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Exceptionnelle pièce d'armure dite bavière, en fer forgé, repoussé, ciselé, repercé et en partie damasquiné or. Milan, vers 1540. photo Pierre Bergé & associés

Servant à protéger le visage, du cou jusqu'au sommet du front, cette partie de l'armet pouvait se relever en visière. Elle adopte la forme d'un visage d'homme sauvage, aux traits négroïdes, avec oreilles feuillagées, joues couvertes de poils, moustaches et barbe bifide formée de mèches enroulées. En haut du front, dans les sourcils et sous le menton, sont figurées des têtes de dauphins ; le gorgerin simule le col froncé d'une chemise, rehaussé d'un décor de rinceaux ; restes d'attaches à l'arrière des joues ; les bords supérieurs conservent quelques rivets en laiton en forme de rosettes destinées à l'origine à fixer un galon sur lequel était cousue une garniture intérieure de protection ; évidements pratiqués pour la vue au-dessus des yeux et, pour la respiration, au niveau des narines et de la bouche. (oxydations, légers endroits en perce au niveau de la barbe) H_25 cm L_19,3 cm P_18,5 cm

Cette bavière aurait été mise au jour lors d'un labour il y a 20 ou 30 ans près d'un village de Charente nommé Saint-Même-les-Carrières. L'état général est en effet oxydé et la damasquine qui devait rehausser l'ensemble des mèches a disparu en grande partie. Forgée d'une seule pièce dans une tôle épaisse, il s'agit d'une oeuvre d'un armurier émérite : le travail de repoussé exige en effet, outre le temps passé, une très grande habileté.

Les Negroli, famille d'armuriers milanais de réputation européenne, s'étaient fait une spécialité de ce genre de production. Filippo Negroli est notamment l'auteur d'un armet, daté 1533, ayant appartenu à Charles Quint dont la bavière présente une semblable barbe bifide (Real Armeria, Madrid, D1). Un autre point commun est la présence de ces rivets en laiton en forme de rosettes que l'on peut observer sur la cuirasse conservée au Musée du Louvre, oeuvre de Giovanni Paolo Negroli, vers 1540-45. Plus généralement c'est à la production milanaise de cette époque qu'il convient de rattacher cette pièce d'armure : l'entrelacs de rinceaux feuillagés bordant le gorgerin rappelle les frises damasquinées de l'armure dite aux lions, visible au Musée de l'Armée, Paris (G.50) et le faciès au nez épaté se retrouve sur une bourguignotte conservée au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg (3.O.6160), toutes deux réalisées à Milan dans les années 1540.

L'invention de cet objet, non loin de Cognac, n'est peut-être pas fortuite. Le seigneur du lieu était en effet de la famille Laroche, des la Rochebeaucourt dont Jean III (vers 1460-vers 1545) fut un des plus puissants seigneurs de la cour de François Ier, très proche des Valois dont il obtint de nombreux titres : lieutenant général conseiller et chambellan ordinaire du Roi, grand Sénéchal, ministre plénipotentiaire près la Cour d'Espagne entre autres. Il a eu également un fils, François I (vers 1485-12 octobre 1562), Gouverneur de l'Angoumois et Sénéchal de Saintonge.

Bibliographie consultée : S.W. Pyhrr, J-A. Godoy, Heroic Armor of the italian Renaissance - Filippo Negroli and his contemporaries, New York, 1998 ; J.P. Reverseau, Armes et armures de la Couronne au Musée de l'Armée, Dijon, 2004.

Pierre Bergé & associés. Meuble et objets d'art Vendredi 04 juin à 14h00. Drouot Richelieu - Salle 5-6. EMail : contact@pba-auctions.com - Tél. : Paris +33 (0)1 49 49 90