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PARIS.- Christie's presents its sales dedicated to classical and decorative arts through The Exceptional Sale and The Collector: Le Goût Français on November 24th. After the cartes blanches given to renowned gallery owners, collectors and artists, such as Hervé Van der Straeten, Elie Top or Kamel Mennour, Christie's has chosen the artist Louis Cane to bring a new perspective to these two iconic sales of the Classic Week.

The Exceptional Sale features outstanding pieces with unique origins and stories. One of the highlights of this sale will be André- Charles Boulle's Louis XIV period "Aux Saisons" cabinet on legs (estimate €500.000-1.000.000). Dating from the 1670s, this extraordinary cabinet illustrates the genius of Louis XIV's cabinetmaker. Other known copies are kept at the J.-Paul Getty Museum in Malibu, the Wallace Collection in London and Drumlanrig Castle in Scotland. Decorated in chased bronze, this sumptuous cabinet with drawers rests on a sculptural base supported by two terminal figures representing Ceres and Bacchus. Part of the prestigious Aga Khan collection, this lot will attract the attention of the most demanding collectors.

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Lot 1005. Cabinet "Aux Saisons" d'époque Louis XIV par  André- Charles Boulle, vers 1670-1675. H.: 189 cm. (74 ½ in.) ; L.: 119 cm. (46 ¾ in.) ; P.: 61 cm. (24 in.). Estimate EUR 500,000 - EUR 1,000,000 (USD 591,441 - USD 1,182,883). © Christie's Images Ltd 2020. 

En bois mouluré, sculpté, relaqué rouge et partiellement doré, placage d'ébène des Indes, marqueterie de cuivre, étain, grenadille, épine vinette, houx, buis, alisier, noyer, loupe d'if, nerprun, amarante, padouk, gaïac, corne teintée bleu, écaille de tortues caret et franche et ivoire d'éléphant, ornementation de bronze ciselé et doré, à décor de larges feuilles d'acanthe, fleurs et oiseaux, la partie haute présentant un ressaut central appliquée en façade d'un premier tiroir d'une médaille de Louis XIV en profil inscrit dans un trophée militaire, et ouvrant par douze tiroirs répartis de part et d'autre d'un vantail surmontant un quatorzième tiroir et découvrant un petit théâtre orné d'une figure de musicien, les côtés munis de miroirs et ouvrant par un tiroir, chacun des côtés orné d'un vase richement fleuri posé sur un entablement, le piètement ouvrant par un tiroir en ceinture et soutenu par deux figures de terme réprésentant Cérès et Bacchus, le fond et la plinthe ornés de tableaux de vases fleuris pour le premier et de réserves unies dans des encadrements de coquilles et feuillage pour la deuxième ; quelques remaniements à la base.

Provenance: Lityburg, Paris, auprès de qui acheté par le Prince Sadruddin Aga Khan par l’intermédiaire de M. Henri Samuel.

Literature: Y. Brunhammer, M. de Fayet, Meubles et ensembles époques Louis XIII et Louis XIV, Paris, 1966, p. 70, fig. 105.
A. Pradère, Les Ebénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, 1989, p. 104, n° 108 (non illustré).
P. Hughes, The Wallace Collection. Catalogue of Furniture IICambridge, 1996, p. 562 (non illustré).

Bibliographie comparative:

Drumlanrig Castle:
M. Girouard, « Drumlanrig Castle, Dumfriesshire. II: A seat of the Duke of Buccleuch and Queensberry” in Country Life, septembre 1960, pp. 435-436.
C. Thompson, « Drumlanrig Castle », in Connaissance des Arts, N°298, décembre 1976, p. 81.

J. Paul Getty Museum:
S. Faniel (sous la direction de), Le XVIIe siècle français, Paris, 1958, p. 53.
G. Wilson, “A late seventeenth-century French cabinet at the J. Paul Getty Museum” in Art Institute of Chicago Museum studies”, vol. 10, 1983, pp. 118-131.
M. Riccardi-Cubitt, Le Cabinet. Un art européen de la Renaissance à l'époque moderne, Paris, 1993, p. 67.
Masterpieces of the J. Paul Getty Museum. Decorative Arts, Los Angeles, 1997.
J.N. Ronfort, “André-Charles Boulle (1642-1632). Chronologie nouvelle de sa vie et de son œuvre", in Dossier de l’Art, n° 124, novembre 2005, p. 12.
A. Heginbotham et al, “Hercules and Hippolyta Reinterpreted: A Technical Study of Two Sculptures on a Remarkable Cabinet by Andre-Charles Boulle”, Journal of the Verband der Restauratoren, janvier 2007.
G. Wilson, French furniture and gilt bronzes. Baroque and Régence, Los Angeles, 2008, pp. 22-49.
J. N. Ronfort, André Charles Boulle 1642-1732. Un nouveau style pour lEurope, Paris, 2009, p. 68, fig. 7.

Wallace Collection:
P. Hughes, The Wallace Collection. Catalogue of Furniture IICambridge, 1996, pp.553-563.
J.N. Ronfort, “André-Charles Boulle (1642-1632). Chronologie nouvelle de sa vie et de son œuvre", in Dossier de l’Art, n° 124, novembre 2005, p. 8.
Y. Chastang, French marquetry furniture. Paintings in wood, 2008, pp. 46-48.
R. Baarsen, "André-Charles Boulle prince of cabinet-makers", in Paris 1650-1900. Decorative Arts in Rijksmuseum, 2013, pp. 73-74.

Corpus
J. Nérée Ronfort, “The surviving cabinets on stands by André-Charles Boulle and the new chronology of the master’s oeuvre” in Cleveland studies in the history of art, 2003, vol. 8, pp. 44-67.

NoteVéritable redécouverte, ce cabinet témoigne du génie du plus grand créateur du Grand Siècle : André-Charles Boulle. Seuls quatre autres cabinets comparables sont connus et sont aujourd’hui conservés au musée du Getty, à la Wallace Collection et deux à Drumlanrig Castle en Ecosse. Opportunité pour se replonger dans les premières années de création extraordinaire de Boulle, ce cabinet, véritable tour de force, nous rappelle la haute technicité du “plus habile de Paris dans son métier” que le puissant Jean-Baptiste Colbert n’avait pas hésité à souligner auprès du roi Louis XIV. 

ANDRE-CHARLES BOULLE (1642-1732)
Son père Johan Bolt (né en 1610) originaire du Saint Empire romain s’installe à Paris avant 1637 comme compagnon menuisier en ébène. Il francise par la suite son nom en Bould puis Boulle. André-Charles naît le 10 novembre 1642, son appétence pour le dessin, la gravure, la ciselure et la peinture est vite reconnue. Il est reçu maître ébéniste avant 1666.
« Annoncer les ouvrages de Boulle, c'est citer les meubles des plus belles formes et de la plus grande richesse... rien jusqu'à présent n'a remplacé ce genre de meubles... L'on connaît le caractère de magnificence qu'il donne aux cabinets de curiosité, où il occupe toujours les premières places". Plus de deux cents ans plus tard, les mots employés par l’incontournable marchand d’art Jean-Baptiste Lebrun (1748-1813) à propos d’André-Charles Boulle ont une portée intacte.
Retracer le parcours de Boulle c’est rappeler que grâce au privilège royal d’« Ebéniste et marqueteur ordinaire du roi » qu’il se voit octroyer par la reine le 20 mai 1672 conjointement à son logement aux galeries du Louvre, il se voit le droit de réaliser dans son atelier, aussi bien l’ébénisterie que les bronzes en dépit des règles corporatives et ce jusqu’à la fin de sa vie.

L’atelier de Boulle est conséquent et malgré le logement au Louvre accordé en mai 1672, il est établi dans sa plus grande partie sur la rive gauche, pour se voir étendu à deux autres maisons entre 1673 et 1676 rue de Reims. Ce n’est que l’année suivante que Boulle installe définitivement son atelier au Louvre sur trois étages du corps principal - correspondant aujourd’hui à l’escalier de la Victoire de Samothrace - en plus de son logement de la Grande Galerie encore augmenté de deux étages en 1679.

Ce double privilège lui permet ainsi de mettre en avant ses nombreux talents que ce soit en techniques qu’en création de nouvelles formes, à l’instar de la commode.
Parler des œuvres de Boulle c’est en quelque sorte parler d'œuvres vivantes ; que ce soit les bronzes par leur traitement en ciselure que les tableaux de marqueterie, ces œuvres sont en quelque sorte animées d’un souffle de vie que tout amateur ou néophyte peut remarquer et admirer.

SA CLIENTÈLE
Sa clientèle est prestigieuse et compte parmi elle les Bâtiments du roi, la reine, le Grand Dauphin, la duchesse de Bourgogne. Cependant ce n’est qu’à partir de 1700 qu’il livre au roi son premier meuble, une armoire pour Marly - Louis XIV étant déjà bien entouré des meubles d’apparat de Cucci, Gole et Gaudron.
Les premiers meubles de Boulle à destination royale sont donc dans un premier temps pour la reine et le Grand Dauphin pour qui il réalise en 1683 son chef-d’œuvre : un décor en marqueterie pour les parquets et lambris de son appartement pour Versailles, pour la somme de 100.000 livres.
Ainsi, l’activité principale de Boulle entre 1672 et 1714 consiste à fournir les Bâtiments du roi en parquets de marqueterie, en bronzes dorés et une rare vingtaine de meubles. Le talent d’André-Charles Boulle dépassant par ailleurs les frontières, il fournit également Philippe V roi d’Espagne et l’Electeur de Cologne.
La clientèle d’André-Charles Boulle n’est cependant pas que royale puisqu’elle comprend pour une large part des financiers, ministres et hauts fonctionnaires qu’Alexandre Pradère a listés dans son ouvrage (Op. cit., p. 70), parmi eux citons : Pierre Croizat (1665-1740), Antoine Crozat (1655-1738), Pierre Thomé (1649-1710) l’un de ses plus grands clients et créanciers), Etienne Moulle (mort en 1702) grand collectionneur, Pierre Langlois (mort en 1719), le ministre Louvois (mort en 1693), Moyse-Augustin de Fontanieu (mort en 1725) intendant du Garde-Meuble royal après 1711, ou encore le cardinal de Rohan (1674-1749).
Son atelier repris par ses fils en 1715 continuera à livrer quelques pièces à la Couronne avant le malheureux incendie de l’été 1720 engloutissant alors le stock.

LES CABINETS SUR PIÈTEMENT À FIGURES ET À MARQUETERIE FLORALE
Armoires hautes et armoires basses, bibliothèques hautes et bibliothèques basses, bureaux plats, cartonniers, coffres, commodes, gaines, guéridons, médailliers, miroirs, tables consoles, consoles, tables composent la production de meubles de l’atelier de Boulle aux côtés des cabinets. Tous ces meubles sont alors déclinés en plusieurs versions.

TYPOLOGIE
Il est pertinent de reprendre la typologie qu’a établie Alexandre Pradère (Op. cit., p. 104): les cabinets sur piètement représentant Hercule et Hippolyte, les cabinets à marqueterie florale, les cabinets à dôme, puis les petits cabinets bas ornés de médailles et pattes de lion et enfin les cabinets sur piètement.
Ici, le cabinet Aga Khan étant sur piètement, intéressons-nous à ceux-ci.

La première catégorie, les cabinets sur piètements représentant Hercule et Hippolyte comprend :
- le cabinet daté vers 1675-1680 du musée Getty (inv. 77.DA.1) ;
- l’un des deux cabinets du château de Drumlanrig de la collection du duc de Buccleuch, réalisé vers 1675-1680.

La seconde catégorie, les cabinets en marqueterie de fleurs, est constituée quant à elle:
- du cabinet de la Wallace Collection vers 1670-75 (inv. F 16) ;
- du cabinet (aujourd’hui sans piètement) conservé au musée de Cleveland (inv. 1949.539) ;
- du second cabinet du château de Drumlanrig de la collection du duc de Buccleuch;
- du présent cabinet de la collection Aga Khan ;
- du cabinet (aujourd’hui sans piètement) conservé au musée du château de Versailles et de Trianon (inv. V4653).

Après avoir écarté les cabinets de Cleveland et de Versailles de par l’absence de leur piètement, le cabinet Aga Khan est donc à rapprocher des quatre seuls cabinets toujours dans leur configuration originale : le cabinet du Getty Museum, les deux cabinets de Drumlanrig et celui de la Wallace collection, que nous allons détailler un par un.

LE CABINET “HERCULE ET HIPPOLYTE” DU JOHN PAUL GETTY MUSEUM, LOS ANGELES (INV.77.DA.1)

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Attributed to André-Charles Boulle (French, 1642 - 1732, master before 1666) and medallions after Jean Varin (French, 1596 - 1672), Cabinet on Stand, about 1675–1680.Oak veneered with pewter, brass, tortoise shell, horn, ebony, ivory, and wood marquetry; bronze mounts; figures of painted and gilded oak; drawers of snakewood, 229.9 × 151.2 × 66.7 cm (90 1/2 × 59 1/2 × 26 1/4 in.), The Jean Paul Getty Museum, 77.DA.1. © J. Paul Getty Trust

Le cabinet du musée du J. P. Getty a été réalisé dans les années 1675-1680. Il présente en façade un vantail et dix tiroirs. Ses dimensions sont importantes (229 x 151 x 66,7 cm.). Les marqueteries emploient des bois couramment utilisés par l’atelier de Boulle sur fond d’ébène en plus de l’écaille de tortue, de l’étain, de la corne et de l’ivoire (sur les côtés pour ce dernier).
La frise en partie haute présente un décor de fleurs de lys. Et le revers du vantail est orné d’un vase fleuri posé sur un entablement.
Le piètement est à degré, une sorte de marchepied, avec à gauche Hercule vêtu de la peau du lion de Némée et Hippolyte, à droite, tous deux soutenant la partie haute du cabinet.
Pendant longtemps, on a identifié le couple Hercule et Omphale en référence à leur victoire sur les deux Cercopes d’Ephèse (troisième travail d’Hercule) et plus largement sur la protection de l’Asie mineure par Hercule ordonnée par la reine Omphale. Aujourd’hui on assimile ce couple à celui d’Hercule et Hippolyte.
Ces deux figures sont aujourd’hui relaquées crème et partiellement dorées. En effet, au moment de l’acquisition du cabinet par le Getty en 1977, les figures étaient laquées brun et partiellement dorées.
Une mauvais interprétation d’analyses scientifiques de l’époque a alors conduit à penser que les figures étaient laquées à l’origine blanc à l’imitation du marbre. Ainsi, dans une logique de retour à l’état initial de l’œuvre, la décision a été prise de relaquer blanc et dorer Hercule et Hippolyte. Cependant, des prélèvements d’échantillons sur son pendant conservé à Drumlanrig Castle ont attesté ultérieurement que le couple Hercule-Hippolyte était bien laqué brun et or à l’origine (A. Heginbotham, V. Millay, M. Quick, "The use of immunofluorescence microscopy and enzyme-linked immunosorbent assay as complementary techniques for protein identification in artists' materials" in Journal of the American Institute for Conservation, juin 2006).

Comme l’ensemble de ces cabinets, on ignore la provenance originale. Même si on peut déplorer l’absence d’inventaires ou plus largement d’écritures on peut esquisser l’idée qu’ils aient pu quitter assez rapidement la France, les mettant à l’abri des changements de mode et donc d’un démantèlement irréversible. Dans le cas du cabinet du Getty, l’historique à partir du XIXe siècle est cependant précis. Ce cabinet a appartenu à William Humble, 11e baron Ward (1817-1885) fait 1er comte de Dudley en 1860. Le cabinet est alors exposé à Witley Court, Worcestershire, propriété acquise avec son mobilier en 1838 auprès de Lord Foley. Puis par succession, le cabinet est transmis à William Humble, 2nd comte de Dudley (1867-1932), toujours à Witley Court, Worcestershire qu’il vend vers 1920 avec la propriété. Le cabinet rejoint ainsi les collections de Sir Herbert Smith et est vendu par Jackson-Stops & Staff, Witley Court le 29 septembre 1938, lot 582. Il appartient ensuite à Violet van der Elst pour Harlaxton Manor, Lincolnshire et est vendu par Christie’s, Londres, le 8 avril 1948, sous le lot 142 où il est acquis par John Prendergast, 6e vicomte Gort, pour Hamsterley Hall, County Durham puis acheté en 1977 par le musée J.P. Getty.

Le cabinet entier de par son décor célèbre les victoires de Louis XIV. On retrouve sur le vantail la France triomphant sur l’Espagne et le Saint Empire Germanique personnifiés par le coq debout face au lion et l’aigle, faisant ainsi probablement référence à la signature des deux traités de paix de Nimègue mettant fin à la guerre de Hollande. Ils sont respectivement signés par la France avec l’Espagne le 17 septembre 1678 puis avec le Saint-Empire le 5 février 1679.
Le couple Hercule / Hippolyte fait référence quant à lui au huitième travail d’Hercule, à savoir dérober la ceinture d’Hippolyte la reine des Amazones. Par une manipulation machiavélique de la stratège Héra, Hippolyte est tuée par Hercule, alors qu’elle avait accepté de lui offrir sa ceinture après être tombée sous le charme du demi-dieu.
Enfin on retrouve ce thème à travers l’emploi du trophée militaire encadrant la médaille de Louis XIV en armure.

LE PREMIER CABINET “HERCULE ET HIPPOLYTE” DE DRUMLANRIG CASTLE, ECOSSE (COLLECTION DU DUC DE BUCCLEUCH ET QUEENSBERRY)

La collection du duc de Buccleuch conserve dans son somptueux château écossais dans la région du Dumfrieshire, le château de Drumlanrig, deux cabinets d’André-Charles Boulle: l’un en pendant avec celui du Getty Museum, l’autre très proche du présent cabinet Aga-Khan et de celui de la Wallace Collection.
On aperçoit le premier cabinet de la collection de Drumlanrig sur une ancienne photographie du Drawing-room du premier étage.
Réalisé également dans les années 1675-1680, il présente des dimensions importantes (224,7 x 147 x 60 cm.) mais est légèrement plus petit que celui du Getty.
Moins de détails sont connus mais le vantail central est flanqué de part et d’autre de dix tiroirs. On retrouve la même frise de fleurs de lys en partie supérieure, le même vase fleuri posé sur un entablement au revers du vantail, le même piètement à marchepied composé des figures d’Hercule et Hippolyte, toujours laquées brun et partiellement dorées.
Ainsi le répertoire ornemental est identique à celui du Getty et célèbre à nouveau la victoire du Roi Soleil à travers l’allégorie du Coq triomphant du lion et de l’aigle, le trophée martial et la médaille de Louis XIV en armure.
Selon la tradition familiale, ce cabinet et le second auraient été offerts par Louis XIV à Charles II d’Angleterre, puis donnés à son fils le duc de Monmouth. Celui-ci épouse ensuite Anne, comtesse de Buccleuch en 1663, l’année de la création du duché de Buccleuch.

LE SECOND CABINET “AUX SAISONS” DE DRUMLANRIG CASTLE, ECOSSE (COLLECTION DU DUC DE BUCCLEUCH ET QUEENSBERRY)
On retrouve ce second cabinet également sur une autre photographie ancienne du Drawing-room. Il est installé face au premier cabinet.
Il est plus petit que le premier cabinet de Drumlanrig Castle et que celui du Getty (192,2 x 114,5 x 54,8 cm.).
La marqueterie est ici en contre-partie pour les dix tiroirs flanquant le vantail central orné d’un perroquet en marqueterie de bois. La partie supérieure présente une frise de fleurs de lys interrompue par le ressaut orné d’une médaille de Louis XIV en armure inscrite dans un trophée militaire. Le ressaut est souligné de pattes de lion feuillagées réunies par un mascaron.
On retrouve cette composition sur les cabinets aujourd’hui sans piètement du musée de Cleveland et du musée du Louvre (inv. V4653 ; Vmb932) ainsi que sur le cabinet de Wrotham Park Hertfordshire (sur un piètement à bustes d’Egyptienne dans le style retour d’Egypte de la fin du XVIIIe siècle), conservé depuis fin 2010 au Fitzwilliam Museum, Cambridge.
Le piètement présente un ressaut concave arrondi avec des termes sur le thème des Saisons :à gauche Cérès pour l’été portant des épis de blé et à droite Bacchus pour l’automne coiffé de pampres.

LE CABINET “AUX SAISONS” DE LA WALLACE COLLECTION, LONDRES (INV. F.16)

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Attributed to André-Charles Boulle (1642 - 1732) & Jean Warin (1604 - 1672), (medal), Cabinet, France, c. 1670 - 1675. Oak, ebony, turtleshell, Boulle marquetry of ebony, brass, tin and copper, gilt bronze, walnut, amaranth, pinewood, sycamore, lacquered gold and lacquered silver, steel; 186.7 x 123 x 65 cm, The Wallace Collection, Inv. F16.

Le cabinet de la Wallace Collection date des années 1670-1675. Il présente en façade quatorze tiroirs de part et d’autre d’un vantail central. Ses dimensions sont toujours importantes mais il est moins imposant que celui du Getty Museum et le premier cabinet cité à Drumlanrig Castle (186 x 123 x 65 cm.). Les bois employés pour la marqueterie sont toujours ceux typiquement utilisés chez Boulle. On retrouve la frise de fleurs de lys en partie haute et le vantail représente en façade une gerbe généreuse de larges enroulements de feuilles d’acanthe posée sur un entablement à mascaron, le revers est orné d’une marqueterie en contre-partie de rinceaux.
Le vantail est surmonté également d’une médaille de Louis XIV en profil et en armure avec la mention LVD.XIIII.D.G. / FR. ET NAV REX et au revers le soleil rayonnant sur la terre avec l’inscription NEC. PLVRIBVS. IMPAR.1664.
Le piètement présente comme le second cabinet de Drumlanrig Castle un ressaut concave arrondi et les deux termes que sont l’Eté et l’Automne.
Le cabinet a été restauré avant 1872. On note en effet une légère réduction en hauteur et quelques manques notamment à la gerbe de blé de Cérès et le cep de vigne manquant. La restauration a été effectuée par l’ébéniste et marchand français Alfred Beurdeley dans son atelier situé au Pavillon d’Hanovre, 32, rue Louis-le-Grand. Beurdeley vend le cabinet le 8 mai 1872 pour la somme de 32.500 francs à Lady Wallace, la veuve de Sir Richard Wallace mort en 1870.
La facture décrit « un Riche meuble en marqueterie de bois à fleurs fond écaille et étain orné d’une frise en bronze armes avec trophées et médaillon du Roi Louis XIV. Ce meuble est supporté par deux cariatides allégories des saisons en bois sculpté, compris la restauration à mon compte ».
En 1897 le cabinet rejoint la Wallace Collection avec les 5.500 autres œuvres acquises par Sir Richard Wallace faisant de ce lieu l’une des plus riches collections de mobilier Boulle après le musée du Louvre.

LE CABINET AGA KHAN
Le cabinet Aga Khan est contemporain des cabinets de la Wallace Collection et du second de Drumlanrig Castle.
Il présente en façade quatorze tiroirs et un vantail orné du même panneau de marqueterie que celui de la Wallace Collection, une gerbe généreuse de larges enroulements de feuilles d’acanthe posée sur un entablement à mascaron. Ses dimensions sont sensiblement les mêmes que celui de la Wallace Collection (189 x 119 x 61 cm.).
Les bois sont également ceux traditionnellement utilisés par Boulle en plus des fleurs de jasmin figurées par de l’ivoire. Citons notamment la grenadille pour le fond de la frise de fleurs de lys et l’ébène des Indes pour le fond des marqueteries et encadrements, puis pour la marqueterie on retrouve de l’épine vinette, du houx, du buis, différents bois fruitiers comme l’alisier, le noyer, de la loupe d’if sur les côtés, de l’amarante, du nerprun, ou encore du padouk d’Asie et du gaïac.
Le vantail est toujours surmonté du même décor que celui de la Wallace Collection : une médaille de Louis XIV en profil et en armure avec la mention LVD.XIIII.D.G. / FR. ET NAV REX et au revers le soleil rayonnant sur la terre avec l’inscription NEC. PLVRIBVS. IMPAR.1664.
Le piètement est à section rectangulaire présentant des cartouches unis sur la plinthe et des tableaux de vases fleuris sur entablement. Les deux termes drapés, à gauche Cérès pour l’Eté tenant une gerbe de blé et à droite Bacchus pour l’Automne couronné de pampres et tenant un cep de vigne, sont relaqués en rouge. En effet, sur une ancienne photographie publiée dans Y. Brunhammer, M. de Fayet (Op. cit., 1966) on constate que les figures étaient comme à la Wallace Collection et à Drumlanrig Castle laquées brun et or.

LES MÉDAILLES DE JEAN VARIN (LIEGE, 1596 – PARIS,1672)
Louis XIV affiche très rapidement une volonté féroce de faire de Versailles la première cour d’Europe. Il s’y emploie avec orgueil et gloire à travers plusieurs prismes dont celui d’un déploiement d’un luxe démesuré, contrastant avec la pénurie monétaire de l’époque. Sa personne est glorifiée et est identifiée sous les traits d’Apollon, on parle du Roi Soleil, on dresse des arcs de triomphe pour célébrer ses victoires, on érige sa statue sur de nouvelles places. Cet art prestigieux atteint le mobilier lui-même à l’instar du présent cabinet.
Les cinq cabinets cités précédemment présentent des médailles de Louis XIV en armure ornée d’une Méduse, sur son profil droit. Elles sont d’après un modèle du sculpteur et graveur de monnaie Jean Varin. Les médailles employées sur les cabinets de la Wallace Collection et du cabinet Aga Khan présentent sur la face la mention LVD.XIIII.D.G. / FR. ET NAV REX pour Louis XIV Dei Gratia Franciae et Navarrae Rex soit « Louis XIV roi de France et de Navarre par la grâce de Dieu ». Ces deux médailles ont la particularité d’avoir le revers fondu avec le Soleil rayonnant sur la Terre accompagnée de la devise de Louis XIV : NEC .PLVRIBVS.IMPAR.1664 « A nul autre pareil » aux côtés de la date 1664.

Jean Varin travaille dans un premier temps avec son père pour les différentes principautés battant monnaie avant de rejoindre la France suite à des accusations de faux-monnayeur. Installé à Paris, il prend la direction de la monnaie du Moulin en 1629. Il supervise la frappe de médailles mettant en avant le règne de Louis XIII et s’accorde à cette occasion les bonnes grâces de Richelieu. En 1646, il est nommé Tailleur général des monnaies de France puis Graveur des Sceaux du roi l’année suivante.
Varin participe ainsi jusqu’à sa mort en 1672 à la frappe et à la fonte des médailles commémorant le règne de Louis XIV. Sa grande précision technique dans la frappe au balancier et la fonte des médailles et l’esthétisme respectant la véracité du portrait des souverains sont largement reconnues jusqu’à dépasser les frontières.

LA MARQUETERIE DITE “BOULLE”
En 1691, le Livre commode des adresses de Paris signale que “Boulle fait des ouvrages de marqueterie d’une beauté singulière » pour compléter en 1692 que seuls Boulle, Cucci et Lefèvre sont les trois seuls ébénistes parisiens dignes d’être cités dans ce guide.
Rappelons-nous que, schématiquement, Boulle succède à Pierre Gole, lui-même succédant aux cabinets en ébène. Le cabinet Louis XIV tranche donc par sa vivacité de couleurs face à la sobriété du cabinet Louis XIII. Malgré l’insolation inéluctable dont souffre toute marqueterie et la détérioration des colorants utilisés pour certains bois, on reste encore aujourd’hui bluffé par une telle technicité. La profondeur de l’ébène des Indes créé du contraste avec les différents feuillages et fleurs malgré la perte des rouge, jaune, vert, etc. La disposition est classiquement baroque : les feuilles d’acanthe sont savamment ordonnées à partir de mascarons et coquilles Saint-Jacques, et les vases posés sur des entablements proposent de généreux bouquets de fleurs fidèlement représentées dans un soucis botanique.
André-Charles Boulle n’est pas l’inventeur de la marqueterie de bois mais il a su s’approprier cette technique pour la rendre de plus en plus complexe en y mêlant métaux (cuivre et étain) et écaille de tortue puis de la corne et de l’ivoire. L’ivoire étant un matériau précieux, son emploi n’est pas anecdotique dans l'œuvre d’André-Charles Boulle. Citons par exemple le cabinet du J.P. Getty Museum sur les côtés, une table également conservée au Getty (inv. 83.DA.22) réalisée vers 1680-1690 ainsi que le cabinet du musée de Cleveland (inv. 1949.539).

LE « TERME » SOUS LOUIS XIV
Les termes représentés sous les traits de l’Eté et de l’Automne du présent cabinet participent à la puissance visuelle du meuble qui s’inscrit logiquement dans un programme iconographique de gloire et force de la France.
Historiquement, on retrouve le terme dès l’Antiquité, puis sous la Renaissance en Italie avec la galerie des frères Carrache au palais Farnèse et en France avec la galerie François Ier du château de Fontainebleau.
La cariatide et le terme qui ne sont pas des motifs ornementaux nouveaux, perdurent donc avec le programme artistique défini par Louis XIV. L’un des projets les plus impressionnants de l’époque s’appropriant ce thème décoratif est pour le surintendant des Finances Nicolas Fouquet (1615-1680) pour le Grand Salon – 1661 mais resté inachevé - de son château de Vaux-le-Vicomte. Seize termes de trois mètres cinquante en stuc scandent le périmètre de la pièce respectant ainsi le fastueux programme iconographique élaboré par Charles Le Brun adapté au plan ambitieux de l’architecte Louis Le Vau (1612-1670). C’est donc sans étonnement que l’on retrouve ce thème ornemental sur de fastueux cabinets à l’effigie du Roi Soleil quelques années plus tard.

ANALYSES SCIENTIFIQUES
Depuis maintenant trois cent ans, les meubles Boulle sont considérés, étudiés et analysés. Les avancées technologiques majeures de ces dernières décennies ont permis des progrès passionnants dans leur étude et leur approche, sources de nombreuses découvertes et publications. Il est particulièrement heureux que ces études se soient particulièrement focalisées sur des cabinets appartenant au corpus dans lequel figure également le présent lot. Mentionnons en particulier le cabinet du J. Paul Getty Museum (cf. notamment A. Heginbotham et al, “The dating of French gilt bronzes with ED-XRF analysis and machine learning”, Journal of the American Institute for Conservation, octobre 2018) et le cabinet de Drumlanrig.
Pour son étude, le présent cabinet a pu bénéficier de nombre de ces avancées en termes notamment d’analyses chimiques, d’analyses au microscope et d’études de tracéologie. Indépendamment de ces approches, l’analyse la plus complète a été effectuée par spectrométrie de fluorescence des rayons X et grâce à la constitution de bases de données qui y sont associées. Ont été étudiés aux rayons X des éléments de l’ornementation de bronze doré, de la marqueterie d’étain, de la marqueterie de laiton, de la marqueterie de bois teintés vert, de la dorure et polychromie des caryatides. Les résultats permettent notamment de constater que la présence de mercure dans l’étain, et de cuivre dans les éléments de bois teinté vert sont en parfaite adéquation avec les œuvres comparables de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe. Le résultat est tout aussi concluant pour l’analyse des éléments métalliques (bronzes dorés, marqueterie de métal), que l’on s’intéresse à la composition de l’alliage ou à la question de la présence des impuretés dans celui-ci.
En revanche, les analyses de la polychromie des caryatides tout comme leur examen au microscope montrent que le rouge est tardif et recouvre des couches antérieures.
Nous remercions tout particulièrement M. Yannick Chastang de son aide pour l’analyse scientifique de ce meuble.

Le cabinet Aga Khan appartient ainsi à un corpus particulièrement restreint de cabinets d’André-Charles Boulle puisque presque tous les autres cabinets ont perdu leur piètement, que ce soit par le courant du Boulle Revival qui perdure jusqu’au milieu du XIXe siècle, par les changements de mode et d’intérieurs ou par les affres du temps.

Nous souhaitons remercier tout particulièrement parmi toutes les personnes consultées Messieurs Yannick Chastang, Patrick George, Michel Jamet, Fernando Moreira et Alexandre Pradère pour leur aide à la rédaction de cette notice.

One of the other highlights of this sale will be an impressive Japanese armor of the Uchidashi Nimai-Dô type, in natural iron, dating from the 17th-18th century (estimate €70,000-100,000). It bears the coat of arms used by two younger branches of the powerful Nabeshima clan: that of Kashima (⿅島) and that of Hasuike (蓮池). Imposing and finely crafted, this armor includes a helmet with 62 natural iron slats and comes with a luxurious transport case called Yoroi Bitsu. This particularly precious and rare lot perfectly illustrates the essence of The Exceptional Sale.

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Lot 1019. Uchidashi Nimai-Dô Gusoku, Japon, XVIIème-XVIIIème siècle. Estimate EUR 70,000 - EUR 100,000 (USD 82,802 - USD 118,288). © Christie's Images Ltd 2020

L’armure en suite est de type uchidashi nimai-dô en fer naturel. Elle porte les armoiries utilisées par deux des branches cadettes du puissant clan Nabeshima 鍋島 en Hizen 肥前, celle de Kashima 鹿島 et celle de Hasuike 蓮池.

Le casque est en fer naturel à 62 lamelles (suji-bachi) de forme kôshôzan. Le shikoro (couvre-nuque) est en kiritsuke kozane de fer laqué sabi-nuri (laque imitant l’oxydation du métal), l’intérieur du shikoro est laqué byakudan-nuri. Il porte les armoiries dorées sur les fukigaeshi, en shakudô sur la dernière lame.
Signé : Saotome Iechika 早乙女家親
Armurier actif durant le XVIIème siècle, Iechika fut l’un des plus grands maîtres de l’école Saotome.

Le masque est de type etchû-bô en fer naturel constitué de deux parties amovibles assemblées par pitons. Il est gravé sur toute sa surface de fines lignes parallèles (yasurime). Le yodarekake est en kiritsuke kozane de fer laqué sabi-nuri, l’intérieur laqué byakudan-nuri. La dernière lame comme celle du shikoro porte les armoiries en shakudô.
Ecole Iwai

La cuirasse est constituée de 2 « demi-coques » en fer naturel d’inspiration nanban articulées par une charnière. Chacune des pièces est forgée dans une seule plaque de métal. La partie avant est ornée en uchidashi (fer repoussé) d’un dragon.
Ecole Miyata 宮田
Les ô-sode (grandes épaulières) sont en hon-kozane de cuir laqué sabi-nuri. Chaque épaulière porte les armoiries sur les kanamono et sur la dernière lame.
Les kote (manches) sont constituées de cotte de maille, de plaques en fer naturel ajourées formant un motif de type karabana en partie haute, sur l’avant-bras de plaques articulées en fer naturel ornée d’armoiries. Les tekkô (protection de la main) portent les armoiries en fer naturel.
L’haidate (cuissardes) est en cuir laqué noir.
Les suneate (jambières) sont en fer laqué sabi-nuri. Les tatehagi (protections des genoux) comme le col
de l’armure étaient recouvert de velours noir.

L’armure possède sa caisse de transport (yoroi bitsu). Il s’agit d’un coffre particulièrement luxueux orné de l’armoirie en laque et en cuivre doré repoussé sur sa partie avant. Les ferrures sont ciselées à motifs de rinceaux. Les pieds sont manquants.


En-suite russet iron armour of the uchidashi nimai-dô type, bearing the crest used by two of the cadet branches of the powerful Nabeshima 鍋島 clan in Hizen 肥前: the Kashima 鹿島 and the Hasuike 蓮池.

62 plates russet iron helmet (suji-bachi) of kôshôzan shape. The shikoro (neck-guard) consists of sabi-nuri (technique imitating russet iron) lacquered iron kiritsuke kozane, the interior lacquered byakudan-nuri.
The crest is gilded on the fukigaeshi and in shakudô on the last row of the shikoro.
Signed : Saotome Iechika 早乙女家親
Armourer active during the 17th century, Iechika was one of the greatest masters of the Saotome School.

Russet iron mask of the etchû-bô type, consisting of two removable parts assembled by pins. The entire surface is engraved with fine parallel grooves (yasurime). The yodarekake consists of sabi-nuri lacquered iron kiritsuke kozane, the reverse is lacquered byakudan-nuri. As with the shikoro, the last row bears the crest in shakudô.
Iwai School

The cuirass consists of 2 russet iron « half-shells » of nanban influence, articulated by a hinge. Each part is forged from a single plate of metal, the front plate decorated with an uchidashi (embossed) dragon.
Miyata 宮田 School
The ô-sode (large shoulder guards) are made from sabi-nuri lacquered leather hon-kozane. Each shoulder guard features the crest on the kanamono and on the last row.
The upper part of the kote (sleeves) consists of chain-mail and russet iron plates with a karabana type openwork design, with the forearm consisting of russet iron articulated plates decorated with crests. The tekkô (hand guard) feature the crest in russet iron.
The haidate (thigh guard) consists of black lacquered leather.
The suneate (shin guard) consist of sabi-nuri lacquered iron. The tatehagi (knee guard), along with the collar of the armour, used to be covered in black velvet.

The armour comes with its transport chest (yoroi bitsu). This is a particularly luxurious chest decorated with lacquered crests and with a gilded copper embossed crest on the front. The fittings are chiseled with an arabesque design. The feet are missing.
Dimensions de l’objet présenté : Hauteur : 135 cm, largeur : 90 cm, profondeur : 70 cm.
Dimensions de la caisse : Hauteur : 75 cm, largeur : 90 cm, profondeur : 75 cm.

Note: Les armoiries présentes sur cette armure désignent une très ancienne famille de Daimyô, descendante du clan des Fujiwara. C’est Shigenao à la fin du XVème siècle qui s’installa à Nabeshima en Hizen et en pris le nom. Mais c’est avec Nabeshima Naoshige, son petit-fils, que la famille occupera une position de tout premier plan avec des revenus s’élevant à 357 000 koku. Notre armure porte des armoiries utilisées par deux des trois branches cadettes du clan: celle de Hasuike qui y résida de 1610 à 1868 et celle de Kashima qui y résida de 1632 à 1868.

Les armures homogènes telle que la notre sont extrêmement rares et tout particulièrement celles ayant appartenu à des clans aussi importants que celui des Nabeshima. Cette armure a bénéficié d’une très grande qualité de réalisation et présente des caractéristiques correspondant au gout des Nabeshima pour des armures au blindage particulièrement renforcé. Ainsi, la cuirasse d’inspiration nanban est composée de deux épaisses demi coques réalisées dans une seule plaque de métal. Ce travail est typique de l’école Miyata, armurier officiel du clan. Les kohire sont des plaques pleines et les manches formant le manchira dans leurs parties hautes sont armées de kikko (petites plaques de métal hexagonales). Par ailleurs, le casque a été fabriqué par Saotome Iechika, l’un des plus grands maitres de l’école Saotome.
A ce jour, on ne connait pas d’autre armure complète du clan des Nabeshima conservée dans des collections privées ou muséales en Occident.


This rare armour is bearing arms which are belonging to a very old Daimyô family which descends from the Fujiwara. At the end of the 15th century, Shigenao settles in Nabeshima, Hizen province, and takes the name of the area for his family name. His grandson, Nabeshima Naoshige, will put his familiy in a high rank position with a revenue amounting to 357 000 koku. This armour bears the crest used by two of the three cadet branches of the clan: the Hasuike, who resided there from 1610 to 1868 and the Kashima, who resided there from 1632 to 1868.
Homogenous armours like our present lot are extremely rare, especially those having belonged to such important clans as the Nabeshima. This armour has benefited from a very rare quality of manufacture and features typical characteristics of the Nabeshima taste for especially reinforced shielded armours.
The nanban influenced cuirass consists of two thick half-shells made from single plates of metal, a typical work of the Miyata School, the official armourers of the clan. The solid plate kohire and the sleeves, forming the manchira in the upper part, are fitted with kikkô (small metal hexagonal plates). The helmet was made by Saotome Iechika, one of the greatest masters of the Saotome School.
There is no other known complete suit of armour from the Nabeshima clan in western private or institutional collections.

Hubert Robert's work of exceptional proportions, Caprice architectural avec un escalier en pierre monumental animé de personnages, is striking because of its outstanding characteristics. The largest known version of staircase composition, this oil painting from a Parisian collection (estimate €200,000 - 300,000) reveals a reiteration of a recurring theme in Robert's work, and appears as a brilliant example of his art in its great maturity. Hubert Robert grants the ruins a philosophical dimension, almost emotional, which Diderot described as "poetics of ruins". By joining in his paintings ordinary life and ancient ruins, the artist wished to depict the continuity of existence, the passing of time, and leaves his mark in history.

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Lot 1003. Hubert Robert (Paris 1733-1808), Caprice architectural avec un escalier en pierre monumental animé de personnages, huile sur toile, 261 x 196 cm. (102 ¾ x 77 1/8 in.). Estimate EUR 200,000 - EUR 300,000 (USD 236,577 - USD 354,865)© Christie's Images Ltd 2020.

ProvenancePartie du décor d’un Hôtel particulier du VIIème arrondissement à Paris (d’un ensemble de six toiles d’après la tradition familiale), avant le début du XXe siècle.
Transféré au début du XXe siècle au Château de Digoine (Saône-et-Loire), jusqu’à l’extrême fin du XXe siècle.
Resté depuis par descendance dans la famille dans une propriété angevine.

La plus grande version connue de composition d’escalier

A plusieurs reprises, le peintre Hubert Robert s’est attaché à décrire des escaliers monumentaux dans de puissantes compositions donnant à l’architecture une place triomphale. La version la plus proche de celle-ci, mais de moindre dimension (toile, ovale, 41 x 33 cm.), se trouvait dans la collection Jacques Doucet au début du XXe siècle1. La version Doucet présentait un palais italien très similaire sur la droite, avec un obélisque et un temple sur la gauche au lieu de la colonne inspirée de la colonne trajane dans notre tableau. D’autres compositions semblables existent également, articulées autour d’un escalier pris en légère contre-plongée comme si l’artiste les avait observés sur le motif, assis au pied des monuments, lors de son séjour à Rome. Citons notamment l'impressionnant escalier bordé d’un obélisque conservé au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg2, ou encore celui passé en 2016sur le marché new-yorkais3. Notre version se distingue cependant de ces dernières par son format volumineux, le plus imposant de tous, laissant présager une commande importante, certainement issue d’une série formant un grand décor.

"Robert des ruines"

Si le motif de l’escalier connaît une résurgence plus soutenue dans le corpus de l’artiste au tournant des années 1770-1775 alors qu'Hubert Robert travaillait au château de Versailles et observait régulièrement l’escalier - aujourd’hui disparu - des Ambassadeurs, notre peinture se comprend surtout comme un éclatant exemple de l’Art de Robert dans sa grande maturité, l’Art de « Robert des ruines ».

Plus encore que Piranèse ou Panini qui comptaient parmi les artistes admirés par le maître français et l’ayant largement incité à entreprendre le voyage à Rome, Robert donna aux ruines une dimension plus philosophique, presque émotionnelle, que Diderot décrivit sous le terme de « poétique des ruines ». « Nous attachons nos regards sur les débris d’un arc de triomphe, d’un portique, d’une pyramide, d’un temple, d’un palais ; et nous revenons sur nous-mêmes, nous anticipons les ravages du temps ; et notre imagination disperse sur la terre les édifices mêmes que nous habitons. (…) Et voilà la première ligne de la poétique des ruines. »4, écrivait-il au sujet d’un tableau de Salon d'Hubert Robert5.

En mêlant ainsi dans ses peintures la vie ordinaire aux ruines antiques, l'artiste montre en réalité la continuité de l’existence, le temps qui passe et laisse son empreinte dans l'histoire. Il confère aux ruines une sorte de rôle d’allié qui invite au dialogue, à une réflexion permanente entre la Beauté d’hier et d’aujourd’hui. Dans notre tableau, la poésie du quotidien participe à la grandeur des siècles passés ; une femme allaite son bébé, adossée à un obélisque renversé aux hiéroglyphes mystérieux.

Une provenance parisienne

Provenant d’un hôtel particulier du VIIème arrondissement de Paris, notre tableau aurait, selon la tradition familiale, fait partie d’une série de six toiles peintes pour le lieu. Un tableau de même format (260 x 196 cm.) a surgi sur le marché parisien en 2008 6 et pourrait avoir appartenu au même décor. Ce tableau représentait un paysage mettant en avant la nature et au second plan des bâtiments imaginaires, pouvant rappeler un aqueduc et une forteresse abandonnée. Formant un juste équilibre entre beauté de la nature et poétique des ruines, les deux tableaux faisaient probablement partie d'un décor imaginé par Hubert Robert qui cherchait, comme dans son décor peint pour 'épondre à la folie du comte d’Artois à Bagatelles, mettre tour à tour en avant nature et éléments d'architecture.

Au crépuscule du dix-huitième siècle, la symbolique de la nature et des paysages aux ruines imaginaires pouvaient en effet offrir des pistes de réflexion similaires sur les dernières heures de l'Ancien Régime qui allait se renouveler, tout comme la Nature et les grandes Civilisations qui forment également un cycle continu.

Notre tableau a ensuite orné les murs de la salle à manger du château de Digoine en Sôane-et-Loire pendant près d'un siècle, participant à la splendeur des lieux.

1. voir vente de la collection de Jacques Doucet, Paris, Galerie Georges Petit, 6 juin 1912, n°181.
2. voir I. S. Nemilova, The Hermitage Catalogue of Western European Painting. French Painting (…), Moscou, 1986, p. 283, cat. n°206, reproduit
3. Voir vente anonyme, New York, Sotheby’s, 29 janvier 2016, n°534, reproduit.
4. D. M. Bukdahl (éd.), Diderot. Salons III. Ruines et paysages. Salon de 1767, Paris, 1995, p. 335.
5. Voir A. Scnhapp “ ‘Robert des ruines’. Le peintre face aux monuments » dans Hubert Robert 1733-1808. Un peintre visionnaire, [cat. exp.], Paris, 2016, p. 86.
6. vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot [Me Piasa], n°87, reproduit


The largest known version of a stairway composition

On several occasions, Hubert Robert dedicated his paintings to monumental flights of stairs in powerful compositions giving a triumphal place to architecture. The closest version to this one, but smaller in size (canvas, oval, 41 x 33 cm.), was part of Jacques Doucet’s collection at the beginning of the 20th century1. The Doucet version featured a very similar Italian palace on the right, with an obelisk and a temple on the left instead of the column inspired by the Trajan’s column in our painting. Other similar compositions also exist, composed around stairs taken in a slightly low angle as if the artist was actually painting from life, looking up at them, sat at the foot of the monuments, during his time in Rome. Great examples include the impressive stairway next to an obelisk conserved at the State Hermitage Museum in Saint Petersburg2, as well as the painting of the same subject that found itself on the New York market in 2016 3. However, our version stands out from the latter two by its large format, the most imposing of all, which suggests that it was part of a big commission, most certainly one of a series forming a large decor.

"Robert of the Ruins"

If the subject of stairways reappeared on several occasions in the corpus of the artist in the years 1770-1775 when Hubert Robert was working at the Château de Versailles and often observed the Ambassadors’ staircase, which no longer exists, our painting is above all a brilliant example of the Art of Robert in his period of great maturity, the Art of "Robert of the Ruins".

Even more than Piranesi or Panini who were amongst the artists that the French painter admired and who played a big part in his decision to visit Rome, Robert gave ruins a more philosophic, almost emotional dimension, that Diderot described as the "poetic of ruins". On the subject of a Salon painting by Hubert Robert4, he wrote, "Our gaze is drawn to the debris of an arc de triomphe, a gateway, a pyramid, a temple, a palace; and we come back to ourselves, we anticipate the ravages of time; and our imagination disperses onto the earth the very edifices that surround us. (…) And that is the first line of the poetic of ruins.".5

By combining in his paintings the ordinary life and ancient ruins, in reality Robert shows the continuity of existence, time that passes and leaves its mark in History. He gives the ruins something of the role of an ally, encouraging dialogue and constant reflection upon the Beauty of the past and of the present. In our painting, the poetry of everyday life participates in the grandeur of bygone centuries; a woman breastfeeding her baby, turning her back to an obelisk engraved with mysterious hieroglyphs.

A Parisian provenance

Our painting comes from a private hôtel particulier in the 7th arrondissement of Paris and, according to family tradition, was part of a series of six works painted for the premises. A painting of the same format (260 x 196 cm.) appeared on the Parisian market in 2008 6 and may have belonged to that same decor. The latter represented a landscape making the apology of nature, with a background of imaginary edifices resembling an aqueduct and an abandoned fortress. Forming a harmonious balance between beauty of nature and poetic of ruins, the two paintings were probably part of a decor imagined by Hubert Robert who sought, like in his decor painted to satisfy the folly of the Count of Artois in the Château de Bagatelles, to highlight, in turn, nature and elements of architecture.

At the dusk of the eighteenth century, the symbolic of nature and landscapes with imaginary ruins could indeed offer similar lines of thought about the final hours of the Ancien Régime which was going to renew itself, just like Nature and the great Civilizations also take part in a continuous cycle.

Years later, our painting also took up residency in the dining room of the Château de Digoine in Sôane-et-Loire for almost a hundred years, contributing to the splendour of the premises.

An unusual set of objects will come to close this sale: the gold baton of Marshal of France from Marshal Juin (estimate €20,000 - 40,000), and the matching lipstick case in enamel and diamonds (estimate €2,000 -3,000).

Works of art created by great goldsmiths, highest symbols of military power, marshal's batons have a strong symbolic dimension, like regalia. Evolving through the centuries and political regimes, they were stud with fleurs-de-lis under the Ancient Regime, decorated with eagles or bees under the Empire, before being ornated with stars during the Republic. This baton here, which belonged to Marshal Juin (1888-1867), was probably made by the Arthus-Bertrand goldsmiths, like other specimens kept at the Musée de l'Armée, dating from the same period.époque. Almost 40 cm long, it is covered with 'bleu de France' velvet, and studded with 30 five-branch stars.

Remarkably, this lipstick case is a nod to the marshal's baton. By using the same cylindrical shape with the famous gold stars on a royal blue background, this precious and unique miniature copy belonged to the wife of Marshal Juin, Marie-Cécile Bonnefoy. The subtle martial symbolism, intrinsic to the marshal's baton, is here overthrown by the symbolism of love and beauty, in an aesthetic symbiosis, poetically recalling the union of Mars and Venus.

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Lot 1015. Bâton de maréchal de France en or du Maréchal Juin (1888-1967), Paris, vers 1952, probablement par Arthus-Bertrand. Longueur: 40 cm. (15 ¾ in.). Poids d'une virole: 157 gr. (5.04 oz.) et poids brut: 769 gr. (24.72 oz.) Estimate EUR 20,000 - EUR 40,000 (USD 23,658 - USD 47,315). © Christie's Images Ltd 2020

L'âme probablement en bois garni de velours bleu roi, semé de trentes étoiles, l'intérieur en cuir bleu avec un document, une extrémité appliquée d'un maure et de la devise des maréchaux "TERROR BELLI DECUS PACIS", au sommet un trophée avec le coq français, la seconde extrémité dévissable, orné de guirlandes de perles et de feuilles de laurier, appliqué d'un arc de triomphe, et portant l'inscription "AU MARECHAL JUIN / LE MAROC RECONNAISSANT", au sommet le drapeau marocain, poinçons sur les extrémités: titre 18K (750) et orfèvre ; dans un coffret rectangulaire en verre et laiton, orné d’étoiles sur ses coins supérieurs.

ProvenanceAlphonse Juin (1888-1967), maréchal de France ;
Puis par descendance jusqu'au propriétaire actuel.

BIBLIOGRAPHIE COMPARATIVE: J. Valynseele, C. Brun, E. Jauffret, Dictionnaire des maréchaux de France, du Moyen-Age à nos jours, Perrin, 2001.

Note: Objets d’art réalisés par de grands orfèvres, emblèmes suprêmes du pouvoir militaire, les bâtons de maréchal possèdent une forte dimension symbolique à l’instar des regalia. Evoluant au fil des siècles et des régimes politiques, ils sont parsemés de fleurs de lys sous l’Ancien Régime, décorés d’aigles ou d’abeilles sous l’Empire avant d’être ornés d’étoiles sous la République. Le bâton présenté ici, ayant appartenu au maréchal Juin (1888-1867), a probablement été réalisé par la maison d’orfèvrerie Arthus-Bertrand comme d’autres exemplaires conservés au Musée de l’Armée, datant de la même époque. Mesurant près de 40 cm, il est recouvert d’un velours bleu de France semé de 30 étoiles d’or à 5 branches. Notre exemplaire est d’une taille légèrement réduite, avec des étoiles moins larges, comparativement aux modèles habituels qui mesurent 52 cm selon la codification établie par le maréchal de Belle-Isle en 1758. D’une richesse exceptionnelle, les viroles et les étoiles sont ici en or et non en vermeil ou en argent comme pour la plupart des modèles conservés dans les musées (voir par exemple le bâton du maréchal de Lattre au Musée de l’Armée, inv. no. 994.94).
Notre bâton de maréchal est en réalité un modèle de remplacement réalisé afin de faciliter sa maniabilité. En effet, blessé lors de la première guerre mondiale au bras droit, le maréchal Juin aurait reçu un deuxième exemplaire légèrement plus petit pour une meilleure prise. Le modèle originel, offert par le Maroc et remis par le président de la République Vincent Auriol le 14 juillet 1952, est exposé aujourd’hui au Musée de l’Armée (inv. no. Cc 24411). Toutefois, c’est notre bâton proposé en vente que le maréchal Juin arborait fièrement lors de cérémonies officielles comme en témoignent plusieurs photographies d’époque. Ainsi, nous pouvons apercevoir le maréchal Juin accompagné de notre bâton honorifique lorsqu’il remet au général Carpentier la Grand-croix de la légion d’honneur le 21 avril 1956 ou lors de l’inauguration d'une plaque commémorative au souvenir des goumiers marocains dans la cour des Invalides en février 1961. Ces documents permettent d’attester que notre bâton a bien été réalisé à la même époque que celui remis officiellement en 1952.

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Notre bâton comporte plusieurs inscriptions qui nous renseignent sur son histoire. Sur une des viroles d’or, figure la célèbre devise des maréchaux de France : « Terror Belli, Decus Pacis » (« Terreur pendant la guerre, ornement pendant la paix »). Sur l’autre virole d’or est inscrit le message suivant : « AU MARECHAL JUIN / LE MAROC RECONNAISSANT », accompagné de l’étoile du Maroc sur son extrémité. Cette partie s’ouvre et l’intérieur du bâton recèle une lettre d’hommage du Maroc sur parchemin daté du 15 juillet 1952, témoignant des liens étroits entre le maréchal Juin et ce pays dont il devient Résident Général en 1947.
Le Maréchal Juin (1888-1967)
Le maréchal Juin est un de nos grands héros nationaux ayant participé aux deux conflits mondiaux. Né en 1888 à Bône (Algérie), ce pied-noir et major de la promotion Fez de Saint-Cyr en 1912 (la même promotion que le général de Gaulle) a combattu au Maroc jusqu’en 1914, puis sur le front français en compagnie des tabors marocains, perdant l’usage de son bras droit au cours de la bataille de la Marne en 1915. Aide de camp du général Lyautey, il est nommé ensuite général de brigade en 1938, puis commandant en chef des forces d'Afrique du Nord. Il se rallie au général Giraud et participe avec ses troupes à la victoire des Alliés en Afrique du Nord, combattant les Afrikakorps d’Erwin Rommel, avant d’envoyer ses hommes en Italie où, par la victoire décisive du Garigliano en 1944, l’armée française retrouve son prestige, permettant aux Américains d’avancer vers Rome. Remplissant les fonctions de Chef d'Etat-Major de la défense nationale, Juin retourne ensuite au Maroc en assumant la haute fonction de Résident Général de 1947 à 1951. Il y poursuit la même politique de pacification commencée par Lyautey, voulant sauver le protectorat français en s’opposant au sultan du Maroc, Mohammed V. Recevant le bâton de Maréchal le 14 juillet 1952, il est aussi élu à l’Académie Française le 20 novembre 1952. Les dernières années de sa vie sont perturbées par les guerres d’Algérie – son pays natal – et il s’oppose publiquement à la politique algérienne d’autodétermination prônée par le général de Gaulle. Il repose aujourd’hui aux Invalides, après avoir eu droit à des funérailles nationales le 19 février 1967, ultime hommage rendu au Maréchal et à ses grandes batailles livrées contre les Allemands.
Les Maréchaux de France
Le titre de maréchal était conféré à un officier général ayant commandé une armée à la victoire. Il s’agit de la plus haute distinction militaire française depuis la suppression de la dignité de connétable de France en 1627. Ce titre a été créé en 1185, comptabilisant depuis son origine 331 maréchaux de France. Le premier maréchal de France fut Albéric Clément, nommé par le roi Philippe Auguste. Toutefois, c’est Louis XIV qui donna à ce titre sa signification actuelle en récompense de hauts faits militaires. Supprimé durant la Révolution, cette dignité fut rétablie par Napoléon en 1804, récompensant près de 26 maréchaux dont les célèbres Murat et Ney. Le maréchalat fut ensuite mis de côté à la suite de la grande défaite de 1871. Elle renaît au cours de la IIIe République, en particulier après la première guerre mondiale, récompensant au total huit maréchaux dont Pétain et Foch en 1918. Après la seconde guerre mondiale, quatre maréchaux ont également été nommés : Juin, Leclerc, De Lattre et Koenig. Le dernier maréchal à avoir été élevé à cette dignité de son vivant est le maréchal Juin dont nous présentons aujourd’hui l’emblématique bâton en vente.

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Lot 1016. Tube de rouge à lèvres émail et diamants, Boucheron, circa 1952; 7.0 x 1.5 cm, 60.25 g. Estimate EUR 2,000 - EUR 3,000 (USD 2,366 - USD 3,549)© Christie's Images Ltd 2020.

Figurant un bâton de maréchal, le corps en émail bleu (accident) ponctué d'étoiles centrées de diamants ronds, l'une des extrémités ornée de la lettre "B", or 18K (750), poinçon français, signé Boucheron Paris, poinçon de maître de Pierre Brun.

ProvenanceMarie-Cécile Bonnefoy (1902-1982), épouse du maréchal Juin ;
Puis par descendance jusqu’au propriétaire actuel.

Note: Ce tube de rouge à lèvres est un clin d’œil au bâton du maréchal Juin remis en 1952. Reprenant la même forme cylindrique avec les fameuses étoiles d’or sur fond bleu roi, ce précieux et unique exemplaire en miniature a appartenu à la femme du maréchal Juin, Marie-Cécile Bonnefoy (1902-1982), mariée à Alphonse Juin (1888-1967) le 26 décembre 1928. La symbolique martiale inhérente au bâton de maréchal est ici détrônée par celle de l’amour et de la beauté, dans une symbiose esthétique rappelant poétiquement l’union de Mars et Venus.
Maison de haute joaillerie française qui existe depuis plus de 160 ans, la maison Boucheron est la plus ancienne maison de joaillerie installée sur la prestigieuse place Vendôme. Fondée en 1858 à la galerie de Valois sous l’arcade du Palais Royal à Paris par Fréderic Boucheron (1830-1902), elle déménage à son emplacement actuel – 26 place Vendôme – en 1893. La maison Boucheron est une icône du luxe et du raffinement français qui a accompagné l’histoire et l’évolution du goût artistique du milieu du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Elle a su créer des œuvres particulièrement audacieuses et originales telles que notre tube de rouge à lèvres en forme de bâton de maréchal de France proposé en vente.

Another highlight:

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Lot 1021. Bénitier en corail de Trapani et cuivre doré, Sicile, première moitié du XVIIe siècle. H.: 71 cm. (28 in.) ; L.: 44 cm. (17 1/3 in.). Estimate EUR 100,000 - EUR 200,000 (USD 118,288 - USD 236,577). © Christie's Images Ltd 2020.

Simulant la façade d'une église baroque à décor couvrant d'un parement de corail en rinceaux et bossages divers, guirlandes et putti en rondebosse et haut relief, à trois niveaux d'élévation : les deux premiers soutenus par des doubles colonnes torses dégagées et coiffées de chapiteaux corinthiens, le dernier sommé d'un fronton entrecoupé et souligné par une balustrade, le portail surmonté de deux anges formant autrefois une niche, orné d'un Dieu Rédempteur inscrit dans une gloire associée sur un fond de lapis lazuli restauré, le bénitier en partie basse, hémisphériqe et soutenu par deux anges ; la disposition de la niche centrale transformée, petits manques et remplacements.

Note: Ce sublime « acquasantiera » en corail de Trapani est sans doute le plus beau jamais présenté. Dans la dense bibliographie consacrée aux ouvrages des XVIIème et XVIIIe siècle, pas un exemple recensé ne peut rivaliser : en harmonie, en taille, en maitrise… tant dans la sculpture que dans l’organisation générale du décor, cet ouvrage de dévotion privée, d’un luxe fabuleux, se révèle littéralement exceptionnel.
Il faut comprendre pour apprécier la beauté de cette œuvre que le corail est, à l’époque du florissement des ateliers trapanais, un matériau magique. C’est Ovide qui nous livre le secret de sa naissance. Le poète romain raconte que lorsque Persée décapita la Gorgone Méduse, le sang qui coula de sa tête fut pétrifié et changé en corail. Suivant le glissement fréquent du mythe antique au mystère chrétien, le corail devient dans l’iconographie catholique symbole du sang du Christ et de la Rédemption. De là lui sont attribués des propriétés magiques. Utilisé en talisman, on lui prête volontiers une fonction apotropaïque, on lui reconnaît le pouvoir de résoudre les problèmes de saignement, de fertilité et même à la Renaissance, le don de détecter le poison dans la nourriture.
Ce corail « Corallium rubrum » a par conséquent toujours été un matériau très prisé que l'on utilise aussi bien dans sa forme naturelle que sculpté pour créer des objets d’art complexes. La production d'œuvres d'art en corail est documentée à la Renaissance dans plusieurs centres européens, dont Landshut en Bavière, l’Espagne et la Sicile. Du fait de sa rareté, de ses vertus et de l’intérêt grandissant pour les sciences naturelles en Europe, le corail devient un des matériaux les plus appréciés pour la création d’objets d’art destinés aux cabinets de curiosités princiers. Plusieurs chefs-d’œuvre de la Renaissance, objets de cour du plus grand apparat, arborent des branches de ce fascinant squelette animal sous-marin. On pense immédiatement à l’usage merveilleux qu’en fit Wenzel Jamnitzer, célèbre orfèvre de Nuremberg, pour symboliser la métamorphose de sa Daphné en argent. (Musée National de la Renaissance, Ecouen .N° Inv. E.Cl.20750)
Le plus fameux des centres de production d’œuvres en corail, par sa qualité et sa finesse d'exécution, est Trapani, petite ville en bord de mer sur la côte Ouest de la Sicile. Elle doit son essor à la Cour du Vice-Roi qui commande aux artisans toutes sortes de fantaisies. La production de Trapani se caractérise par l’emploi de petits éléments de corail sculptés de différentes formes, montés ensuite sur des supports de cuivre doré et parfois associés à des émaux afin d’obtenir des effets variés. Par sa position géographique et ses riches ressources naturelles incluant de grands récifs coralliens, Trapani devient l’un des principaux ports commerciaux de la Méditerranée. La croissance d’une classe prospère de marchands, alliée à un riche clergé, contribue au développement à grande échelle de l’orfèvrerie et du travail du corail dès le XVIème siècle. L’installation en 1628 dans la ville de la guilde des artisans du corail, le Arte dei corallari, témoigne de la forte demande pour ces objets.
Les objets en corail, majoritairement religieux, tels que les crucifix, les capezalle, les monstrances, les objets et vêtements liturgiques, les bénitiers et les autels, étaient surtout acquis par les trésors des églises, tandis que les objets profanes, tels que les cadres de miroirs, les tazze ou les vases, les objets usuels et le mobilier miniature étaient acquis par les cours et les membres de la noblesse. Le corail, considéré comme précieux et rare au XVIème siècle, était offert en tant que cadeau diplomatique à travers les cours européennes.
Ce bénitier peut être comparé, soit à celui de la Collection Doria Pamphilj (A. Daneu, Larte trapanese del corallo, 1964, T. V) soit à celui répertorié dans le même ouvrage comme d’une collection privée (T. VIII). Notre bénitier toutefois est probablement réalisé un peu après, au milieu du XVIIème siècle. L’ampleur de l’architecture, tout à fait typique des façades d’églises de la Contre-Réforme, sa tridimensionnalité plus aboutie attestent d’une grande maîtrise de l’exercice. La sculpture est minutieuse, pleine de souplesse : le Christ en gloire et les deux anges qui surmontent la niche à la manière d’un tabernacles sont traités avec dextérité, comme chacun des ornements. Dans un même temps, les doubles colonnes dégagées, véritable tour de force, le fronton entrecoupé et l’ingénieuse utilisation du corail pour former le bossage confèrent, au-delà des motifs et du vocabulaire ornemental, une vraie force architecturale à ce bénitier. C’est là que réside sans doute toute la séduction de ce chef d’œuvre qui sait allier préciosité et monumentalité.

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Bénitier en Trapani, collections Doria Pamphilj.

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Bénitier en Trapani, collection privée.

The Collector : Le Goût Français celebrates the art of collecting through a selection of works from private French and European collections. The highlights of this extraordinary sale include the creations of the greatest names of the 20th century, such as Bagues, Jansen, Henri Samuel ou Georges Geffroy. Following the Exceptional Sale's lead, this sale presents both major pieces but also more affordable lots illustrating the history of styles and interior design.

Formerly in Karl Lagerfeld's collection, a beautiful console from the beginning of the Louis XVI style, in limewood and molded softwood, sculpted and golden, will be one of the key lots of the sale (estimate €60,000 - 100,000). Dating from about 1770, this console is close to the à la grecque style, in fashion in Paris at the time, which designated the then pioneering and modernist furniture which reclaimed its roots from Antiquity.

 

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Lot 157. Console du début de l'époque Louis XVI, vers 1770. H.: 88,5 cm. (35 in.) ; L.: 160 cm. (63 in.) ; P.: 79 cm. (31 in.). Estimate EUR 60,000 - EUR 100,000 (USD 70,973 - USD 118,288)© Christie's Images Ltd 2020

En tilleul et résineux moulurés, sculptés et dorés, le dessus de marbre brèche violette restauré, la ceinture présentant une frise de larges feuilles d'acanthe interrompue en façade par un ressaut orné d'un entrelacs feuilagé et retenant une large chute de guirlande de laurier, les pieds fuselés, cannelés et rudentés de tiges de jonc perlées.

Provenance: Vente Sotheby’s, New York, 27 octobre 1995, lot 330;
Collection Lagerfeld, vente Christie’s, Monaco, 28-29 avril 2000, lot 39.

Note: Le retour au goût classique en réaction aux excès du rocaille prend naissance dans les années 1750 en plein règne de Louis XV. Alors que certains architectes tels que Blondel ou Contant d’Ivry prônent un modernisme mesuré, d’autres tels que le peintre Louis-Joseph Le Lorrain ou des érudits tels que le comte de Caylus se plaisent à une relecture extrême et épurée de l’art antique. Le comte de Caylus (1692-1765), homme de Lettres passionné d’antiquités, parait comme l’un de ces précurseurs. Le choix fait dans ses collections d’un cénotaphe romain de porphyre datant du IIe siècle, pour en faire son tombeau dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, est à mettre directement en lien avec ce renouveau et les sources antiques qui ne tardent pas à être réinterprétées. La commande du collectionneur Ange-Laurent Lalive de Jully (1725-1779) est également d’une grande importance. Financier passionné des Arts, introducteur des ambassadeurs de Louis XV à partir de 1756, il passa commande d’un ensemble de meubles précurseurs composé d’un bureau, de son cartonnier, un coquiller, un fauteuil et un encrier (A. Forray-Carlier, Le mobilier du château de Chantilly, Dijon, 2010, n. 10, p. 57). Son portrait par Jean-Baptiste Greuze conservé à la National Gallery of Art de Washington présente deux de ces créations novatrices : le fauteuil à haut dossier et le bureau plat. L’impact du modernisme de ce mobilier, dont le bureau se trouve actuellement conservé au château de Chantilly suite à un achat du duc d’Aumale, fut immense. Certains commentateurs parlèrent de création « à la grecque », expression désignant alors, d’une manière générale, tout ce qui se réclamait de l’antiquité. Le Lorrain s’était vu confier cette réalisation et il peut être considéré comme l’un des chantres de ce style naissant. D’autres, tels que le graveur, historien et collectionneur Pierre-Jean Mariette, firent aussitôt référence au grand style d’André-Charles Boulle, établissant un lien avec les créations louis-quatorziennes. Cette dénomination « à la grecque » eut un très large succès et qualifie cette mode qui déferla sur Paris durant toute la décennie des années 1760. Ainsi, Lalive, lui-même, s’en plaignit dans le Catalogue Historique qu’il publia en 1764, précisant que même les devantures des boutiques se faisaient maintenant dans cette mode. Les gravures humoristiques du peintre Alexandre Petitot dans la Mascarade à la grecque dénoncent parfaitement ces excès (A. Petitot et B. Bossi, Mascarade à la grecque, Parme, 1771).
Notre console est à rapprocher du bureau emblématique de Lalive de Jully, conservé à Chantilly (Catalogue exposition, 18e aux sources du design, chefs-d’œuvre du mobilier 1650-1790, Château de Versailles, 2015) avec les même guirlandes tombantes caractéristiques dites « en corde à puits »

An elegant fall front desk from the Transition period, signed by Pierre Macret (estimate €30,000 - 50,000), will also mark the sale The Collector: le Goût Français. In European varnish and lacquer, with a satin and amaranth veneer, this sumptuous piece symbolises the important attraction for precious and costly lacquers, which worth and beauty were emphasized by the merchants of the middle of the 18th century. Decorated with gilded and chiseled bronze, and overhung by Breche d'Alep marble, this cabinet presents on its facade a scenery of gallant scenes and lake dwelling landscapes. It comes from the mythical collections of Sir Philip Sassoon, and thereafter of the Marquis of Cholmondeley, kept at the Houghton castle.

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Lot 133. Secrétaire à abattant d'époque Transition, Estampille de Pierre Macret, vers 1760-1765. H.: 130 cm. (51 in.) : L.: 79 cm. (31 in.) ; P.: 39 cm. (15 ¼ in.). Estimate 30,000 - EUR 50,000 (USD 35,486 - USD 59,144)© Christie's Images Ltd 2020

En vernis européen et laque, placage de satiné et amarante et ornementation de bronze ciselé et doré, le dessus de marbre brèche d'Alepà décor de scènes galantes et de paysages lacustres, l'abattant découvrant quatre tiroirs et quatre compartiments, les deux vantaux en partie basse dévoilant une étagère, les chutes ornées de mufles de lio, les sabots en griffe, estampillé MACRET sur le coté gauche, ; fentes verticales et manques au décor.

Pierre Macret, fait marchand-ébéniste privilégié du Roi suivant la cour et conseils de sa majesté en 1756.

ProvenanceSir Philip Sassoon, Bt., 25 Park Lane, W.1., dans la bibliothèque de l'inventaire de 1927, puis de 1939 ;
puis par descendance, le marquis de Cholmondeley ;
puis sa vente Houghton, Christie's Londres, 8 décembre 1994, lot 39 (£172.000).

Literature: D. Cooper ed., Great Family Collections, Londres, 1965, p. 234.
G. Worsley, 'Houghton', in Country Life, 4 mars 1993, p. 53, fig. 9.
T. Wolvesperges, Le meuble français en laque au XVIIIème siècle, Paris, 2000, p. 48, ill.

Note: Cet élégant secrétaire à abattant estampillé de Pierre Macret (1727-1796) en vernis européen et laque de Chine symbolise l'attrait considérable pour les laques précieuses et coûteuses dont la valeur et la beauté sont mises en valeur par les marchand-merciers du milieu du XVIIIe siècle. Connu pour sa très discrète estampille, Macret n’en est pas moins l’un des grands noms de l’ébénisterie parisienne. Nommé « ébéniste privilégié du roi Louis XV » en 1756, il a une activité prospère entre 1756 et 1785. Il travailla notamment pour le marchand-mercier Lazare Duvaux qui à la même époque fait travailler les frères Martin, vernisseurs du Roi. Il est fournisseur des Menus Plaisirs du Roi de 1764 à 1771.
T. Wolvesperges dans Le meuble français en laque au XVIIIème siècle, Paris, 2000, p.48, évoque une technique de laque chinois encore méconnue dont le décor principal est peint à la détrempe et non réalisé en véritable laque. Ce type de laque est produit à Canton dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Selon l'auteur, les panneaux de notre secrétaire pourraient peut-être relever de cette technique. La similitude de décor entre les deux secrétaires, celui d’Hougthon et celui passé en vente Christie’s Londres, 6 juillet 2006, lot 110 (voir ci-contre). pourrait laisser entendre que l'ébéniste utilisa des panneaux issus d'un même paravent en laque de Chine.

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Christie’s Londres, 6 juillet 2006, lot 110. © Christie's Images Ltd

Another highlight:

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Lot 86. Deux bureaux dits "Mazarin" d'époque Louis XIV formant paire, Attribués à Nicolas Sageot, premier quart du XVIIIe siècle. H. : 81 cm. (31 ¾ in.) ; L.: 122 cm. (48 in.); P.: 70,5 cm. (27 ¾ in.). H. : 76 cm. (30 in.) ; L.: 122 cm. (48 in.); P.: 70 cm. (27 ½ in.). Estimate: €60,000 - 100,000 (USD 70,973 - USD 118,288). © Christie's Images Ltd 2020.

En marqueterie Boulle de laiton gravé et d'écaille de tortue caret, et ornementation de laiton, le premier en première partie, le second en contrepartie, à décor à la Bérain, les caissons latéraux reposant chacun sur quatre pieds en console réunis par des entretoises en X ; anciennes restaurations et soulèvements, une astragale associée.

Provenance: Probablement baron Mayer Amshel de Rothschild (1818-1874), Mentmore Towers, Buckinghamshire ;
Puis probablement par descendance, sa fille, Hannah de Rothschild (1851-1890), comtesse de Primrose et épouse d'Archibald Primrose, Ve comte de Rosebery ;
puis par descendance, son fils, Albert Edward Harry Meyer Archibald Primrose, VIe comte de Rosebery (1882-1974) ;
puis collections Rosebery au château de Mentmore; vente Sotheby Parke Bernet, 18 mai 1977, lots 494 et 512.

Note: Ces deux remarquables et élégants bureaux ont très probablement été réalisés par Nicolas Sageot, ébéniste le plus célèbre – après André-Charles Boulle – de la fin du règne de Louis XIV et sous le début de la Régence. Le premier a estampillé plusieurs de ces meubles ; l’autre pas.

Nicolas Sageot
Nicolas Sageot (1666 – 1731), reçu à la maîtrise en 1706 est en effet l’un des rares ébénistes à estampiller une partie de ses meubles bien avant l’édit de 1751 imposant l’estampille. Deux marques sont recensées : la circulaire NICOLAS SAGEOT et les simples initiales N.S.
Sageot possédant l’un des ateliers les plus importants de Paris, avec André-Charles Boulle, recourt pour ce faire à des alloués comme Denis Philibert Gaudreaus (frère du célèbre Robert), par contrat de deux à six ans, ou encore au marqueteur Toussaint Devoye dont il adapte les décors à ses meubles.
La marqueterie est classiquement inspirée des dessins gravés de Jean Bérain (1640-1711) de grotesques, oiseaux fantastiques, arabesques, chimères ailées, etc.
Toutefois, l’utilisation par Sageot des panneaux marquetés de Devoye n’est pas systématique, comme en atteste la mention d’un stock d’écaille de tortue de soixante-cinq livres (soit près de trente kilos) dans l’inventaire après décès de l’épouse de Sageot en 1729.
L’enseigne de Nicolas Sageot, Soufflet royal, installée à l’angle de la rue de la Roquette et de la Grande-Rue du Faubourg Saint-Antoine propose ainsi à la vente une multitude de meubles luxueux (bureaux, armoires, commodes), tous en marqueterie Boulle de cuivre et d’écaille de tortue, à des prix très importants et très proches de ceux pratiqués par Boulle.
Citons un bureau Mazarin conservé au Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris (inv. ODUT1500) portant l’estampille circulaire de Nicolas Sageot.
Nicolas Sageot n’est pas le seul à avoir réalisé des meubles en marqueterie Boulle. Citons notamment l’ébéniste Pierre Moulin et Noël Gérard un peu plus tard lorsqu’il s’installe en tant que marchand-mercier dans les années 1720 rue Neuve Saint-Merry, dans l’ancien hôtel particulier du financier Jabach.

Une provenance prestigieuse : Rothschild à Mentmore Towers

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Le château de Mentmore Towers, Buckinghamshire.

Perdu dans la compagne anglaise du Buckinghamshire, le château de Mentmore Towers est construit à partir de 1850 pour le banquier Mayer Amschel de Rothschild (1818-1874), fils du fondateur de la branche anglaise de la famille Rothschild, par l’architecte Joseph Paxton auteur du célèbre Crystal Palace. Plus grande propriété de la famille Rothschild, le château présente tous les aménagements et conforts modernes de l’époque : grand hall central, verrière, baies vitrées et chauffage central. L’auteur féminin Lady Eastlake se croit dans un « monde féérique » alors qu’elle pénètre dans le château pour la première fois en 1872, à la vue des immenses « tapisseries, des tapis perses recouvrant le parquet ».
Fille unique et par conséquent plus riche héritière du royaume, Hannah (1851-1890) épouse en 1878 le Ve comte de Rosebery, Archibald Primrose, futur Premier ministre britannique (1894-1895). Le château revient à l’un de leurs quatre enfants, Albert Edward Harry Meyer Archibald Primrose, VIe comte de Rosebery (1882-1974).
Grand joueur de cricket, homme politique libéral, il est élu membre de la Royal Society of Edinburgh en 1938. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il est nommé par Churchill membre du Conseil privé et secrétaire d’Etat pour l’Ecosse. La durée éphémère de ce gouvernement (1945) lui fera dire au moment de son départ « Well. I didn’t make a bad job of this, did I ? Didn’t have the time.” Il est par ailleurs promu en 1947 par le roi George VI Chevalier de l’Ordre du Chardon. Puis assure la présidence du Parti Libéral National de 1945 à 1957 ainsi que celle de la Commission royale des Beaux-Arts pour l’Ecosse en 1952. Il décède en 1974 à Mentmore.
La décision est prise de disperser le contenu du château en 1977. La vacation est mémorable et est considérée comme « la vente du siècle ». Elle est ponctuée par le meilleur du XVIIIe siècle français énumérant lot après lot les plus grands maîtres de la peinture et des arts décoratifs comme Boucher, Reynolds, Gainsborough, Riesener, Cressent, Oeben ou encore Bernard van Riesenburgh. Figurait par ailleurs dans la vacation, une très belle armoire en marqueterie Boulle de Nicolas Sageot (illustrée dans P. Grand, "Le mobilier Boulle et les ateliers de l'époque", in L'Estampille-L'Objet d'art, février 1993, n. 266, p. 56, ill. 10).