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Lot 56. Paire de ployants royaux d'époque Louis XVI, la menuiserie par Jean Baptiste Claude Sené, la sculpture par Nicolas Francois Vallois, la peinture et la dorure par Louis Francois Chatard, sous la direction de Jean Hauré, 1786-1787.  Estimate EUR 300,000 - EUR 500,000 (USD 343,164 - USD 571,939)© Christie's Images Ltd 2018

En hêtre mouluré, sculpté, laqué blanc et doré, l'assise rectangulaire, le piètement en X centré d'un fleuron à décor en partie haute de tiges torsadées surmontées de perles et en partie basse de lierre et terminé par des griffes, les barres d'entretoise latérales appliquées d'une couronne florale nouée, le carreau amovible, couverture de soie moirée bleu et passementerie ; quelques petits éclats. H.: 55 cm. (21 ¾ in.) ; L.: 70 cm. (27 ½ in.) ; P.: 54 cm. (21 ¼ in.).

ProvenanceLivrée en 1786-1787 pour le Salon des Jeux de la Reine de Compiègne sur ordre de Jean Hauré ;
Vente Sotheby & Co, Londres, 30 avril 1965, lot 134 (prov. probablement de la collection de Mme Derek Fitzgerald, née Sassoon).

Bibliographie comparative : 
P. Verlet, "Pliants de la salle du Trône à Fontainebleau", in Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art Français, 1937, pp. 259-263.
F. J. B. Watson, Le meuble Louis XVI, Editions d’Etudes et de Documents, Paris, 1963, fig. 208.
F. J. B. Watson, The Wrightsman Collection. Volume I. Furniture, Gilt BronzesCarpets, New York, 1966, pp. 76-78.
M. Jarry, Le Siège Français, Fribourg, 1973, fig. 34 et 223.
J.-M. Moulin, Le château de Compiègne, Paris, 1987, p. 108 (vue in situ).
P. Verlet, Le Mobilier Royal FrançaisVol. I, Paris, 1990, p. 84 et pl. XLVI.
C. Bremer – David, An illustrated Summary Catalogue of the Collections of the J. Paul Getty Museum, Malibu, 1993, p. 69, fig. 101.
P. Verlet, Le Mobilier Royal Français, Vol III, Paris, 1994, pp. 229-231.
Cat. expo., "Louis XVI et Marie-Antoinette à Compiègne", Paris, 2006, pp. 182-183.

NoteCette paire de spectaculaires ployants fait partie d’une livraison bien plus importante comprenant une centaine d’œuvres réparties entre Compiègne et Fontainebleau commandées au moment des grands réaménagements des appartements royaux et notamment ceux de Marie-Antoinette durant le dernier quart du XVIIIe siècle.

Le « Grand Projet » de Compiègne et Fontainebleau.
Bien que Compiègne fut déjà une résidence de premier plan sous Louis XIV où il aimait chasser et établir ses campements militaires, il faut attendre Louis XV et Ange-Jacques Gabriel pour voir le lancement du « Grand Projet » de rénovation en 1751. Malheureusement stoppé durant la guerre de Sept-Ans les travaux se termineront à l’orée de la Révolution. En 1776 Jérôme Charles Bellicard, Contrôleur des Bâtiments, se retire et laisse alors la place à Louis Le Dreux de la Châtre, fidèle élève de Gabriel qui réalise notamment l’aile de la Reine où se trouvent le Salon des Jeux ainsi que l’aile centrale de la Cour d’Honneur. En effet, c’est au cours de l’année 1782 que les appartements de la Reine sont déménagés conduisant à la création de nouveaux décors mais surtout de nouveaux ensembles mobiliers. 
En 1784, Thierry de Ville d’Avray devenant le nouveau Directeur du Garde-Meuble Royal profite de ce climat favorable pour continuer et nourrir cette gigantesque politique de réaménagement à Compiègne et à Fontainebleau. Il fait appel à Jean Hauré, sculpteur qu’il impose comme son Régisseur. Dans le même temps Marie-Antoinette profite de cette immense campagne de travaux lancé à Fontainebleau pour réaménager son Cabinet Intérieur, son Grand Cabinet ainsi que sa Chambre.  

La commande de 1786 pour le Salon des Jeux de Compiègne
C’est donc en mai 1786 que le Garde-Meuble commence à travailler sur le nouvel ameublement du Salon des Jeux de la Reine à Compiègne et notamment sur l’ensemble auquel appartient notre paire de ployants. La livraison comprend alors quarante ployants, douze tabourets, un écran et un paravent. La menuiserie est confiée à Jean-Baptiste-Claude Sené (1748-1803), la sculpture à Nicolas François Vallois (1744-1788) et la peinture et dorure à Louis François Chatard (1749-1819). Tout droit sortis du répertoire antiquisant, ces ployants s’inspirent des sièges de forme curule. La forme en X est ici un véritable exploit de construction puisque les montants sont -élément majeur et conçu pour ne pas être noté- arqués. 
A l’automne de la même année Marie-Antoinette et Louis XVI en profitent pour séjourner à Fontainebleau. Malheureusement l’ameublement du Grand Cabinet n’étant pas encore achevé, Hauré prévoit l’envoi de vingt-quatre des ployants, douze tabourets, l’écran et le paravent de Compiègne vers Fontainebleau. Le groupe de Compiègne fortement amputé par ce transfert se voit donc complété par une seconde commande où seront demandés aux mêmes artistes vingt-quatre ployants, douze tabourets, un écran et un paravent de même modèle. Notre présente paire fait donc partie de cette suite de soixante-quatre ployants parfaitement semblables. Malheureusement, comme le souligne Pierre Verlet, en l’absence d’étiquette il nous est aujourd’hui impossible de déterminer de laquelle de ces deux commandes ils sont originaires. 

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Vue in situ d’autres ployants de la suite dans le Salon des Jeux de la reine Marie-Antoinette au château de Compiègne. ©RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Thierry Le Mage

Ce mobilier restera à Compiègne jusqu’à la Révolution où il sera par la suite dispersé et vendu à Paris sous le Directoire, le 12 floréal an V (2 mai 1797). Après avoir brièvement rejoint le Luxembourg et les Tuileries, les ployants de Compiègne seront envoyés à Fontainebleau avec le reste du mobilier (ill. M. Jarry, Le Siège Français, Fribourg, 1973, fig. 34 et 223). Douze seront placés dans la chambre de l’Empereur en Avril 1806. Tout au long du XIXe siècle, vingt-quatre d’entre eux resteront à Fontainebleau où ils sont à ce jour encore conservés (Inv. F595C). Le reste sera dispersé dans des collections privées ou dans des musées internationaux et notamment américains. Une paire se trouve actuellement à Cleveland achetée en 1954 par le musée (Inv. 1954.385). Une seconde paire est aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York et provient de la fameuse donation de M. et Mme Charles Wrightsman de 1977 (Inv. N.51a-b) (ill. F. J. B. Watson, The Wrightsman Collection. Volume I. Furniture, Gilt Bronzes, Carpets, New York, 1966, pp. 76-78). Une troisième paire de l’ancienne collection Anne Thomson Dodge (1871-1970) fut vendue chez Christie’s à Londres, le 24 juin 1971, lot 69, puis rachetée par le Jean-Paul Getty Museum (Inv. 71.DA.94) (ill. C. Bremer – David, An illustrated Summary Catalogue of the Collections of the J. Paul Getty Museum, Malibu, 1993, p. 69, fig. 101). Enfin, Pierre Verlet mentionne une quatrième paire qui aurait appartenue à l’ancienne collection de Madame Meyer Sassoon.  

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Ployant par Jean-Baptiste-Claude Sené (1478-1803), Nicolas François Vallois (1744-1788) sculpteur, 60 x 69 x 50 cm, Château de Fontainebleau (Inv. F595C). © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot

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Pair of Stools, 1786-1787, Jean Baptiste Claude Sené (French, 1748-1803), carved and gilded wood, Overall: 44.8 x 71.5 x 51.6 cm (17 5/8 x 28 1/8 x 20 5/16 in.). John L. Severance Fund 1954.385© Cleveland Museum of Art

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Folding stool (pliant) (one of a pair), 1786, Jean-Baptiste-Claude Sené (1748–1803). Carved by Nicolas François Vallois (1738–1788). Gilded by Louis-François Chatard (ca. 1749–1819). Rosette-shaped bosses on bolt ends gilded by Chaudron. Carved and painted beechwood, covered in pink silk; 18 1/4 in. × 27 in. × 20 1/4 in. (46.4 × 68.6 × 51.4 cm). Gift of Mr. and Mrs. Charles Wrightsman, 1977, 1977.102.9. © Metropolitan Museum of Art

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Pair of Folding Stools (pliants), about 1786, Jean-Baptiste-Claude Sené (French, 1748 - 1803, master 1769). Carved by Nicolas François Vallois (French, 1738 - 1788). Originally gilded by Chatard (French). Originally upholstered by Claude-François Capin (French, active 1763 - 1792) and possibly after a design by Gilles-Paul Cauvet (French, 1731 - 1788). Gessoed, painted, and gilded beech; modern upholstery; 41.3 × 72.4 × 53.3 cm (16 1/4 × 28 1/2 × 21 in.), 71.DA.94. © The J. Paul Getty Museum, Los Angeles. 

Notre présent lot fut acquis par Juan de Beistegui lors de la vente Sotheby’s, Londres, le 29 avril 1965, lot 134. A l’époque le nom des acquéreurs était publié à l’issue des ventes ; il fut alors erroné puisqu’il est mentionné comme « de Bestigue ».  

Christie's. Collection Juan de Beistegui, Paris, 10 September 2018