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Alain.R.Truong
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20 septembre 2025

Yan Pei-Ming Eye to Eye at Thaddaeus Ropac Pantin

Yan Pei-Ming, Lions, strength and freedom, 2025. Huile sur toile • 260 x 400 cm © Courtesy Thaddaeus Ropac gallery London, Paris, Salzburg, Milan, Seoul / © Clérln-Morin / © Yan Pei-Ming / Adagp, Paris, 2025

 

Thaddaeus Ropac Paris Pantin présente une exposition de nouvelles œuvres de Yan Pei-Ming, la première présentation personnelle de l’artiste franco-chinois dans la galerie de Pantin. Dans des formats variant du monumental à l’intime, Yan Pei-Ming peint un éventail de sujets – des lions et des singes ; Pablo Picasso et l’artiste lui-même en tant que pape – entrecoupés d’autoportraits. Alliant l’animal et l’humain, le mythique et le personnel, la tradition et la spontanéité, les œuvres exposées isolent la force de vie partagée que l’artiste cherche à articuler dans sa pratique du portrait.

 

L’œuvre de Yan Pei-Ming s’inscrit invariablement dans l’histoire de la peinture européenne, mais ces dernières années, il s’est de plus en plus inspiré de son héritage chinois qu’il combine avec des traditions occidentales. Dans l’exposition, il reprend à plusieurs reprises le motif du lion, dont l’importance dans l’histoire de l’art résonne à travers les époques et les cultures. Les deux lions qui se tiennent en sentinelle, flanquant l’entrée de la galerie de Pantin, rappellent la tradition chinoise des lions gardiens : un ornement architectural censé avoir de puissants effets protecteurs lorsqu’il est placé à  l’entrée d’un bâtiment. L’artiste, dont l’atelier à Dijon recèle de livres sur les maîtres anciens européens, cite également Daniel dans la fosse aux lions (1614–16) de Pierre Paul Rubens, ainsi que les représentations de la créature par Eugène Delacroix, comme autant d’influences pour ses propres peintures. La théâtralité de Rubens ou le drame romantique de Delacroix sont transposés dans le langage pictural propre à Yan Pei Ming, caractérisé par de fervents coups de pinceaux et des coulures de peinture. L’artiste n’exécute pas de dessins préparatoires avant de poser le pinceau sur la toile : il travaille directement avec la peinture, formant ses figures couche après couche. Bien que ses nouvelles œuvres témoignent de l’approche expressive pour laquelle il est reconnu, il les décrit comme « moins impulsives qu’auparavant » : dans la dernière couche de peinture, en particulier, il solidifie chaque image avec une intentionnalité qui dément son aspect presque abstrait lorsqu’on l’observe de près.

 

Yan Pei-Ming, Wild Majesty, 2025, oil on canvas, 200 x 250 cm © Courtesy Thaddaeus Ropac gallery London, Paris, Salzburg, Milan, Seoul / © Clérln-Morin / © Yan Pei-Ming / Adagp, Paris, 2025

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Le point culminant de l’exposition est une œuvre monumentale en trois parties : Autoportrait en trois personnes (2020), exposée au Palais des Papes à Avignon en 2021. Elle se compose de deux autoportraits qui encadrent un troisième autoportrait central de l’artiste en tant que pape. Bien que Yan Pei-Ming, qui est né et a grandi à Shanghai, n’ait été immergé dans l’iconographie du christianisme, celle-ci exerce un magnétisme de longue date sur l’artiste de par sa place centrale dans l’histoire de l’art, et il a dépeint un pape pour la première fois en 2003. Dans cette œuvre de 2020, par son « hybridation » des thèmes récurrents du portrait du pape et de l’autoportrait, comme l’a décrit le commissaire d’exposition Henri Loyrette, Yan Pei-Ming « prolonge l’introspection de l’autoportrait en auto-fiction, [...] comme si, pour reprendre Rimbaud, il voulait ici-bas épuiser “toutes les vies qui lui sont dues”. » L’œuvre fonctionne comme un triptyque, un format utilisé depuis les débuts de l’art chrétien et souvent associé aux retables, tandis que sa structure multipartite offre un sens narratif qui se poursuit tout au long de l’exposition dans la séquentialité et le dialogue entre les visages qui fixent les visiteurs.

 

L’autoportrait est au cœur de la pratique de Yan Pei-Ming depuis ses commencements. Des toiles monumentales aux œuvres intimes sur des supports ovales qui rappellent la tradition de la miniature de la Renaissance – le premier engagement de l’artiste avec des toiles façonnées – son nouveau corpus d’autoportraits démontre sa recherche continue sur les questions d’auto-représentation en reprenant et  en retravaillant diverses conventions de l’histoire de l’art. Répartis dans les trois espaces de la galerie de Pantin, ses autoportraits sont une présence constante dans l’exposition, confrontant et conversant avec les autres œuvres dans un jeu de réflexions et de regards échangés – chacune « les yeux dans les yeux » de la suivante – qui invite les visiteurs à méditer sur leurs points communs.

 

Yan Pei-Ming, Autoportrait en trois personnes, 2020. Huile sur toiles, triptyque. 600 × 250 cm ; 600 × 400 cm ; 600 × 250 cm © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2025. Photo : Clérin-Morin

« La présence, une présence extraordinaire est ce qui caractérise les protagonistes représentés » a écrit l’historien de l’art Hans-Joachim Müller à propos de la capacité de Yan Pei-Ming à rassembler divers sujets en un ensemble de peintures unique et unifié. C’est cette essence fondamentale du portrait que Yan Pei-Ming distille dans les œuvres exposées. Ses autoportraits constituent un acte de « se regarder en tant que quelqu’un d’autre », comme l’a écrit le commissaire Francesco Bonami dans la monographie Rizzoli de 2017 sur l’artiste ; de la même manière, ses portraits de Picasso, ou même ceux de singes – l’animal qui fait le lien entre l’humain et l’autre, et « notre reflet », comme l’a dit l’artiste – pourraient être considérés comme regardant dans les yeux de leurs sujets avec la même compréhension et la même profondeur que si l’artiste regardait dans ses propres yeux dans un miroir. L’artiste explique : « Je m’intéresse à l’homme en général, et mon travail peut être considéré comme une sorte de portrait universel. Ce que je peins dans la permanence est au fond une idée de cette humanité. » Sa nouvelle série de portraits incarne cette égalité, voire cette impartialité, dans le traitement des différents sujets : c’est ce que le critique Philippe Dagen a appelé le « désir d’universalité » de Yan Pei-Ming. 

 

Yan Pei-Ming, Young Picasso and His Sister – Permanent Rose, 2024 Huile sur toiles, diptyque. 200 × 170 cm ; 200 × 200 cm © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2025. Photo : Clérin-Morin

Yan Pei-Ming, Monkey, Eye to Eye, 2025 © Courtesy Thaddaeus Ropac gallery London, Paris, Salzburg, Milan, Seoul / © Clérln-Morin / © Yan Pei-Ming / Adagp, Paris, 2025

Yan Pei-Ming, The Wise Little Monkey, 2025, oil on canvas, 39 x 54 cm © Courtesy Thaddaeus Ropac gallery London, Paris, Salzburg, Milan, Seoul / © Clérln-Morin / © Yan Pei-Ming / Adagp, Paris, 2025

À propos de l’artiste

Yan Pei-Ming s’est installé en France à l’âge de 19 ans, où il est entré à l’École nationale supérieure des beaux arts de Dijon dont il sort diplômé en 1986. Il connaît un succès rapide avec son œuvre expressive, dominée par le portrait. En 2003, il obtient une reconnaissance internationale à la Biennale de Venise. Six ans plus tard, son travail est acquis par le Louvre, où il expose une collection de portraits qui reflètent son point de vue personnel sur La Joconde de Léonard de Vinci. Des expositions personnelles ont récemment été consacrées à l’artiste au Des Moines Art Center, Iowa (2008) ; UCCA Center for Contemporary Art, Beijing (2009) ; Pékin Center for the Arts (2014) ; CAC Málaga (2015) ; Villa Medici, Rome (2016) ; et Belvedere Museum, Vienne (2016). En 2019, le travail de l’artiste a été présenté au Musée Courbet, Ornans ; au Musée des Beaux-Arts de Dijon ; au Petit Palais – Musée des beaux-arts de la Ville de Paris ; et au Musée d’Orsay, Paris, où il a rendu hommage à Gustave Courbet à travers le prisme de sa propre biographie. Suivront une exposition consacrée à ses autoportraits au musée Unterlinden de Colmar (2021) et des expositions au Palais des Papes et à la Collection Lambert d’Avignon (2021) ; au Francisco Carolinum de Linz, en Autriche (2023) ; et au Palazzo Strozzi de Florence (2023). Son triptyque monumental A Burial in Shanghai, qui a fait ses débuts au musée d’Orsay à Paris en 2019, est actuellement exposé auMusée d’Art contemporain de San Diego.

 

13 septembre—20 décembre 2025 - Thaddaeus Ropac Paris Pantin 69, avenue du Général Leclerc, Pantin

 

Yan Pei-Ming , portrait de l’artiste. Photo : Marie Clérin

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