1927 Bugatti Type 43 Torpédo Grand Sport

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Lot 56. 1927 Bugatti Type 43 Torpédo Grand Sport. Estimation : 500 000 € / 800 000 €. © Artcurial.

Carte grise française - Châssis n° 43186 

- Superbe allure et moteur refait dans les règles de l'art 
- Nombreuses pièces Bugatti originales 
- Proposée à une estimation particulièrement attractive 
- Rapport prestige /plaisir imbattable 

Lorsque cette voiture a été vendue en 1999, elle l'a été avec l'identité "43186" avec carte grise française. Selon l'histoire racontée à cette époque par son vendeur cannois, la voiture aurait été conservée par un garagiste Bugatti parisien avant d'être vendue dans les années 1950 ou 1960 au collectionneur Robert Cornière. Nous avions pu rencontrer ce dernier à son domicile, il y a de nombreuses années, et il ne nous avait rien raconté de cette histoire. Il affirmait alors n'avoir possédé qu'un seul Type 43, châssis 43305. 
Nous savons maintenant qu'il aurait également possédé, en partie démonté, le châssis 43158, identifié plus tard et sans doute cédé au collectionneur cannois mentionné plus haut, par la suite vendeur de 43186. 

Toutefois, la propriété d'un troisième châssis d'origine Type 43 (43186) par Robert Cornière n'est étayée par aucune information vérifiable. Le seul élément qui pourrait le confirmer est une photo prise à la fin des années 1970, sans doute dans la propriété de Seine-et-Marne de Robert Cornière, et qui montre un châssis qui pourrait être de Type 43, deux ponts arrière, des roues Bugatti aluminium Grand Prix, des roue alu de Type 49, un carter de boîte de vitesse, le tout chargé sur une remorque. 
Il est possible qu'un châssis 43 ait pu être stocké démonté par Robert Cornière, mais en aurait-il possédé deux dans le même état ? Aucune confirmation n'a pu être établie. 

Inspection du véhicule à Paris le 1er mars 2018 

L'inspection de la voiture nous a permis d'effectuer les observations suivantes. 

- Plaque de châssis : elle est en laiton, gravée 43186, rivetée sur le tablier et elle montre des chiffres qui ne sont pas conformes. De plus les lettres " E " des mots Alsace et Moteur ne sont pas conformes non plus. La plaque elle-même n'est donc pas de fabrication Bugatti. 

- Train avant : il est numéroté 167. C'est un essieu de tourisme, conforme au modèle 43 ou 44, mais son numéro indique qu'il ne peut s'agir d'un essieu d'origine de Type 43, dont moins de 160 exemplaires ont été construits. Par conséquent, il s'agit probablement d'un essieu de Type 44. 

- Moteur : Le carter inférieur moteur porte sur sa patte arrière gauche le numéro du châssis dont la voiture prétend à l'identité. Ce numéro " 43186 " est gravé en assez petits caractères, qui ne sont en aucun cas dans le style de l'usine Bugatti. Ce même carter inférieur porte les numéros d'assemblage " 57S " sur la face antérieure de sa patte avant gauche, ainsi qu'une croix. La lettre " S " a dû être gravée deux fois. Nous ne connaissons pas d'exemple similaire sur les nombreuses voitures que nous avons pu inspecter, mais ce carter semble néanmoins ancien. Sur la patte avant gauche de ce carter inférieur, le numéro de moteur a été effacé. 
Le carter supérieur moteur porte, sur l'embase du filtre à huile, le numéro 69 ainsi qu'un 8 couché, ou infini. Cette pièce semble ancienne et conforme. 
La boîte à cames est neuve et conforme au modèle. Le carter d'entraînement du compresseur est de facture ancienne et porte le numéro 11. Le compresseur est neuf. 

- Boîtier de direction : il est ancien, conforme et porte le numéro d'assemblage " 4 ". 

- Boîte de vitesse : Le carter de boîte est gravé " 186 ". Ce numéro est plus élevé que celui correspondant au nombre de boîtes de vitesse construites du Type 43 (159 ou 160 pièces seulement). Il ne peut donc s'agir d'une boîte d'origine de Type 43, mais elle est ancienne et les numéros sont parfaitement authentiques. Il est même de notre avis que l'identité prétendue de la voiture " 43186 " n'est à l'origine basée que sur le numéro " 186 "de cette boîte. 
Il s'agit en fait d'une boîte de Type 44. Pour nous en assurer, nous avons dû inspecter les faces inférieures des pattes de fixation de cette pièce. En effet, une boîte de Type 44 comporte des pattes de 65 mm de haut, contre 48 mm pour les carters de boîte de Type 43. Or une observation attentive montre de façon évidente que le métal a été meulé pour perdre les 17 mm de différence. 

- Pont arrière: Il est étonnement gravé " 186 ". Ce " numéro gagnant " a sans doute été gravé par le mécanicien anglais, John Barton, quand la voiture est passée dans son atelier. Il avait en effet confié à " La Vie de L'Auto-Rétroviseur " : "Le pont était du Type 35 et je l'ai remplacé par un pont de Type 43." Il a sans doute poussé le zèle jusqu'à faire coïncider le numéro du pont avec celui de la boîte. 
Lorsque la voiture était encore à Cannes, le pont portait le numéro 5 mais il n'était déjà pas d'origine Type 43 : en effet, sa face supérieure portait la lettre " H ", qui n'existe pas sur les carters de Type 43, ni même sur les ponts de Type 35. Ainsi, la pièce échangée en Angleterre n'était de toute façon pas conforme au modèle. 

- Châssis : Le cadre du châssis porte plusieurs chiffres : nous pouvons lire " 88 " et, devant ce nombre, un " 6 " gravé plus finement. Aucune de ces deux inscriptions ne correspond au style de l'usine. 
L'analyse des numéros dans le métal de la traverse arrière, réalisée en Angleterre, semble indiquer qu'un ou deux autres chiffres ont été gravés sur cette même traverse emboutie en U. Apparemment, le premier était " 88 ". Par malchance pour le graveur, le châssis Type 43 d'origine au cadre " 88 " se trouve au musée de Mulhouse, collection Schlumpf. Par ailleurs, un " 6 " a été gravé, ajoutant encore à la confusion. 
Cette traverse arrière est boulonnée aux deux longerons, et non rivetée comme elle devrait l'être. Ce détail supplémentaire achève de nous conforter dans notre idée que le châssis de la voiture est de fabrication artisanale. Selon nos suppositions, le cadre n'était pas gravé à l'origine, car de facture récente. 
L'analyse de la face supérieure du cadre en regard du support moteur arrière gauche est elle aussi révélatrice : elle semble indiquer que la pièce de forme triangulaire a été soudée au rail gauche du châssis, et que par conséquent elle n'a pas été formée à la presse avec l'ensemble. Enfin, le support arrière des lames de ressort, fixé sur le châssis, porte en creux le nombre 43 : un véritable non-sens car, à cet endroit, les numéros de fonderie sont toujours en relief. Toutefois, la pièce est ancienne et conforme au dessin du Type 38. 

- Carrosserie : Il s'agit d'un torpédo 3/4 places, Grand Sport. Neuve et de bonne facture, la carrosserie a été copiée sur une très bonne Type 43 (châssis 43279), non restaurée et qui avait été découverte dans l'Aisne dans les années 1970. Elle avait séjourné quelque temps chez Pierre Prieur, de Paris, qui avait pu en prendre les cotes. Il avait fait réaliser une carrosserie qu'il destinait à une voiture qu'il venait de trouver, en pièces et en châssis nu. Mais la caisse copiée ne fut jamais montée par Pierre Prieur qui a fini par la céder, avec les pièces dont il disposait, à un collectionneur de la région de Tours. Ce dernier a vendu la carrosserie un peu plus tard au collectionneur cannois mentionné plus haut. 
La planche de bord est neuve. Tous les instruments sont conformes au modèle et certains sont anciens. 

- Radiateur : il est ancien et conforme au modèle. 

- Roues : elles sont neuves du type Grand Prix, conformes au modèle de 1930, en une pièce d'aluminium coulé, telle qu'il était monté sur les dernières Type 43 vendues. 

Conclusion : La voiture présentée à la vente est bien conforme dans son aspect extérieur au modèle Type 43 Grand Sport. Sa mécanique est conforme au moteur de 2 300 cm3 crée par Bugatti en 1927. Son moteur a été une dernière fois mis au point au printemps 2009 par un des meilleurs ateliers Bugatti français, " Roseau Racing Restauration " dirigé par d'Henri Roseau, formé chez Laurent Rondoni, de Carpentras. Lors de cette dernière restauration, les pièces ont été fournies par " Brineton Engineering ", en Grande Bretagne. 
Les essieux et la boîte sont anciens et sans doute du Type 44, très similaires aux pièces du modèle Type 43. Par son dessin, le châssis est conforme au modèle mais son origine est inconnue et sa construction ne semble pas respecter les critères de la production Bugatti des Type 43 d'origine. 

Pierre-Yves LAUGIER 
Pour Artcurial, mars 2018 

Conclusion : Cette Bugatti 43, comme le lecteur l'aura compris, a été en majeure partie, construite à partir de véritables pièces d'origine Bugatti. Le prix d'une authentique 43 avoisine les 2 500 000 € ; le prix de celle que nous présentons nous semble donc parfaitement cohérent. Nous invitons les personnes intéressées à venir à l'exposition pour voir cette Type 43 ; ils pourront constater combien elle a été réalisée avec passion et attention aux détails. Il s'agit d'un superbe véhicule, fonctionnant de manière impeccable. Sa patine est très sympathique. Avec les années, elle n'en deviendra que plus désirable encore avec quelques aventures et rallyes vécus derrière son volant. Elle est livrée avec sa carte grise française et sera prête à être engagée dans les plus beaux rallyes. 

Automobiles sur les Champs 12 chez Artcurial, 75008 Paris, le 08 Avril 2018 à 16h00