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Portrait présumé de Scipion Louis Joseph de la Garde ( ? - 1765), marquis de Chambonas, maréchal de France, en costume de chasseur à l'antique, 1724 par Jean-Marc Nattier (1685-1766)Photo Kohn - Paris

Huile sur toile Signé « Nattier le jeune » et daté. H. 144,7 cm, L. 111,7 cm. Cadre en chêne redoré, fi n de l'époque Louis XIV H. 172 cm, L. 138 cm - Lot 15. Estimation : 200 000 / 300 000 €

Ce tableau est inclus dans le catalogue raisonné du peintre par Monsieur Xavier Salmon alors Conservateur au château de Versailles (publié à l'occasion de l'exposition Nattier présentée au château de Versailles Octobre 1999 - Janvier 2000), reproduit à la page 74 et commenté en marge « œuvre en rapport »

PROVENANCE Ancienne collection du château de Chambonas (le tableau se trouvait alors dans la montée d'escalier du château jusqu'en 1973) Vente Paris Hôtel Drouot, Mes Audap, Godeau et Solanet, 7 novembre 1973
Vente Sotheby's Parke Bennett, Monaco, Sporting d'Hiver, 26 juin 1983, lot n° 475

Ancienne collection Georges de Lastic (selon la communication de Monsieur Eric Turquin) Ancienne collection Dino Fabri Collection privée, Paris Ce tableau a fait l'objet d'une restauration en février 2006 avec un rapport de traitement par Monsieur Bertrand Bedel de Buzareingues Ce portrait semble représenter Scipion Louis Joseph de la Garde, marquis de Chambonas, âgé de 18 ans environ, assis sur un tertre et habillé d'un costume de théâtre symbolisant un chasseur vêtu à l'antique couvert d'une peau de panthère tenant dans sa main droite une lance et caressant de sa main gauche la tête d'un sloughi, ou lévrier africain dont le museau pointe vers son coeur.

En arrière plan, un paysage au lac sur fond de montagne ouvre la perspective sur la gauche de la composition tandis que sur la gauche, une frondaison d'arbres sert de toile de fond au personnage. Un repentir de la flèche de la lance est visible, plus basse dans un premier dessin et un repentir probable sur le dos du chien.

Célèbre portraitiste sous Louis XV, Jean-Marc Nattier fut surtout apprécié pour avoir peint les femmes de la famille royale ainsi que celles de la haute aristocratie.
Ses débuts, moins connus, sont surtout caractérisés par des sujets d'histoire ainsi que par des portraits d'hommes peints en chasseur ou dans leur costume officiel. Sa célébrité se développera après la réalisation des portraits du Tsar Pierre le Grand et de la Tsarine Catherine 1ère en 1717 lors de leur passage à Paris.
Il a laissé dans l'histoire de l'art l'invention du bleu Nattier et aussi le goût du travestissement de ses personnages représentés avec des costumes empruntés au répertoire mythologique (Diane chasseresse, Aurore, Hebé, Vestale).
Jean-Marc Nattier a signé « Nattier le jeune » pour le distinguer de son frère aîné Jean-Baptiste qui signait « Nattier l'aîné » plus particulièrement spécialisé dans les peintures de scènes d'histoire et qui mit fin à ses jours en 1726 à la prison de la Bastille après son arrestation. Jean-Marc Nattier fut reçu à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 29 octobre 1718 et nommé professeur à l'Académie royale le 27 mai 1752.

Comme le note Monsieur Salmon dans son catalogue publié à l'occasion de l'exposition consacrée à Jean-Marc Nattier au château de Versailles en 1999, le recours au déguisement à l'antique dans cette peinture est la première connue dans l'œuvre de Nattier.
Il existe au John and Mable Ringling Museum of Art de Sarasota, un homme en Bacchus similaire d'une facture plus tardive et enlevée . De même, figure dans la collection du Musée du Louvre, le portrait du Duc de Chaulnes représenté en Hercule, acquis 60.000 Francs or en 1905 par le baron de Schlichting et légué au Louvre en 1914.
Le recours au travestissement olympien se retrouve dans un portrait représentant le Duc de Bretagne réalisé par Nicolas de Largillière et qui est conservé dans les collections du J.P. Getty Museum de Los Angeles.
Cette œuvre importante illustre de façon souvent méconnue la plus belle période de production du peintre.
Il a 39 ans et, s'il est au début de sa célébrité, il n'est pas encore submergé de commandes comme il le sera à partir des années 1730. Sa facture se caractérise ici par une touche très soignée composée de fines couches picturales successives nécessitant un temps d'exécution important compte tenu des délais de séchage entre chacune. Nattier déploie à travers cette œuvre tout son talent de metteur en scène : paysage dans le fond, frondaison empruntée à gauche au répertoire de François Boucher et à droite à celui de Nicolas de Largillière, rendu exceptionnel de la peau de panthère ainsi que du pelage du sloughi. L'allure androgyne du personnage s'explique par sa jeunesse.
La qualité et le soin de l'œuvre indiquent que le portrait représente une personne importante au goût avant-gardiste.

L'attribution du personnage à Louis Joseph de la Garde, Marquis de Chambonas s'explique par le fait que le tableau fut conservé au château de Chambonas jusqu'en 1973.
Il fut vendu avec son mobilier en 1809 par Adolf de Chambonas, ruiné par la Révolution, à Guillaume de Chanaleilles issu d'une ancienne famille de l'Ardèche mais de petite noblesse ce qui élimine la recherche d'un ascendant éventuel dans cette famille pour l'attribution du personnage de ce tableau.

L'examen de la généalogie de la famille de Chambonas révèle non seulement l'existence d'une très ancienne famille originaire d'Auvergne et du Gévaudan mais aussi une ascension sociale très importante à partir de la fin du XVIIe siècle jusqu'à l'abolition de la Monarchie en 1792. Le fils de Scipion Louis Joseph, Victor-Scipion sera le dernier ministre des Affaires étrangères de Louis XVI. Les Chambonas étaient très liés au Duc et à la Duchesse du Maine : Henri Joseph de La Garde comte de Chambonas (1655 - 31 août 1729, héritier de Louis François II de la Garde de Chambonas, décédé sans postérité en 1710 et premier Marquis de Chambonas) était le premier gentilhomme de la Chambre du Duc du Maine, bâtard légitimé de Louis XIV avec Madame de Montespan désigné sur le testament du Roi comme son successeur sur le trône dans l'hypothèse du prédécès de Louis XV.
Son épouse Marie Charlotte de Fontanges (1670-1728) était la Première Dame d'honneur de la Duchesse du Maine.
Un seul enfant est issu du couple, Scipion Louis Joseph né après le mariage de ses parents en 1705 sans que l'on connaisse précisément sa date de naissance.
Il se maria le 22 mars 1722 avec Claire Marie, Princesse de Ligne. Le mariage fut payé sur la cassette de la Duchesse du Maine (information communiquée par la conservation du Musée d'Ile de France à Sceaux).

Ce portrait pourrait faire allusion au récent convolage de Scipion par les symboles de la virilité (la lance) et de la fi délité (le chien pointant son museau vers son coeur).
La famille de Chambonas résidant habituellement à la Cour de Sceaux, bénéficiait par conséquent de l'environnement des hommes de lettres, de sciences et de théâtre qui entouraient la Duchesse du Maine dont la cour brillante faisait éclipse à celle de Versailles. Le recours à Jean-Marc Nattier s'explique très probablement non seulement par la volonté de Scipion de Chambonas de marquer son haut rang compte tenu des liens d'amitié de ses parents avec le Duc et la Duchesse du Maine, de son alliance avec la famille de Ligne par son mariage en 1722, mais aussi par son goût de la modernité car Jean-Marc Nattier faisait figure à cette époque d'un peintre destiné à un avenir très prometteur.
Il fit l'essentiel de sa carrière dans l'armée et Louis XV le fi t Maréchal de France en 1746. La consultation des inventaires du mobilier du château de Chambonas effectués en 1729 et 1845, permet de retrouver la trace du portrait du marquis de Chambonas sans avoir toutefois la mention du nom du peintre.

On notera également que l'on retrouve des portraits du Duc du Maine dans les inventaires de la famille de Chambonas dont un exemplaire figurait à côté du tableau de Nattier dans l'escalier du château de Chambonas jusqu'à sa vente en 1973 et toujours conservé dans la famille de Marcieu.
Ce portrait fut longtemps reconnu à tort à Jean-Baptiste Le Gobien, Seigneur de Saint-Jouan. Lors de sa présentation en vente en 1983, des contestations quant à l'identité du personnage furent émises et son retrait fut décidé. C'est Xavier Salmon lors de l'exposition consacrée au peintre au Château de Versailles qui émit l'hypothèse selon laquelle il s'agirait de Scipion Louis Joseph de la Garde. Identification qui à ce jour n'a jamais été contestée.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Xavier Salmon, Jean-Marc Nattier, exposition au Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon du 26 octobre 1999 au 30 janvier 2000, éd. R.M.N., Paris, 1999

Kohn - Paris. Vendredi 4 mai 2012. Drouot Richelieu - Salle 1. www.kohn.fr 

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 Portrait présumé de Scipion Louis Joseph de la Garde ( ? - 1765), marquis de Chambonas, maréchal de France, en costume de chasseur à l'antique (détail), 1724 par Jean-Marc Nattier (1685-1766). Photo Kohn - Paris