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Un homme qui avait passé sa vie dans l’étude éprouvait de la jalousie pour Nasr Eddin qui lui semblait usurper sa réputation de savant.
Pour le mettre à l’épreuve, il lui envoie une liste de quarante questions dont l’énoncé à lui seul suppose déjà de grandes connaissances. Dans une lettre d’accompagnement, il prie Nasr Eddin de répondre à chacune.
Nasr Eddin prend la liste et en guise de réponse à la première question, écrit : « Je ne sais pas. » À la deuxième, il écrit de nouveau : « Je ne sais pas. » Et ainsi de suite, sans aucune exception jusqu’à la quarantième.
Sa femme qui l’a vu faire se moque de lui :
— Nasr Eddin, tu as vraiment perdu ton temps de façon stupide. Tu aurais dû écrire tout simplement : je ne connais aucune réponse.
— Ô fille de l’oncle ! Comme tu es ingrate ! lui répond le Hodja. Tu ne comprends pas que cet homme s’est donné la peine de m’étaler toute sa science avec ses questions. Et moi, par politesse, avec mes réponses, je lui étale toute mon ignorance.

Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja. Tout Nasr Eddin, ou presque. Paroles recueillies et présentées par Jean-Louis Maunoury. Éditions Phébus, collection "Libretto", 2002. © Editions Phébus