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Francisco de Zurbarán (1598-1664), "El Niño de la Espina en un paisaje" (l'Enfant Jésus se blessant avec la couronne d'épines dans un paysage)1645-1650. Huile sur toile, 110 x 82 cm © Fondation Bemberg

La Fondation Bemberg annonce que, fidèle à son souci d'enrichir régulièrement les collections léguées par Georges Bemberg, elle vient de faire récemment l'acquisition d’une peinture destinée à compléter les collections anciennes. Il s’agit d’une d’œuvre d’un artiste peu représenté dans les musées français, Francisco de Zurbarán (1598-1664), acquis dans une salle des ventes espagnole : « l'Enfant Jésus se blessant avec la couronne d'épines dans un paysage » (« El Niño de la Espina en un paisaje »). Cette œuvre a été acquise tout particulièrement dans l'optique de compléter les collections du XVIIe siècle, à l’heure actuelle moins importantes numériquement que les collections de la Renaissance et celles du XVIIIe siècle. L’œuvre (110 x 82 cm) fut peinte aux alentours de 1645-1650.

Dans cette iconographie touchante, l'Enfant Jésus s'est amusé à tresser des branches épineuses pour en faire une couronne, mais il se pique le doigt et cet épisode prémonitoire est sujet à méditation sur les douleurs à venir. Les variations iconographiques sur ce thème ont été nombreuses au point de devenir un sujet de prédilection de la peinture espagnole. Le thème a en effet influencé nombre des contemporains de Zurbarán, dont au premier chef Murillo, et a été repris jusqu'au Mexique.  Dans nombre d’autres tableaux de Zurbarán ou de son atelier de sujet similaire (intitulés « La Maison de Nazareth » quand la scène se passe dans la maison d’enfance de Jésus et non pas dans un paysage)  la position du Christ est identique. On citera notamment pour cette variante iconographique de La « Maison de Nazareth » les versions de Cleveland Museum of Art, ca 1644-1645 ou du Musée des Beaux Arts de Séville ca 1645-1650.

On notera cependant dans la version acquise par la Fondation la présence du beau paysage dont le pont a été identifié comme celui traversant à Medellin la rivière Guadiana, dans la province natale du peintre : Badajoz.

Le sujet semble devoir être rendu à l’un de ces écrivains mystiques qui, à la faveur de l’élan militant du Concile de Trente, ont au XVIe siècle été remis à l’ordre du jour pour avoir « brodé » à loisir sur les histoires apocryphes de l'Enfance du Christ : en l’occurrence le Chartreux Rodolfo Cartujano. On trouve en effet mention du sujet dans son ouvrage «Vita Christi», écrit en latin vers 1350 et traduit en castillan à Séville en 1537, quelques années donc avant l’ouverture du concile de Trente. Il convient de rappeler que l'ordre des chartreux fit partie des commanditaires de Zurbarán, et il n'est donc pas surprenant que le peintre ait eu connaissance du texte.

Sur un plan stylistique, la trouée sur le paysage de l’arrière-plan tout comme la clarté ambiante sont symptomatiques de la période de maturité du peintre, autour de 1645-1650, lorsque Zurbarán s’éloigne du style austère et sombre et du réalisme inspirés du Caravage, pour se rapprocher des maniéristes italiens et de leurs tons plus acides. 

Cette toile, conservée jusqu’à ce jour dans les collections des ducs de Sotomayor, a été publiée en 1966 pour la première fois, puis exposée tour à tour à Séville, Saragosse et Grenade. Odile Delenda l'a intégrée dans son catalogue raisonné de Zurbarán, publié en 2010, et l'inclura dans le supplément, actuellement en préparation. Elle écrivait d’ailleurs au sujet du tableau le 5 février 2018 : « Quand nous avons étudié l’œuvre dans le cadre du catalogue raisonné, en 2009-2010, nous ne la connaissions que par une photographie en couleur très médiocre, où elle apparaissait très obscurcie par de vieux vernis. Il était impossible de faire une bonne lecture de l’œuvre et de percevoir ses qualités esthétiques. Pour ces raisons, le tableau nous semblait être de la main d'un élève de Francisco de Zurbarán, peut-être peint dans son atelier à partir d'un modèle du maître. Récemment, l’œuvre a été soigneusement restaurée et le résultat final est franchement spectaculaire. De fait, nous pensons maintenant que cette peinture a toute sa place dans le corpus de l'œuvre de Zurbarán, pour des raisons à la fois iconographiques et techniques, présentes dans plusieurs peintures de Zurbarán datées entre 1645 et 1650. La toile présente un très bon état  de conservation et la restauration a eu à cœur de ne pas occulter l’usure naturelle de l’œuvre. » (Traduit de l’espagnol, extraits)

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