11 décembre 2018

Statue, Fang, Gabon

Statue, Fang, Gabon

STATUE, FANG, GABON |

STATUE, FANG, GABON |

STATUE, FANG, GABON |

STATUE, FANG, GABON |

Lot 156. Statue, Fang, Gabon; haut. 39,5 cm ; 15 1/2 in. Estimate 600,000 — 800,000 EURUnsold. © Sotheby's.

Provenance: Collection Paul Guillaume (1891-1934), Paris 
Collection René Gaffé (1887-1968), Cagnes-sur-Mer 
Merton Simpson (1928-2013), New York, 1987 
Collection Armand Arman (1928-2005), Paris/Vence/New York 
Collection privée, Paris, acquis en 2004

Socle de Kichizô Inagaki (1876-1951).

Exhibited: Paris, Galerie Georges Bernheim, Exposition Internationale de Scupture, 1929 
New York, Museum of Modern Art, African Negro Art , 18 mars – 19 mai 1935 / Manchester (New Hampshire), Currier Museum of Art, 10 juin – 8 juillet 1935 / San Francisco, San Francisco Museum of Art, 23 juillet – 2 septembre 1935 / Cleveland, Cleveland Museum of Art, 28 septembre – 27 octobre 1935 
New York, The Museum for African Art, African Faces, African Figures: The Arman Collection, 9 octobre 1997 – 19 avril 1998 
New York, Museum for African Art, Hair in African Art and Culture, 9 février –28 mai 2000 / Atlanta, Apex Museum, juin – août 2000 / Stanford, Stanford University, octobre-décembre 2000 / Los Angeles, California African Museum, mai 2001 / Detroit, Charles H. Wright Museum, janvier – avril 2001 
Salem, Diggs Gallery, Spirits Speak – A celebration of African Masks, septembre 2001 / Jackson, Smith Robertson, janvier-mars 2002 / Bloomington, Indiana University, avril – août 2002 / Chicago, Dusable Museum, septembre – février 2003 
Paris, Galerie Ratton-Hourdé, Fang, juin 2006.

Literature: Zervos, Notes sur la sculpture contemporaine, 1929, p.469 
Sweeney, African Negro Art, 1935, n°357 
Simpson, carte d’invitation, 19 septembre 1987 
The Art of Collecting African Art, 1988, p.12 
de Grunne, Fang Statuary: A Classical Art Form, 1994, p.48, n°2 
Nicolas et alii , Arman et l’Art Africain, 1996, p.83 
African Faces, African Figures : The Arman Collection, 1997, n°76 
Sieber et Herreman, Hair in African Art and Culture, 2000, p.42, n°31 
Perrois et Hourdé, Fang, 2006, p.33.

NoteL’œuvre engagée du collectionneur et marchand Paul Guillaume (1891-1934) bouleversa le regard sur les arts lointains. A travers ses écrits et les multiples expositions qu’il organisa à Paris ou sur la scène internationale, il orchestra la mue de leur perception, de l’exotisme au classicisme. Paul Guillaume imposa de les observer « du point de vue de l’art » (Les arts à Paris, n° 5, 1919), d’appréhender l’essence de leurs anciennes traditions artistiques et d’apprécier individuellement les œuvres à l’aune de leurs qualités esthétiques.

Si le champ stylistique des œuvres célébrées par Paul Guillaume reflétait l’approvisionnement du marché parisien (essentiellement les arts de la Côte d’Ivoire et du Gabon), les statues de reliquaire Fang  en constituaient à ses yeux l’acmé. En février 1933, il organise à New York, aux Durand-Ruel Galleries, la première exposition mettant en regard l’œuvre peinte d’un artiste contemporain – André Derain – avec, pour unique tradition sculpturale d’Afrique, celle des Fang. L’exposition new-yorkaise André Derain Paintings and Early African Heads and Statues from the Gabon Pahouin Tribe se transforme la même année, à Chicago, en Early African Heads and Statues from the Pahouin Tribe (The Arts Club of Chicago, 31 mars – 19 avril). Paul Guillaume y proclame, à travers vingt œuvres de sa collection, le génie du « plus remarquable atelier d’art du continent africain dont les œuvres ici présentées sont estimées remonter au XIVe-XVsiècle » (introduction au feuillet de l’exposition, 1933). En individualisant la richesse, l’éclat et l’ancienneté d’un style, Paul Guillaume fait entrer le « génie plastique » africain dans l’histoire universelle de l’art.

Icône de modernisme, cette sculpture Fang de la collection Paul Guillaume - qui rejoignit ensuite la collection de l’ami des surréalistes René Gaffé puis celle de l’artiste Armand Arman - témoigne de solutions sculpturales présidant tant à la mise en valeur des parties du corps symboliquement importantes, qu'à la formulation de l'espace. L'artiste a privilégié la vision frontale de l'œuvre, clarifiant la portée accordée dans la pensée Fang à la tête, signe de vitalité et de puissance sociale, au geste votif rendant hommage aux esprits des défunts, et au nombril proéminent, rappel du lien des humains entre eux. Pour autant, l'artiste est parvenu à exprimer la "présence" de l'ancêtre, par une saisissante appréhension de la tridimensionnalité. Les formes sont trapues, tant au niveau des cuisses que des épaules, et contrastent avec l’élan vertical du torse démesurément élancé. Cette radicale simplification des volumes, sublimée par la surface lissée des modelés, aboutit à la monumentalité de l’œuvre. « L’ensemble donne une impression nette de maîtrise absolue de la matière. On peut parler ici de mouvement immobile car le hiératisme de cet ancêtre n’a rien de figé […] Le corps est extraordinairement traité, de façon à donner chair et vie au bois du biéry » (Perrois, Statuaire fan, 1972, p. 80). Cet élan vertical conduit vers la tête dont la plénitude de la forme répond à la remarquable tension des courbes de la haute coiffe à crête centrale. La stylisation épurée du visage, d’une austérité cubiste, est accentuée par les scarifications linéaires surlignant l'axe médian du front, qui évoquent de façon allusive un décor en chaînettes, allant du nez aux oreilles, comme la plupart des guerriers Fang en portaient. Cette simplification des traits, qui rejette tout détail anecdotique se retrouve sur une statue Fang étroitement apparentée, conservée au Museum für Völkerkunde de Bâle (inv. n° III 11.4.39).

Le pouvoir de l’ancêtre s’illustre enfin dans la surface de la sculpture : « le nombril, le nez et le bas du visage ont été rongés peu à peu par les prélèvements rituels : les organes du souffle de la vie – le nez, la bouche – de même que la marque du lien avec la mère du lignage – le nombril en hernie – ont été des ‘matériaux’ symboliques et magiques très prisés. Mais la qualité plastique de l’objet, par la maîtrise des lignes et des plans, fait oublier ces mutilations : les rites se sont nourris de la beauté des formes sans parvenir à les détruire » (Perrois, Byeri Fang. Sculptures d’ancêtres en Afrique, 1992, p. 140). La beauté universelle de cette figure d’ancêtre Fang, témoin d’une « vision plastique pure » (Einstein, Les arts d'Afrique, 1915, réédition 2015, p. 35), illustre magistralement la prodigieuse interprétation sculpturale fruit de l’imaginaire d’un grand artiste.

In the early 20th century, the militant work of collector and art dealer Paul Guillaume (1891-1934) completely changed the way "exotic" arts were viewed. Through his writings and the many exhibitions he organized in Paris and on the international scene, he orchestrated a shift in the public perception of these arts, from exoticism to classicism. Paul Guillaume invited viewers to consider them "from an artistic perspective" (Les arts à Paris, n° 5, 1919), to grasp the essence of their ancient artistic traditions and individually evaluate the works according to their aesthetic qualities.

Although the stylistic field of the pieces celebrated by Paul Guillaume reflected the supply of the Parisian market at the time (mostly art from Côte d’Ivoire and Gabon), Fang reliquary heads were, according to him, the epitome of quality. In February 1933, in New York, at the Durand-Ruel Galleries, he organized the first exhibition correlating the paintings of a contemporary artist - André Derain - with one sole African sculptural tradition, that of the Fang.  That same year, in Chicago, the New York exhibition entitled André Derain Paintings and Early African Heads and Statues from the Gabon Pahouin Tribeturned into Early African Heads and Statues from the Pahouin Tribe (The Arts Club of Chicago, 31 March – 19 April). Paul Guillaume proclaimed, via a selection of twenty pieces from his collection, the genius of the "most remarkable art workshop of the African continent, with its work presented here thought to date back to the fourteenth and fifteenth century” (Introduction to the exhibition leaflet, 1933).  As he singled out the richness, brilliance, and antiquity of a particular style, Paul Guillaume introduced the notion of African "artistic genius" into the universal history of art.

An icon of modernism, this Fang sculpture from the Paul Guillaume collection, later entered the collection of René Gaffé, who was a friend of the surrealists, and then that of artist Armand Arman, the figure is a testament to the sculptural characteristics that preside over both the enhancement of symbolically important body parts, and the formulation of space. The artist has favoured the frontal view of the work, highlighting the significance given to the head in the Fang thought system as a sign of vitality and social power, to the votive gesture, paying tribute to the spirits of the dead, and to the prominent navel - evoking the ties that bind humans together. Yet the artist found ways to express the "presence" of the ancestor through a striking apprehension of the three-dimensional. The outlines are stout, both in the thighs and shoulders, and contrast with the vertical momentum of the disproportionately slender torso. This radical simplification of the volumes, enhanced by the smooth surface of the contours, generates the monumentality of the work. "The whole piece gives a clear impression of absolute command of the material. It is possible to speak here of motionless movement because the hieratic bearing of this ancestor is anything but frozen. [...] The body is treated extraordinarily, so as to flesh out and animate the wood of the biéry" (Perrois, Statuaire fan, 1972, p. 80). This vertical momentum extends all the way to the head, the fullness of which responds to the remarkable tension of the curves in the high central crested coiffure. The pared-down stylization of the face, with its cubist austerity, is emphasized by the linear scarification running along the median axis of the forehead, allusively evoking a curved chain decor, running from the nose to the ears, as worn by most Fang warriors. This streamlining of the facial features, which dismisses anecdotal details, is also to be found in a closely related Fang statue preserved in the Museum für Völkerkunde, in Basel (inv. n° III 11.4.39).

Ultimately the power of the ancestor is also illustrated in the surface of the sculpture: "The navel, the nose and the lower part of the face have gradually been eaten away by ritual samplings: the organs linked to the breath of life - the nose, the mouth - as well as the mark of the ties to the mother of the lineage - the herniated navel - were symbolic and magical 'materials' of great value. But the aesthetic quality of the sculpture - ensuing from the perfect command of its lines and planes - countervails these mutilations: the rituals have fed on the beauty of the forms yet they have not managed to destroy them" (Perrois, Byeri Fang. Sculptures d’ancêtres en Afrique, 1992, p.140). The universal beauty of this Fang ancestor figure, an exemplar of “pure aesthetic vision” (Einstein, Les arts d'Afrique, 2015, p.35), is a beautiful illustration of the prodigious sculptural interpretation arising from the imagination of a great artist.

Sotheby's. Arts d'Afrique et d'Océanie, Paris, 12 décembre 2018

 

Posté par Alain Truong à - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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