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Balthasar Van der Ast (1593-1657) Nature morte à la coupe de fruits, vase de fleurs Wanli, coquillages et lézard sur un entablement. Photo Sarl MAY et ASSOCIES

Panneau de chêne, trois planches, non parqueté, agrandi possiblement d’environ 2cm dans la partie supérieure; 43 x 69 cm. Trace de signature en bas à gauche. Restaurations anciennes. Cadre en bois sculpté et redoré, travail français d'époque Louis XIII. Estimation:  80000 - 120000 €

Né à Middelburg, Balthasar Van der Ast, entre après la mort de son père en 1609 dans l'atelier de son beau-frère Ambrosius Bosschaert le vieux (1573-1621). C'est probablement vers 1615 qu'il déménage à Bergen-op-Zoom avec la famille Bosschaert, avant de s'installer à Utrecht en 1619 où il est fait membre de la guilde de Saint Luc. Après la mort de son maître en 1621, il semble que Van der Ast soit devenu le doyen de la guilde des peintres de fleurs et de fruits. En 1632 il s'installe à Delft où il reste actif jusqu'à sa mort en 1657.

Avant 1624, Van der Ast s'inspire littéralement des tableaux et de la manière, de Bosschaert au point que certaines œuvres ont parfois été confondues. On trouve des compositions généralement en hauteur, souvent uniquement des fleurs, dans un vase posé sur un entablement de pierre que viennent agrémenter quelques insectes, l'ensemble baigné d’une lumière assez froide.

A partir des années 1625 Van der Ast semble mettre au point un nouveau type de compositions, plus en largeur, dans lesquelles il isole les fleurs des fruits souvent dans des porcelaines Wanli Kraak sur un entablement de pierre et que viennent égayer des coquillages, des papillons ou des lézards. Ceux-ci sont un emprunt à la manière de Roelandt Savery, nouvellement installé à Utrecht après un séjour à Prague.

Au 17ème siècle, les coquillages exotiques étaient rapportés d'Indonésie, du Japon, du Brésil, des Indes Orientales et des Caraïbes par les bateaux de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales. Tout comme les bulbes de tulipes, ceux-ci furent l'objet de convoitises et de spéculations très importantes. Leur valeur dépendant autant de leur rareté et de leur prestige que de leur spéculation et de la mode du moment, il pouvait ainsi coûter plusieurs milliers de guilders chacun.

Le poète Romer Vissher en fit lui-même une vive critique : il stigmatisait dans son ouvrage Sinnepoppen, paru en 1614, les collectionneurs, en annotant en bas d'une gravure représentant des coquillages exotiques le Ridicule des fous qui dépensent leur argent et spéculent sur les coquillages... (Voir L. J. Bol, The Bosschaert Dynasty, 1980, p. 39).

Van der Ast excellait dans la manière de représenter les coquillages si bien que de nombreux contemporains l'imitèrent. Sam Segal a suggéré que les coquillages étaient vus comme un symbole de vanité (S. Segal, A Prosperous Past, cat. exp., 1989, p. 88).

Cependant il est très probable qu'ils symbolisaient également la gloire des créations de Dieu par la richesse de leurs reflets et leur texture qui, selon le poète Philippe van Borsselin en 1611, « exprime la conviction que toute beauté ou tout éclat sont le reflet de Dieu ».

On pourra comparer notre composition à celle passée en vente chez Christie's à Londres le 8 décembre 1995, n° 38 (panneau, 46,5 x 84 cm, signé et daté 1626). Avec celle vendue chez Sotheby's le 3 juillet 1996, n° 66, datée 1625, elle permet de dater notre tableau autour de cette date.

Nous remercions Monsieur Fred Meijer pour nous avoir confirmé le caractère autographe de notre tableau.

Sarl MAY et ASSOCIES. Lundi 18 mars à 14h30 à Roubaix. Contact : Tél. : 03 28 33 70 33 - Fax : 03 28 33 70 39 - contact@mayduhamel.com