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L'Or du pouvoir : Affiche.

PARIS - À partir du 26 mai 2016, une exposition inédite, L’Or du pouvoir, de Jules César à Marianne, est présentée à la Crypte archéologique de l’île de la Cité.

Cette exposition retrace l’histoire de Paris à travers une magnifique sélection de monnaies et d’objets présentés pour la première fois au public.

En dix étapes, le visiteur découvre les personnages historiques qui ont transformé le destin de la ville et de leur époque, en lien avec les vestiges archéologiques de la Crypte. Depuis les Parisii fondateurs de la cité gauloise, Jules César vainqueur de la bataille de Lutèce, l’empereur Julien qui prit le pouvoir dans l’île de la Cité, Philippe IV le Bel et Charles V qui modernisèrent la ville médiévale, jusqu’à Napoléon III initiateur de la capitale d’aujourd’hui, tous ces puissants ont gravé dans le métal leur effigie et leur symbole

Émouvants vestiges et véritables œuvres d’art, les monnaies des premiers Parisiens sont saisissantes par leur stylisation et leur modernité. 

La fabrique de la monnaie est également au cœur d’enjeux politiques et symboliques et nous éclaire sur la façon dont s’exerce le pouvoir : si Jules César obtient du Sénat le droit de frapper de son vivant des pièces à son effigie, Louis XII est le premier roi de France à faire figurer son portrait sur une monnaie. Alors que l’humanisme fait l’éloge de l’individu, la monnaie devient peu à peu l’instrument de propagande et légitimation de l’autorité royale : Louis XIII donne son nom au célèbre Louis d’or. Louis XIV décline son portrait avec une grande sophistication symbolique. Napoléon III reprend, bien après César et Charlemagne, les emblèmes impériaux : l’aigle et la couronne de laurier. La Révolution puis la République s’inscrivent dans cette tradition en remplaçant la figure du souverain par un système de motifs allégoriques : le génie ailé, le coq symbole de la vigilance, le bonnet de la liberté et la figure de Marianne. 

Que représentent ces monnaies parisiennes ? Que révèlentelles de l’histoire de Paris ? Comment les interpréter ? Autant de questions auxquelles répondra l’exposition. 

Grâce à des dispositifs créatifs, le jeune public et les familles pourront toucher des agrandissements des monnaies, les redessiner ou se faire photographier en effigie sur une monnaie.

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Statère des Parisii, Or, entre -100 et -1 avant JC© Carole Rabourdin / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Pendant les guerres puniques qui opposent les Romains aux cités grecques de l’Italie et à Carthage (au IIIe et le IIe siècle avant J.-C.), les guerriers gaulois s’engagent en tant que mercenaires au service des Grecs. Ils sont payés en monnaies d’or qu’ils rapportent en Gaule. C’est ainsi que la monnaie grecque à l’effigie de Philippe II de Macédoine, fondateur d’un empire et père d’Alexandre le Grand, devient le prototype des monnaies gauloises. Au début les Gaulois reproduisent fidèlement le modèle puis au cours du IIe siècle, chaque tribu ou peuple – la Gaule en comprend une soixantaine – créé localement de libres interprétations du dessin grec. Les graveurs déforment le type original selon leur culture propre et ajoutent des animaux et des signes étranges, tandis que les traits de Philippe II se décomposent et deviennent abstraits. Ce décor stylisé sera redécouvert par les mouvements esthétiques du XXe siècle dont le cubisme. D’autres monnaies de moindre valeur sont mises en circulation au IIe siècle : les potins. Elles sont en bronze coulé en chapelet dans des moules. C’est une monnaie fiduciaire, c’est-à-dire que sa valeur ne correspond pas à la valeur du métal mais à celle qu’on décide de lui donner.

Au moment de la conquête romaine, les Parisii émettent de nouveaux bronzes, cette fois frappés, et choisissent pour leur monnayage l’image du cheval ou du sanglier.

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Monnaie en or (avers), Julien, Or, Époque gallo-romaine. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

En Gaule, les monnaies officielles sont toujours émises dans les ateliers impériaux romains comme celui de Lyon, qui est alors la capitale des Gaules. Dans la deuxième moitié du IIIe siècle, on frappe des monnaies représentant un empereur à couronne radiée. Mais de nombreuses imitations circulent, provenant d’ateliers locaux. Elles répondent à une pénurie de pièces et sont utilisées pour les petites transactions : ce sont des monnaies de nécessité. La taille des monnaies, parfois appelées minimi, diminue, leur qualité de frappe aussi et les grandes pièces de bronze disparaissent. 

L’empereur Julien est le personnage emblématique de Lutèce-Paris au IVe siècle, car il est l’auteur d’un célèbre texte où il fait l’éloge de la ville. Il la découvre durant l’hiver 357-358 lors d’une campagne militaire contre les Germains et choisit d’y installer son armée : Lutèce devient une capitale éphémère des Gaules. Julien a été élevé en chrétien mais a reçu une éducation grecque classique et se convertit secrètement au paganisme. A l’inverse des empereurs précédents, il porte la barbe. C’est pourquoi on l’appelle Julien le Philosophe ou Julien l’Apostat. C’est à Lutèce, dans le palais de l’île, qu’il est acclamé empereur par ses troupes au printemps 360.

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Franc, en pied de Charles V, Or, 1365© Carole Rabourdin / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Depuis l’époque mérovingienne il n’y avait pratiquement plus d’or dans le monnayage en Occident mais de l’argent et du bronze. C’est Philippe IV le Bel (1285-1314) qui réintroduit l’or dans le système monétaire. Le retour au bimétallisme – or et argent – est un événement. 

Bien que le roi possède le monopole sur la frappe monétaire depuis l’ordonnance de Chartres de 1263, le règne de Philippe le Bel connaît une grande instabilité financière en raison de la multiplication de nouvelles monnaies qui déclenchent le mécontentement général. Il est surnommé « le faux monnayeur ». 

L’image du roi revient avec les monnaies d’or, à partir de Philippe IV le Bel (1285-1314). Le souverain adopte différentes postures : assis en majesté, debout, ou à cheval, sa représentation n’est pas un portrait physique mais une image emblématique. Il est généralement associé aux fleurs de lys, apparues au XIIe siècle avec la naissance de l’héraldique, système d’identification des personnes et des lignées par des symboles.

Les monnaies médiévales sont difficiles à décrypter car elles n’indiquent ni leur valeur ni le numéro d’ordre des rois, ces usages ne se généralisant qu’à partir du règne d’Henri II (1547-1559). De plus, les légendes, permettant d’identifier l’émetteur, sont généralement en latin, le début étant communément indiqué dans l’axe de la pièce par un symbole (croisette, lys, couronne).

Au droit figure le nom du roi, tandis qu’au revers les légendes sont religieuses pour les monnaies d’or et d’argent, ou avec les mentions de l’atelier pour les plus petites.

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Anonyme, Quadruple louis d'or de Louis XIII, 1640© Carole Rabourdin / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

En 1640, Louis XIII instaure une réforme monétaire ; elle est financée par l’afflux d’or généré par le développement des exportations des produits manufacturés français, tapisseries, meubles, porcelaine, miroirs. Louis XIII frappe une nouvelle monnaie à son effigie qui porte son nom, le louis.

Le système louis-écu-liard est conservé jusqu’à l’arrivée du système décimal de la Révolution. Le louis est en or, l’écu blanc en argent, le liard, le sol et le denier en cuivre. 

Depuis le milieu du XVIe siècle, un nouveau procédé permet la frappe des monnaies à l’aide d’une presse mécanique appelée le « balancier ». La frappe au marteau est abandonnée. Cette première automatisation est mal accueillie par les ouvriers des ateliers qui craignent une baisse de leur activité, et ne se généralise qu’un siècle plus tard. Des artistes renommés sont choisis pour dessiner les monnaies, comme Guillaume Dupré, Jean Varin ou Germain Pilon. Les monnaies de Louis XIII sont réputées les plus belles faites depuis les Grecs et les Romains. 

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 Anonyme, Double louis d'or au soleil de Louis XIV, 1711. © Carole Rabourdin / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Pendant le règne de Louis XIV (1643-1715), le portrait du roi est décliné sur les monnaies en une grande variété de types ; l’écu à la mèche courte, à la mèche longue, aux trois couronnes, aux palmes, Louis à la tête nue, Louis juvénile lauré.

À la mort du Roi-Soleil, la situation économique est désastreuse et les monnaies perdent de leur valeur. Le duc d’Orléans, devenu régent, autorise l’Écossais John Law à créer les premières monnaies de papier qui valent 1 000, 100, 10 livres. Sous Louis XVI, ils deviendront des billets d’escompte, et sous la Révolution, des assignats.

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Augustin Dupré (1748-1833), Louis d'or constitutionnel, 1793© Carole Rabourdin / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

En 1791, une loi prescrit le remplacement des monnaies à l’effigie de Louis XVI par de nouveaux modèles aux motifs révolutionnaires, le génie ailé, le coq symbole de vigilance, le bonnet de la liberté. Le portrait du roi est conservé, mais il est roi des Français et non plus de France et de Navarre. Le 21 septembre 1792, la République est proclamée, mais des monnaies au profil du roi sont encore frappées jusqu’en 1793. 

La loi du 18 germinal AN III (7 avril 1795) est une date historique pour la monnaie : la naissance du système décimal. Livre, sou, denier sont abandonnés au profit des francs et des centimes. Le franc devient la monnaie nationale pour plus de deux siècles.

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Albert-Désiré Barré (1818-1878), Pièce de 100 francs en or de Napoléon III, 1867© Julien Vidal / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

La IIIe République (1870-1940) est proclamée par Léon Gambetta le 4 septembre 1870 à l’Hôtel de Ville de Paris après la capitulation de Napoléon III à Sedan.

Les transformations opérées durant le Second Empire se poursuivent, l’Hôtel de Ville est reconstruit après le grand incendie de la Commune de 1871, et la ville prend l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Le nouveau régime reprend les types monétaires de la Révolution et de la IIe République, mais fait aussi appel, à partir de 1895, à de nouveaux artistes graveurs, Chaplain, Roty et Daniel-Dupuis.

La figure du souverain est remplacée par l’allégorie de la République, la « Marianne » qui connaît dès lors une grande diffusion. Les symboles antiques liés à la République sont conservés comme la représentation d’un génie, ici celui de la France, gravant le mot « CONSTITUTION » sur les Tables de la Loi.

L’État et le clergé ne sont pas encore séparés comme l’atteste la mention « Dieu protège la France » mais la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » existe depuis 1848. La semeuse est un thème imaginé par Oscar Roty en 1897 pour les pièces de la IIIe république. C’est l’un des trois symboles retenus pour la face nationale de l’euro français avec le buste de Marianne et l’arbre de la liberté.

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Augustin Dupré (1748-1833), Pièce de 100 francs en or de la IIIe République, 1881© Julien Vidal / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

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Jules-Clément Chaplain (1839-1909), Pièce de 20 francs en or de la IIIe République, 1904© Julien Vidal / Musée Carnavalet / Roger-Viollet