2020_PAR_18647_0054_000(masque_songye_kifwebe_a_songye_mask_republique_democratique_du_congo)

Lot 54. Masque Songye, kifebbe, République démocratique du Congo. Hauteur : 32.5 cm. (12 ¾ in.). Estimate EUR 350,000 - EUR 500,000 (USD 382,611 - USD 546,587).  © Christie's Images Ltd 2020.

ProvenanceAcquis in situ par Karel Plasmans, dans les années 1960
Collection Karel Plasmans, Belgique
Collection Guillaume Vranken-Hoet, Dilbeek, Belgique
Collection privée belge.

LiteratureHoet, J., Schwarz-Weiss/Wer denkt jetzt an Schwarz Afrika?, Herford, 2001, p. 45
Neyt, F., Songye : la redoutable statuaire Songye d'Afrique Centrale, Bruxelles, 2004, p. 358
Neyt, F., Songye: the formidable statuary of Central Africa, New York, 2009, p. 358.

ExhibitedAllemagne, Herford, MARTa Herford, Schwarz-Weiss/Wer denkt jetzt an Schwarz Afrika?, 18 novembre 2001- 3 février 2002
Budapest, Mücsarnok Kunsthalle, Schwarz-Weiss, 19 mars - 12 mai 2002.

Note: Pour les Songye, le terme kifwebe signifie génériquement masque. Cette désignation, kifebbe, fut utilisée pour la première fois en 1905-1906 par l’ethnographe Léo Frobenius. Il était d'usage pour les collectionneurs, les marchands et les universitaires de l'appliquer exclusivement à ce type de masque au décor strié. Les premiers cultes des masques kifwebe ont débuté au tournant du XXe siècle. Dès lors, ce masque devint un instrument du pouvoir social (Hersak, D., in Herreman, F. et Petridis, C., Face of the Spirits. Masks from the Zaire Basin, Gand, 1993, p.148). Willy Mestach, (Etudes Songye : Formes et Symbolique, Munich, 1985) divise le style « classique » des masques kifwebe en trois catégories : le masculin (kilume) généralement orné d'une haute crête sagittale, le féminin (kikashi) avec une crête très basse voire inexistante, et le plus grand incarnant la puissance (kia ndoshi). Notre masque appartient à la deuxième catégorie, le kikashi, en raison de l'absence de crête. Le décor finement strié - en opposition aux yeux saillants et à la ligne médiane frontale - sont des caractéristiques qui semblent être communes aux masques kifwebe féminins.

Ce masque s'impose comme l’un des remarquables exemples du corpus restreint d'un maître-sculpteur Songye. Cet artiste anonyme créa au moins six masques kifwebe connus qui partagent cette même monumentalité sculpturale et la grande finesse d’exécution des stries. Les principales caractéristiques de ce sculpteur sont la haute qualité graphique de son oeuvre avec des stries nettes et la surface blanche rythmée par des aplats noirs au niveau des yeux mi-clos, de la crête médiane et des lèvres. À celles-ci s'ajoute l'alternance de couleurs des larges paupières supérieures noires surmontées de demi-ellipses blanches. La large nervure médiane courant sur le front hémisphérique se rétrécit entre les yeux pour finir sur le bout du nez.

La représentation des lèvres de l'ensemble des masques de cet atelier varie. Pour deux d'entre eux, elles sont ornées d'un motif cruciforme (Sotheby's, New York, 13 mai 2011, lot 274 et Christie's, New York, 5 décembre 1979, lot 275) ; pour ceux qui suivent, la lèvre supérieure est triangulaire (Christie's, Paris, La collection Holtz, 14 juin 2011, lot 198 et Felix, M.L., Congo Mythical Masks, Bruxelles, 2009, pp. 82-83). Pour les masques des anciennes collections Leff (Sotheby Parke-Bernet, New York, 10-11 octobre 1975, lot 53) et Bronson (Cornet, J., A Survey of Zairian Art, The Bronson Collection, North Carolina Museum of Art, 1978, p. 281, n° 157), les lèvres prennent la forme d'un ovale. Ce groupe de masques est également caractérisé par le dynamisme des lignes qui interragissent entre elles : les stries parallèles rejoignent les lignes horizontales qui partent des bords du masque, formant ainsi un motif en zigzag. Sa géometrie et ses parfaites proportions font de ce masque l'un des plus beaux de cette main de maître.

« Ce masque féminin est exceptionnel par son caractère, ses qualités esthétiques, l’eurythmie des lignes et des volumes. De forme ovoïde, arrondie au menton, le visage est traversé verticalement d’une bande noire du front à la base du nez à laquelle succède un espace buccal saillant, rectangulaire, aux lèvres couvertes de teinture sombre. Au centre, latéralement, surgissent d’immenses globes oculaires en demi-lune que soulignent un trait noir et des paupières alternant la teinture blanche et noire. La finition des raies et des stries révèle la main d’un Maître-sculpteur qui a su représenter en des formes inoubliables le mouvement que traversent les initiés dans un labyrinthe. Ce masque kifwebe bakashi est lié au bukishi wa ntoshi, l’initiation au kaolin, la poudre blanche, associée à la lune et aux esprits bienveillants qui se réincarnent. Sa provenance doit être située dans la région septentrionale de Kisengwa. »

Note de François Neyt, septembre 2017

Christie's. Arts d'Afrique, d'Océanie et d'Amérique du nord, Paris, 2 June 2020