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TOULOUSE - Qu’il s’agisse de momies artificielles, témoins de rites funéraires anciens, ou de momies naturelles formées par l’action du gel, du sel, de la tourbe ou même de l’ambre, Momies. corps préservés, corps naturels s’intéresse à la conservation des corps dans le monde entier, qu’ils soient humains ou animaux. Elle se penche également sur les techniques de conservation contemporaines et pose les questions éthiques et déontologiques liées à la conservation des restes humains. Avec cette exposition, le Muséum de Toulouse questionne pour la première fois l’humanité sur son rapport au temps, à la mort et à la recherche d’éternité.

C’est la première fois qu’une telle exposition est présentée à Toulouse. Si 2022 marque tout à la fois le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par J.F. Champollion et le centenaire de la découverte du tombeau de Toutânkhamon, ce n’est pas une exposition d’égyptologie que propose le Muséum : la thématique des momies va bien au-delà, de par la diversité des thématiques abordées et les nombreuses disciplines convoquées  : archéologie, anthropologie, thanatopraxie, médecine légale, ethnologie, biologie, génétique, sociologie…

L'exposition donne aussi l’occasion de mettre en relief les collections patrimoniales du Muséum de Toulouse, parmi lesquelles trois momies admirables spécialement restaurées et étudiées pour l’occasion. Des prêts exceptionnels venant de collections publiques ou privées complètent une scénographie innovante, esthétique et interactive.

Cette exposition est reconnue d’intérêt national par le ministère de la culture, qui lui apporte à ce titre un soutien financier exceptionnel. Elle est aussi l’une des 20 expositions soutenues par l'Inrap sous le label « l'Inrap a 20 ans ! » présentées en France en 2022.

Momies. Corps préservés, corps éternels. Ouverte toute l’année du mardi au dimanche de 10h à 18h- fermée le 1er janvier et le 1er mai. www.museum.toulouse.fr

Crédit Jebulon, musée archéologique

Memento Mori. © Jebulon, musée archéologique de Naples, Wikimedia Commons.

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Memento Mori. © Sailko, CC BY3.0, Wikimedia Commons

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Memento Mori. © auteur inconnu, CC BY4.0, Wellcome Collection.

Cuve d’urne cinéraire de Marcus Cartimus Dextrus, Italie, Rome, Fin du Ier siècle

Cuve d’urne cinéraire de Marcus Cartimus Dextrus, Italie, Rome, Fin du Ier siècle. Marbre blanc. Musée Saint-Raymond, Toulouse© François-Louis Pons, Musée Saint-Raymond de Toulouse.

À l’époque romaine, le traitement des corps pouvait prendre diverses formes. La crémation était privilégiée. Le corps était alors brûlé sur un bûcher et les restes du défunt recueillis dans des réceptacles en verre, terre cuite ou pierre, placés dans des coffres souvent parés d’inscriptions. Ces coffres protégeaient non seulement les restes osseux, mais aussi les objets déposés en offrande, comme des flacons à parfum, qui accompagnaient le mort dans son dernier voyage. Cette cuve est celle de Marcus Cartimus Dextrus, mort à l’âge 32 ans, 6 mois et 24 jours.

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Fourchette de prêtre, dite « de cannibale », Océanie, Fidji, XIXe siècle. Bois. Muséum de Toulouse. © François-Louis Pons, Muséum de Toulouse.

Ces fourchettes proviennent des îles Fidji. Ce type d’ustensile est connu sous les noms d’icula, isaga ou icula ni bokola (fourchette pour victime humaine). Elles étaient supposées être réservées à la consommation de chair humaine par les premiers collecteurs européens. En réalité, elles servaient aux chefs et aux prêtres à consommer toute viande cuisinée, lors de temps rituels au cours desquels toucher de la nourriture cuisinée leur était interdit.

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Vautour de l’Himalaya (Gyps himalayensis), Muséum de Toulouse© François-Louis Pons, Muséum de Toulouse.

Avec une envergure pouvant atteindre 3 mètres, ce vautour est l’un des plus grands d’Asie. Il se nourrit exclusivement de carcasses d’animaux morts. Au Tibet, on offre les morts aux vautours à l’occasion de cérémonies traditionnelles : les funérailles célestes. Les corps sont démembrés sur des aires cérémonielles et les grands oiseaux les dévorent. Dans la croyance religieuse tibétaine, il s’agit d’une ultime offrande compassionnelle du mort qui offre sa chair comme nourriture aux vivants. C’est aussi une façon mieux adaptée de faire disparaître les cadavres dans des régions manquant de bois pour des crémations ou dont le sol rocheux rend difficile le creusement de fosses.

Varanus niloticus

Momie de varan du Nil (Varanus niloticus), Égypte, Époque ptolémaïque {310 à 30 avant J.-C.), Musée Granet, Aix-en-Provence© Hervé Lewandowski, musée Granet, Aix en Provence

Cette momie de varan du Nil est unique au monde. Momifié durant l’époque ptolémaïque, il mesure 106 centimètres. Au bout de son corps couvert de bandelettes parfaitement superposées, on peut voir poindre sa petite tête et sa gueule ouverte (dans laquelle sont encore alignées ses minuscules dents). Ce varan est particulièrement intrigant : l’animal n’apparaît en effet nulle part dans l’iconographie égyptienne et sa conservation interroge donc les chercheurs...

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Paquet funéraire (fardo), Culture Chancay, Pérou, côté centrale (1000-1450), Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Paris© Patrick Gries et Bruno Descoings, musée du Quai Branly Jacques Chirac, DIST-RMN

La civilisation Chancay (1000-1450) a laissé à la postérité une grande quantité de paquets funéraires. Rassemblés dans d’immenses nécropoles, à proximité de Lima, ces fardos sont des enveloppes textiles anthropomorphes à fausse tête plus ou moins sophistiquées entourant une momie. L’aridité qui règne dans cette région du Pérou a permis de les protéger des outrages du temps. Ce paquet funéraire, passé aux rayons X et scan 3D, a révélé la momie d’un enfant de cinq ans, placé en position fœtale, tête en bas. Le scanner a également révélé l’ensemble des éléments destinés à accompagner l’enfant dans l’au-delà : maïs pour se nourrir, graines de coton pour se vêtir, fuseaux pour filer le tissu…

Statuette féminine Chancay

Statuette féminine (Cuchimilco), Culture Chancay, Pérou, côte centrale (1200-1450 ap.JC)Terre cuite. Musée de Toulouse. © Daniel Martin, Muséum de Toulouse.

Les Cuchimilcos sont des sculptures féminines ou masculines présentes dans les tombes Chancay, dont la fonction serait d’accompagner les morts dans l’au-delà. En terre cuite, de couleur crème rehaussée de détails bruns, elles disposent d’une coiffe et leurs parties génitales sont apparentes. Elles arborent toujours la même posture d’ouverture des bras, en signe d’offrande ou d’accueil.

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Momie enfant et cercueil, Égypte, Antinoé, Époque Ptolémaïque {310 à 30 avant J.-C.), Musée d’art et d’archéologie, Guéret. ©  IMA solutions Musée d’art et d’archéologies - Gueret

Cette momie d’enfant a révélé tous ses secrets grâce à IMA Solutions, qui en a réalisé la numérisation 3D par tomographie, une méthode permettant de révéler l’invisible par des techniques non invasives et non destructives. L’exploration virtuelle de cette momie a permis de déceler, sous les bandelettes, la présence d’amulettes, d’un rouleau de papyrus (pouvant être un Livre des morts ?) et de nombreux bijoux. Une analyse bio-anthropologique a permis d’affirmer qu’il s’agissait d’une petite fille de 78cm, âgée de 2 à 3 ans.

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Main momifiée dite « La main verte » France, Merry-sur-Yonne découverte vers 1650 Muséum national d’histoire naturelle - Paris© J. C. Domenech, MNHN.

Découverte en 1650 près d’Auxerre, cette main est entrée dans les collections du Cabinet du Roi tant son aspect paraissait insolite. Les chairs vertes et les os à l’aspect de turquoise en faisaient une curiosité remarquée. Même si son origine exacte n’est pas connue, il s’agit probablement des restes d’une sépulture gallo-romaine. L’obole en bronze (mélange d’étain et de cuivre), placée dans la main comme gage de passage dans l’au-delà, s’est oxydée au fil du temps. L’action antiseptique du cuivre a ainsi préservé les tissus de la putréfaction et le vertde-gris a teinté l’ensemble.

Aigle pétrifié

Aigle pétrifié © Nick Brandt, Courtesy of Polka Galerie-Paris.

« J’ai découvert par hasard des oiseaux et des chauves-souris échoués le long de la rive du lac Natron en Tanzanie. Personne ne sait avec certitude comment ils meurent, mais il semble que la surface miroitante du lac les trompe en entraînant leur chute. L’eau concentre un taux si élevé de soude qu’elle dégraderait l’encre de mes boîtes de pellicules Kodak en quelques secondes. La soude et le sel « pétrifient » les créatures, qui, sous l’effet de l’évaporation, sont parfaitement préservées. J’ai pris ces créatures au fur et à mesure que je les trouvais sur le rivage, puis je les ai placées dans des positions « vivantes », les ramenant à la « vie », pour ainsi dire. Réanimées, vivant à nouveau dans la mort. » Nick Brandt.

Tête de l’homme de Tollund

Tête de l’homme de Tollund, 405-380 av J.-C. © Sven Rosborn, Public domain, Wikimedia Commons.

Composée de restes organiques accumulés et compressés sur plusieurs milliers d’années, la tourbe est une matière formée dans un milieu humide et pauvre en oxygène, qui favorise la conservation. Retrouvé dans le Jutland au Danemark, l’homme de Tollund portait encore autour du cou la cordelette utilisée pour le pendre ou l’étrangler. Vulgaire criminel châtié ou victime sacrificielle de haut rang ? L’énigme divise les scientifiques.

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Patte postérieure gauche de mammouth laineux (Mammuthus primigenius) Russie, Sibérie, îles Lyakhov, Muséum national d’histoire naturelle – Paris© Karl Bulla, MNHN

Ce spécimen est un témoignage exceptionnel de la préservation des corps dans les terrains glacés. Il fait partie de la dépouille d’un mammouth laineux, un jeune mâle, conservée dans le pergélisol depuis plus de 12 000 ans. Elle a été découverte en 1908 par K.-A. Vollossovitch dans la plus grande des îles Lyakhov, en Russie. Ce mammouth est important également par les études physiologiques, anatomiques et phylogénétiques que la préservation des tissus a permises

Momie d’Égypte

Momie d’Égypte © François-Louis Pons, Muséum de Toulouse.

 

Bras reliquaire

Bras reliquaire, 14e siècle, France. Bois, Quartz, Améthyste © Emmanuel Grimault, Musée Paul Dupuy, mairie de Toulouse

Statuette Osiris Égypte

Statuette Osiris, Égypte © Rodolphe Carreras, Musée Georges Labit, mairie de Toulouse.