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Dans le cadre de l’Année France-Colombie 2017, le musée du Louvre met à l’honneur le patrimoine colombien en présentant dans la grande salle des peintures espagnoles, deux oeuvres majeures de l’art néo-grenadin (c’est-à-dire de la Vice-Royauté de Nouvelle Grenade, au XVIIIe siècle) : l’ostensoir de l’église de San Ignacio de Bogotá, surnommé « La Lechuga », joyau d’orfèvrerie d’un raffinement extrême et la statue de sainte Barbe, sculpture en bois de plus de deux mètres de haut, profondément influencée par l’école de Séville et référence de tous les artistes colombiens jusqu’à nos jours.

« La Lechuga »
En 1700, pour leur église San Ignacio à Santa Fe de Bogotá, les Jésuites commandent un ostensoir à José de Galaz. Il lui faudra sept ans et l’aide de deux assistants pour créer ce chef-d’oeuvre d’art liturgique, haut de 80 centimètres et constitué de près de 5 kilos d’or et de plus de 1 700 pierres précieuses (un saphir, 13 rubis, 28 diamants, 62 perles, une topaze, 168 améthystes non taillées et 4 taillées, 1 485 émeraudes). Cette richesse répond à la tradition artistique de l’orfèvrerie religieuse, qui voulait que l’exposition de l’hostie se fasse de la manière la plus somptueuse et splendide possible. Cet ostensoir n’est pas seulement remarquable par l’utilisation de l’or et des pierres précieuses, il l’est aussi par la façon dont ces matériaux sont combinés pour créer un objet qui est simultanément puissant, complexe et d’une grande finesse. Les émeraudes qui couvrent toute l’oeuvre la colorent d’un vert intense, qui est à l’origine de son surnom de « La Lechuga », qui signifie « La Laitue ». Enfin, le motif contribue à la beauté de l’ensemble : si la partie supérieure, encerclant la lunule où se trouvait l’hostie, évoque classiquement le soleil, plutôt que de reposer sur un élément architectural, elle est ici portée par un ange, qui est en soi un exemple remarquable de sculpture.

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José de Galaz, Ostensoir de l'église de San Ignacio de Bogota, dit "La Lechuga© Imagen cortesía de la Unidad de Artes y Otras Colecciones del Banco de la República / Oscar Monsalve Pino

Statue de sainte Barbe
Sommet de l’art colonial néo-grenadin par la volupté de ses formes, l’élégance de sa posture et sa délicate exécution, cette oeuvre de Pedro Laboria est d’une importance exceptionnelle, tant son influence, en l’absence de statuaire grecque, fut grande sur les artistes, qui en tirèrent une leçon de virtuosité. Aujourd’hui encore sa très forte corporalité, sa gravité et sa grande cruauté restent une source latente d’inspiration pour les artistes contemporains. Objet d’une dévotion fervente, sainte Barbe est représentée dans une posture d’élévation spirituelle au moment de son martyre. La figure du bourreau a été exclue du groupe sculpté et seule demeure la lame plantée dans le sein de la sainte. Celle-ci est vêtue aux couleurs de la couronne espagnole, ce qui avait pour but de souligner et de renforcer la noblesse de la figure. 

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Pedro Laboria, Sainte Barbe, 1740, bois sculpté, polychrome et travaillé selon la technique de l’estofado. Archidiocèse de Bogotá © Arquidiócesis de Bogotá