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Paris, attribuée à l'atelier de Sébastien François de La Planche, d'après Michel I Corneille: Belle tapisserie fine, figurant Clorinde délivrant Olinde et Sophronie. Vers 1650-1680Photo Millon et Associés Paris

D'après les cartons de Michel Corneille. Bordure dans un cadre à branchages feuillagés. (usures, rétrécie, renforts et doublée), 300 x 483 cm. Lot 260. Estimation : 50 000 / 60 000 €

Cette tapisserie faisait partie d'une série de tentures dédiée à l'histoire de Tancrède et Clorinde qui pouvait comporter jusqu'à huit pièces dont sept sont citées par l'historien Maurice Fenaille (Etat général des Tapisseries de la Manufacture des Gobelins, Paris, 1923, vol. 1600-1900, p.359-362) : Tancrède rencontre Clorinde, Clorinde délivre Olinde et Sophronie, Tancrède rend à Herminie la liberté, Herminie chez les paysans, Clorinde baptisée par Tancrède, Herminie relève Tancrède, Tancrède ordonne la construction d'un mausolée pour Clorinde. 

La source littéraire dont elle s'inspirait était la célèbre épopée chrétienne de Torquato Tasso, dit le Tasse, La Jérusalem délivrée publiée en 1581.
Ce poème épique relatait les nombreuses croisades organisées par les chrétiens contre les musulmans pour reconquérir le tombeau du Christ. Tancrède, un chevalier chrétien, tomba éperdument amoureux de l'amazone Clorinde qui combattait aux côtés de l'ennemi. 
Au cours d'une bataille, Tancrède, sans le savoir, blessa mooortellement Clorinde, qui avant de succomber à ses blessures, implora qu'on lui donne le baptême.
Le sujet précis de la tapisserie que nous proposons figure Clorinde délivrant Olinde et Sophronie ; la scène se déroule dans la ville de Jérusalem désignée par une tholos et une porte antique, Olinde et Sophronie, deux jeunes chrétiens, Olinde condamnée pour vol, Sophronie se sacrifiant par amour, sont attachés à un bûcher mis à feu par trois hommes au milieu de la foule des femmes païennes et chrétiennes. 
Au centre de la composition, Clorinde, guerrière païenne, qui arrive de Perse à cheval, démontre l'innocence d'Olinde et parvient à stopper leur martyre. Tout comme les autres tapisseries de cette tenture, les cartons sont attribués à Michel I Corneille (vers 1603-1664), l'une des personnalités majeures du renouveau des arts français au milieu du XVIIe siècle ; l'atelier à qui elles peuvent être rattachées est dans un premier temps celui de Raphaël de La Planche, puis à celui de son fils Sébastien-François situé dans le quartier du faubourg Saint-Marcel à Paris. 

Entre 1685 et 1697, une tenture de l'Histoire de Tancrède et Clorinde avec bordure à fleurs et rubans fut livrée, avec six autres tentures, par la manufacture de Sébastien-François de La Planche au Mobilier de la Couronne « …le tout pour servir au chasteau de Meudon » (AN, O/1/3307, folios 291-292).
Elle était décrite de la sorte : « Une tenture de tapisserie laine et soie, fabrique de Paris, manufacture de La Planche, représentant l'Histoire de Clorinde et Tancrède, dans une bordure fond aurore remplie de fleurs liés de rubans bleu, aïant à chaque coin un gros fleuron aurore ; la tenture en six pièces… ». 

En avril 1700, le tapissier Gobert reçut du Mobilier de la Couronne plus de 400 livres en paiement « pour avoir doublé à plein une tanture de tapisserie de laine et soye, fabrique de Paris, représentant l'Histoire de Tancrède et Clorinde en six pièces…le tout fait par (l') ordre et pour (le) service (du roi) » (AN, O/1/2985).
Il s'agit probablement de la tenture vendue à Paris à la galerie Georges Petittt le 8 mai 1891, n°124-129, qui possédait une bordure exactement identique à celle des anciennes collections royales. 
Excepté la tenture de l'Histoire de Tancrède et Clorinde des anciennes collections de la Couronne, une seconde, en huit pièces, figurait dans l'inventaire d'Henriette d'Angleterre en 1671 et pourrait correspondre à celle que l'on retrouve citée en 1710 au château de Saint-Cloud. 

Enfin, de nos jours, quelques rares autres tapisseries figurant la libération d'Olinde et de Sophronie sont répertoriées, citons notamment : une première qui figure dans les collections du château de Châteaudun (illustrée dans le catalogue de l'exposition Lisses et délices, Chefs-d'œuvre de la tapisserie de Henri IV à Louis XIV, 1996, p.244) ; une deuxième est conservée à la préfecture de Nevers ; une troisième a été vendue chez Christie's, à Londres, le 30 octobre 1997, lot 230 (voir également J. Vittet et A. Bréjon de Lavergnée, La collection de tapisseries de Louis XIV, Editions Faton, Dijon, 2010, p.408, catalogue n°162) ; enfin, une quatrième, provenant du legs Peyre, appartient aux collections du musée des Arts décoratifs.

Millon et Associés Paris - Paris. Lundi 25 juin 2012. Drouot Richelieu - 9, rue Drouot - Salle 1 et 7 - 75009 Paris.Tel.  +33 (0)1 48 00 20 01