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Affiche de l'exposition Le Théâtre des émotions au Musée Marmottan Monet © DR

PARIS.- Le musée Marmottan Monet présente, du 13 avril au 21 août 2022, l’exposition «Le Théâtre des émotions». Près de quatre-vingts œuvres du Moyen Âge à nos jours, provenant de collections particulières et de prestigieux musées français et internationaux sont réunies et retracent l’histoire des émotions et leurs traductions picturales du xive au xxie siècle. Fruit de la collaboration entre Georges Vigarello, historien et agrégé de philosophie et Dominique Lobstein, historien de l’art, l’exposition porte un nouveau regard sur ces œuvres en contextualisant leur création.

PARIS.- From 13 April to 21 August 2022, the Musée Marmottan Monet presents an exhibition entitled The Theatre of Emotions. Bringing together almost eighty works dating from the Middle Ages to the present day, coming from both private collections and prestigious French and international museums, the exhibition retraces the history of emotions and their pictorial expression from the fourteenth to the twenty-first century. The fruit of a collaboration between Georges Vigarello, historian and philosophy professor, and Dominique Lobstein, art historian, the exhibition provides a new perspective on these works by contextualizing their creation.

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Maître de la Légende de Sainte Madeleine, Sainte Madeleine en pleurs, vers 1525. Huile sur bois 52, 7 x 38, 1 cm. Londres, National Gallery, legs Layard, 1916 © The National Gallery, London

L’émotion, avec ses «réactions souvent intenses», est systématiquement présente dans les arts visuels, travaillée, traquée, déclinée. Elle incarne même la plus grande partie de leur sens, suggérant la chair, stimulant la curiosité. Toutes les expressions y sont illustrées: de la souffrance à la joie, de l’enthousiasme à la terreur, du plaisir à la douleur dont Louis-Léopold Boilly sut faire la recension dans ses Trente-cinq têtes d’expression (vers 1825, Tourcoing, Musée Eugène Leroy), répertoire d’un théâtre où la sensibilité humaine s’expose et se diversifie. Du Moyen Âge à l’époque moderne, la Mélancolie de Dürer (1514, Paris, École nationale supérieur des beauxarts), les émois des jeunes cœurs (Jeanne-Élisabeth Chaudet, Jeune Fille pleurant sa colombe morte, 1805, Arras, musée des beaux-arts), les Têtes d’expression de l’École parisienne des Beaux-Arts ou la terreur conférant à la folie comme la peint Charles Louis Müller (Rachel dans Lady Macbeth, Paris, musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme) sont autant de manifestations des sentiments, saisis par tous, instantanément décryptés, éloquents dans leurs traits, leurs clichés. Enfin, l’intérêt, brusquement accru aujourd’hui, pour les thèmes psychologiques, traumas ou affects, ne peut que renforcer la légitimité d’une exposition sur l’émotion dans les arts visuels, ses formes, ses degrés. L’exposition suggère l’interminable répertoire des résonances affectives de notre monde intérieur, leur présence ou leur absence depuis les ivoires médiévaux, muets, jusqu’à leur sublimation hurlante dans les Têtes d’otages (1945, Paris, Musée national d’Art moderne, Centre Georges Pompidou) de Jean Fautrier.

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Albrecht Dürer, Melencolia I, 2e état, 1514. Burin, 24,1 x 18,8 cm. Paris, Beaux-Arts de Paris. Photo © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris

Emotion, with its “often intense reactions,” is systematically present in the visual arts, where it is explored, sought out, and translated in a multitude of ways. Emotion is frequently the meaning behind many of these works, and is used to suggest the flesh and stimulate curiosity. All its expressions are illustrated there: from suffering to joy, enthusiasm to terror, and pleasure to pain, which Louis-Léopold Boilly skilfully presented in his Trente-cinq têtes d’expression (circa 1825, Tourcoing, Musée Eugène Leroy). The latter can be seen as the repertoire of a theatre of human sensibility, where emotion is exposed and displayed in all its guises. From the Middle Ages to modern times, Dürer’s Melencolia (1514, Paris, École nationale supérieur des Beaux-Arts), the turmoil of young hearts (Jeanne-Élisabeth Chaudet, Jeune Fille pleurant sa colombe morte, 1805, Arras, Musée des Beaux-Arts), the Têtes d’expression by the École parisienne des Beaux-Arts, or the terror bestowed on madness, as painted by Charles Louis Müller (Rachel dans Lady Macbeth, Paris, Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme) are all manifestations of feelings, understood by all and instantly deciphered, eloquent in their features and their expression. Finally, the fierce interest that exists today in psychological themes, traumas and affects, can only reinforce the legitimacy of an exhibition on emotion in the visual arts, its varying forms and degrees. The exhibition suggests the endless repertoire of the affective resonances of our inner world, their presence and/or absence from the inscrutable medieval ivory pieces to their screaming sublimation in Jean Fautrier’s Têtes d’otages (1945, Paris, Musée national d'Art moderne, Centre Georges Pompidou).

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Philippe de Champaigne (1602-1674), Vanité ou Allégorie de la vie humaine, première moitié du XVIIe siècle. Huile sur bois ,28,4 x 37,4 cm, Le Mans, Musée de Tessé © Musées du Mans

Ces nuances ont pourtant un intérêt plus précis, plus précieux. Elles révèlent aussi comment ces mêmes émotions ont pu varier avec le temps, comment leurs manifestations se déplacent, comment changent l’attention qui leur est portée, ou même quelquefois le sens qui leur est donné. Les objets «émotifs» s’enrichissent, les regards se renouvellent, les intensités se différencient, les interprétations aussi. La vieille mélancolie devient neurasthénie (Émile Signol, La Folie de la fiancée de Lammermoor, 1850, Tours, Musée des Beaux-Arts), la vieille violence devient exécration (Pablo Picasso, La Suppliante, 1937, Paris, musée Picasso), les physionomies se différencient et s’émiettent comme jamais avec le trait de Boilly ou de Daumier. L’émotion offre alors d’interminables nuances, que l’histoire ne fait qu’enrichir et singulariser. L’exposition restitue la manière dont s’est lentement constitué le psychisme occidental, l’insensible déroulement de sa mise en scène avec le temps, ses faces cachées, ses particularités toujours plus différenciées.

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Bartholomäus Bruyn l’aîné (1493-1555), Portrait d’un homme de la famille Weinsberg, vers 1538-1539. Huile sur panneau, 35 x 25, 5 cm, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

However, these nuances may be said to have a more precise or valuable interest. They also serve to reveal how these same emotions have varied over time, how their manifestations have shifted, how the attention given to them has changed, and sometimes too the meaning assigned to them. “Emotional” objects are enhanced, the gaze is renewed, intensities differentiated, as too are interpretations. What was once deemed melancholy becomes neurasthenia (Émile Signol, La Folie de la fiancée de Lammermoor, 1850, Tours, Musée des Beaux-Arts), violence becomes abhorrent (Pablo Picasso, La Suppliante, 1937, Paris, Musée Picasso), physiognomies are differentiated, and fracture like never before under the pen of Boilly or Daumier. Emotion now offers infinite nuances, which the story complements and renders unique. This exhibition provides an insight into the way in which the Western psyche was slowly constituted: its imperceptible development over time, its hidden faces, and its increasingly distinct particularities.

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Attribué à Angelo Caroselli (1585-1652), L’Entremetteuse. Vers 1625. Huile sur toile, 96 x 136 cm, Beauvais, MUDO - Musée de l’Oise Photo © RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier 

Les sections du parcours de l’exposition illustrent la lente transcription des émotions par les artistes, puis son évolution au fil du temps, à l’aune des réflexions esthétiques, scientifiques ou des événements qui se sont succédés. 

The eight sections of the exhibition illustrate the slow transcription of emotions by artists, and its evolution over time, in the light of aesthetic and scientific reflections, and the weight of historical events. 

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Johannes Moreelse (1603-1634), Marie-Madeleine repentante, vers 1630. Huile sur bois, 58 x 71,5 cm. Caen, Musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts de Caen, photographie Patricia Touzard

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Guido Cagnacci, Allégorie de la "Vanitas" et de la Pénitence, s.d. Huile sur toile Collection du Musée de Picardie, Amiens © Marc Jeanneteau/Musée de Picardie.

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Joseph Ducreux, Portrait de l’artiste sous les traits d’un moqueur, Vers 1793. Huile sur toile, 91,5 x 72,5 cm. Paris, musée du Louvre, Département des Peintures, don Frederic Anthony White, 1920. Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

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Jean-Honoré Nicolas Fragonard (1732-1806), Le Verrou, Vers 1777-1778. Huile sur toile, 74 x 94 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures, achat en 1974. Photo © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Stéphane Maréchalle

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Louis Léopold Boilly (1761-1845) L’Effet du mélodrame, Vers 1830. Huile sur toile, 35,5 x 46,4 cm, Ville de Versailles, musée Lambinet © Ville de Versailles, musée Lambinet.

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Jean-Baptiste Greuze, Jeune Fille à la colombe, 2e moitié du XVIIIe siècle. Huile sur bois, 64,4 x 53,3 cm. Douai, musée de la Chartreuse © Douai, musée de la Chartreuse: photographe: Daniel Lefebvre

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Charles Chaplin, Le Rêve, 1857. Huile sur toile, 111 x 96 cm, Marseille, Musée des Beaux-Arts © Ville de Marseille, Dist. RMN-Grand Palais / Jean Bernard

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Claude-Marie Dubufe (1790-1864), La Lettre de Wagram, 1827. Huile sur toile, 65 x 54 cm. Rouen, Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, musée des Beaux-Arts © C. Lancien, C. Loisel /Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

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Gustave Courbet (1819-1877), Les Amants dans la campagne, Après 1844. Huile sur toile, 61 x 51 cm. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris © Petit Palais / Roger-Viollet

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Émile Friant (1863-1932), Les Amoureux, 1888. Huile sur toile, 114 x 145 cm. Nancy, Musée des Beaux-Arts © M. Bourguet

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Chevalier Féréol de Bonnemaison (1766-1827), Une jeune femme s’étant avancée dans la campagne se trouve surprise par l’orage, 1799. Huile sur toile, 100 x 80, 5 cm. New York, Brooklyn Museum, don de Louis Thomas © Photo : Brooklyn Museum

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Charles Louis Müller (1815-1892), Rachel dans Lady Macbeth, 1849. Huile sur toile, 129 x 93 cm. Paris, musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. Photo © RMNGrand Palais (musée d’art et d’histoire du judaïsme) / Franck Raux

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Émile Signol (1804-1892), Folie de la fiancée de Lammermoor, 1850. Huile sur toile, 116 × 111 cm. Tours, musée des Beaux-Arts, don Nanine Robert-Signol, 1912 © Tours, musee des Beaux-Arts / photo Dominique Couineau

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André-Victor Devambez (1867-1944), Les Incompris, Vers 1904. Huile sur toile, 91,7 x 115 cm Quimper, collection du musée des Beaux-Arts, legs Corentin-Guyho, 1936 © Collection du musée des beaux-arts de Quimper – Photo mbaq

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Henri de Toulouse-Lautrec, Maison de la rue des Moulins – Rolande. Huile sur carton 51, 7 x 56, 9 cm, Albi, musée Toulouse-Lautrec © Musée Toulouse-Lautrec, Albi, France

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Alexej van Jawlensky (1864-1941), Tête de femme, 1911. Huile sur carton, 55, 2 x 51, 3 cm. La Haye, Kunstmuseum Den Haag © Kunstmuseum Den Haag

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André Devambez (1867-1944), La Pensée aux absents, 1927. Huile sur toile (au centre), 130 x 110 cm et huiles sur carton (panneaux latéraux), 47 x 53 cm pour chaque panneau avec cadre: panneau gauche: 88 x 66, 5 cm, panneau central 150 x 131 cm et panneau droit: 88 x 66, 5 cm. Saint-Quentin, musée Antoine Lecuyer © Musée des Beaux-Arts Antoine Lécuyer, Saint-Quentin (Aisne). Cliché Gérard Dufrene

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Jean Fautrier (1898-1964), Tête d’otage, vers 1944-1945. Huile sur papier marouflé sur toile, 35 x 27 cm. Paris, Centre Pompidou, musée national d’art moderne / centre de création industrielle, achat, 1999 Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Claude Planchet, © ADAGP