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Lot 34. Tapisserie: La Foi, Florence, vers 1702-1705. Estimation 80 000 € / 100 000 €. Photo: Kohn

Carton d’Antonio Bronconi (documenté à Florence entre 1700 et 1733) réalisé entre 1701 et 1702. Partiellement recopié d’un modèle de 1523 d’Andrea del Sarto (1486-1530). Laine et soie, 358 x 302 cm.

BibliographieNello Forti Grazzini, Il Patrimonio artistico del Quirinale, Gli Arazzi, ed. Electa, Rome.

NoteLa Foi, l’une des trois Vertus théologiques, est représentée sous les traits d’une figure féminine se tenant debout, vêtue d’une robe rouge à lourds plis tombant et d’un manteau bleu posé sur les épaules. Ses longs cheveux blonds sont retenus dans un turban blanc. Elle porte dans sa main droite un calice sur lequel apparaît une hostie gravée de l’inscription IHS se référant au nom de Jésus et tient une croix dans la main gauche. Le calice et la croix sont des symboles classiques attribués à la Foi. D’après l’Iconologie de Cesare Ripa paru en 1594, les deux principaux piliers de la Foi sont « croire en Jésus Christ Crucifix et croire en le Sacrement de l’Autel ». 

Elle se présente dans une niche richement travaillée constituée d’un piédestal à coquille et sirènes nues ailées, allusion aux Vices sur lesquels triomphe la Vertu, une voûte à coquille aux arcs soulignés de grandes volutes convergentes desquelles émergent d’épaisses guirlandes de fruits et de pilastres à frises de flots entrelacés, tête d’angelot et chutes de fleurons. 

La composition offre un double contraste. Le premier oppose la sinuosité des motifs, des arcs, des volutes, des silhouettes des sirènes allongées au rythme rectiligne et vertical de l’architecture ; le second, à l’apparence humaine de la carnation et des mouvements de la figure féminine répond son état de statue installée dans une niche. Ces oppositions offrent ainsi un décor harmonieux et élaboré à cette personnification. La tapisserie est bordée d’une simple moulure indiquant qu’elle devait être intégrée à l’ambiance générale d’une salle en tant qu’élément d’une même décoration, coordonnée et harmonieuse.

Le modèle de cette portière appartient à la série des Cinq Figures Allégoriques des Vertus (Courage – Justice – Espérance – Charité – Foi) commandée par le Grand-Duc Cosme III de Médicis pour la décoration du Palais Pitti, et réalisée entre 1700 et 1705 par des Manufactures traditionnelles de Florence. Florence fut la ville italienne la plus active en matière de tapisserie où cet art prospéra de 1545 à 1744 avec le parrainage de la Cour des Médicis, également principal commanditaire. 

Les productions des manufactures florentines à la fin du XVIIe siècle sont dans une période d’incertitude et d’hésitations. Les petits ateliers produisent sur demandes de la Cour, non pas de grands ensembles de narration historique ou religieuse mais des tapisseries ou des cycles de format réduit (portières ou dessus-de-porte) conçus comme devant s’accorder avec l’ensemble de l’architecture baroque des salles. 

Elle inaugure une tendance qui allait s’affirmer en Europe tout au long du XVIIIe siècle à savoir le rôle particulier assigné aux tapisseries comme élément homogène se confondant avec le décor des salles plutôt que ressortant sur les parois comme oeuvre autonome. Alessandro Rosi (1627-1697) fut le premier peintre cartonnier florentin à proposer des modèles de dessus-de-porte (en 1692) et de portières (en 1695) sur le thème des Vertus pour la Cour des Médicis. Il inaugura ainsi un répertoire de personnification représentées dans un contexte architectural de niche à l’image d’une statue soit à figure entière, soit en buste. Ces tapisseries, d’un grand format (jusqu’à 5 mètres de haut) servirent de modèle à une seconde série, dont fait partie notre sujet de La Foi, commandée immédiatement après par les Médicis afin probablement d’avoir à disposition des tentures de format plus petit. 

Le traitement des figures de La Foi, L’Espérance, La Charité et La Justice sont directement inspirées des fresques monochromes d’Andrea del Sarto que l’artiste de la Renaissance florentine réalisa en 1523 pour le Chriostro dello Scalzo (Cloître du Scalzo) à Florence. 

Le Courage, quant à lui, aurait été réalisé d’après un carton du peintre Francesco Nani, dont un document de 1699 décrit précisément ce sujet. 

Il semblerait que l’auteur des tapisseries La Foi, L’Espérance, La Charité et La Justice de la seconde série soit Antonio Bronconi ( ?-1733), peintre peu connu, dont peu d’oeuvres sont conservées. Des témoignages indiquent qu’il fut copiste ou arrangeur de modèles d’autrui plutôt qu’auteur d’oeuvres originales. Neveu et probablement élève d’Alessandro Rosi, il est mentionné comme directeur de la Manufacture de tapisseries florentines entre 1717 et 1733. Des écrits indiquent également qu’il recevait des émoluments de son activité de peintre cartonnier, notamment entre 1700 et 1702 pour une commande de portières. D’après les archives grand-ducales, Bronconi aurait reçu en 1702 un paiement pour un « nouveau modèle » destiné à la tapisserie ayant pour sujet La Foi, identifiable avec la tapisserie conservée à Pise au Musée Matteo et par conséquent à notre exemplaire. 

Quant à l’atelier ayant produit les tapisseries et portières, Il est impossible de l’identifier de manière certaine. En effet, il existait, vers 1700 à Florence, plusieurs petites manufactures de tapisserie qui travaillaient indépendamment (ateliers de Giuseppe Cavalini, Michel Pucci, Andrea et Domenico Manzi, Stefano Termini) et qui recevaient des commandes de la Cour des Médicis. 

Après 1705, ces petits ateliers fusionnèrent sous la direction de Giovanni Battisti Termini qui centralisa alors toute la production licière. On peut donc supposer que notre oeuvre ait été réalisée entre 1702 (date du paiement du carton à Bronconi et donc mise à disposition du modèle aux tapissiers) et 1705. Réalisation importante tant pour l’effet décoratif que pour l’invention figurative, notre modèle est au croisement d’une figure recopiée d’Andrea del Sarto, l’un des plus célèbres représentants de la Renaissance italienne et d’un mouvement architectural d’inspiration baroque, caractéristique des productions florentines de la fin du XVIIe siècle, début du XVIIIe siècle.

Tableaux Anciens et XIXe, Objets d'Art et Mobilier des XVIe au XIXe s., Tapis et Tapisseries chez Kohn, 75 009 Paris, le 11 Octobre 2017 à 14h00