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Lot 135. Pieter Brueghel le jeune (Bruxelles 1564 - 1637/8 Anvers), Le paiement de la dîme, dit aussi L'avocat des paysans,. Huile sur panneau, 72 x 121 cm ; 10 5/8  by 47 5/8  in. Estimation 200,000 — 300,000 EUR. Photo Sotheby's.

BibliographieK. Ertz, Pieter Brueghel der Jungere (1564-1637/38) Die Gemalde mit Kritischem Oeuvrekatalog, Lingen, 1988 / 2000, tome 1, cat E 464a* 

NoteLe tableau est accompagné d'un certificat de Klaus Ertz daté du 26 février 2001.

Cette composition, parfois titrée L’avocat des paysans, est un sujet très célèbre, qui connut un vif succès du vivant de l’artiste. On en trouve ainsi plusieurs versions dans les collections publiques, en France (musée du Louvre, musée des Beaux-Arts de Lille) mais aussi aux musées de Poznan et de Bruges.
On y voit, dans une pièce étroite jonchée de papiers, un groupe de paysans se pressant devant le bureau d’un notable au menton proéminent et barbu. L’un d’entre eux est déjà en train de se confier à lui, tandis qu’au deuxième plan, un clerc s’affaire à prendre des notes. Au fond de la pièce à gauche, un autre paysan semble entrer craintivement dans le cabinet, à moins qu’il ne soit en train d’en sortir.
L’intérêt de cette scène réside dans son aspect mystérieux : qui est l’homme assis derrière son bureau à droite de la composition ? Si l’hypothèse du collecteur d’impôt est ordinairement évoquée, notamment du fait de la présence de denrées apportées par les personnages au centre de la composition ; il s’agit plus vraisemblablement d’un avocat rural. C’est ce que semblent indiquer les amas de papiers reliés sur le bureau du notable et suspendus dans des sacs de chanvre étiquetés tout autour de lui. Ces derniers en effet, ne sont pas sans rappeler les mémoires et pièces de procédure que l’on trouve dans les archives de justice jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. 
L’aspect caricatural des visages des protagonistes, le caractère encombré de la scène, de même que le détachement du notable et la soumission des paysans confèrent à cette scène une forte dimension satyrique, reflet d’une vision critique de la justice et de la fonction d’avocat.
Si ce sujet connut une fortune remarquable à l’époque de l’artiste, il est possible que Brueghel n’en soit pas l’inventeur et qu’il se soit inspiré d’un prototype, très probablement français. C’est ce que tendent à prouver par exemple certaines inscriptions en français telles que « Almanach de grâce de Dieu » sur le document situé derrière l’avocat. Cette hypothèse a été émise pour la première fois par Jacqueline Folie lors d’une exposition monographique au musée Bonnefanten de Maastricht en 1993. Toutefois celle-ci doit être appréhendée avec précaution puisque le français était à cette époque la langue usuelle dans les milieux juridiques flamands.

Sotheby's. Important Mobilier, Sculptures, Objets d’Art et Tableaux XVIe-XIXe siècles, Paris, 19 avr. 2016, 10:30 AM