzes ciselés et dorés par Pierre Gouthière d’après un dessin de François-Joseph Bélanger, 1782. Porcelaine céladon de Chine, porphyre et bronze doré. Musée du Louvre, versement du Mobilier national © Photo RMN-Grand Palais / Konstantinos Ignatiadis

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Projet pour un candélabre, Jean-Louis Prieur (1732-1795), vers 1770. Dessin à la plume, encre noire, aquarelle sépia. Musée des Arts décoratifs © Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

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Paire de bras de lumière à cinq branches, Pierre Gouthière, d’après un modèle de François-Joseph Bélanger, vers 1780. Bronze doré et patiné. Musée du Louvre © Photo RMN-Grand Palais

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Vase, bronze, circa 1775-80, par Pierre Gouthière (1732–1813), d'après un dessin de François-Joseph Bélanger. Porphyre grec vert probablement sculpté par Augustin Bocciardi ou Pierre-Jean-Baptiste Delaplanche. Musée du Louvre © Photo RMN-Grand Palais

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Pierre-Adrien Pâris, dessin préparatoire pour la gravure représentant un vase des collections du duc d'Aumont (1782), crayon, encre et aquarelle sur papier © Bibliothèque nationale de France, Paris

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Chapiteau pour une colonne en porphyre, circa 1775−1780, par Pierre Gouthière (1732–1813), probablement d'après un dessin de François-Joseph Bélanger. Bronze doré. Musée du Louvre. © RMN-Grand-Palais, Musée du Louvre/Thierry Ollivier

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Paire d’aiguières (détail), porcelaine chinoise a couverte aubergine d’époque Kangxi (1662−1722). Monture en bronze doré, vers 1785. Collection particulière © Photo Thomas Hennocque

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Bras de lumière d’une paire, Pierre-Philippe Thomire, 1787. Bronze doré. Musée national de Compiègne © Photo RMN-Grand Palais

 

 

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Pendule représentant Apollon, Pierre-Philippe Thomire (bronzier) et Le Sieur (hologer), vers 1800. Bronze doré et bronze patiné, griotte rouge, émail. Musée des Arts décoratifs © Photo Les Arts Décoratifs, Paris / Jean Tholance

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{Voices}, Gonzague Mézin (créateur d’objets d’art), Samuel Yal (sculpteur), Atelier Cabiria (bronziers d’art) pour Maison Lignereux, 2017. Porcelaine, bronze doré © Lignereux