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Interview de Maurizio Galante par Dominique Roland |
Dominique Roland : Peux-tu nous dire ce qui va se passer à Enghien-les-Bains en 2006 ? Un évènement dont tu es à l'origine et que tu as conçu comme un objet artistique, du sur-mesure pour le centre des arts en quelque sorte… Maurizio Galante : De la proposition initiale de faire une exposition de mon travail, j'ai plutôt choisi un concept qui puisse faire appel à l'imagination et le rêve. Je suis italien et après avoir vécu à Rome, je me suis dit pourquoi ne pas amener à Enghien-les-Bains un petit peu de ce que je connais de l'Italie ? Tenter de retranscrire au travers de cet évènement mon univers en invoquant le cinéma, la musique et le théâtre. C'est un peu comme si j'apportais au centre des arts toute mon expérience émotionnelle ! L'idée d'exposer des vêtements qui ont été portés par de grandes femmes m'est alors venue assez naturellement. Mon intention est donc de présenter au public des Divas comme Eleonora Duse, Maria Callas, Sophia Loren, Valentina Cortese et faire redécouvrir ces femmes au travers de leurs vêtements. La présentation de ces vêtements ne se fait pas de façon traditionnelle sur des mannequins mais plutôt à même le mur : le spectateur doit comme reconstituer mentalement le personnage. Les détails à proprement parlés techniques de la robe, les mensurations - celles de la poitrine, de la taille -, apparaissent ainsi comme autant de signes qui renseignent sur ce que pouvaient être ces femmes. De même, je me souviens d’une anecdote. J’ai visité à Rome le Musée des âmes perdues. Il s'agissait d'une église, et dans la sacristie, des tissus étaient montrés avec des traces de brûlures qui reprenaient la forme d'une main. Il y avait là d'autres histoires assez étranges, mais pour moi, ces témoignages étaient fixés dans le temps par leurs traces sur le vêtement. D'où l'idée pour cette exposition à Enghien-les-Bains, d'appréhender le vêtement par le détail, les défauts, les taches qui sont comme autant de preuves de leur vécu. Ils deviennent une sorte de mémoire, de souvenir. Cette idée de susciter l’imagination et le rêve est une question importante à mes yeux.
DR : Dans cette exposition, il y a aussi des vêtements que tu as créés pour des artistes. Peux-tu nous en parler un peu ? MG : Il y a par exemple des robes que j'ai créées pour Valentina Cortese et qui sont des robes de tous les jours. C'est une commande un peu spéciale puisqu'à mon sens elle est un peu la dernière des Divas. Il y a trois ensembles que j’ai d’abord réalisés à mon idée puis qui ont été modifiés sur sa demande. Ces réalisations que vous découvrirez ont été pensées pour un type de vie spécifique, celui de Valentina. C’est important dans cette exposition de proposer aussi des vêtements de tous les jours et montrer qu’au quotidien, ces femmes restent encore et toujours des Divas ! Il y a un autre ensemble que j'ai réalisé pour Patty Pravo qui est une chanteuse italienne qui a commencé à se produire au début des années 70. Il s’agit d’un costume-pantalon qu'elle porte comme un tailleur. Il y a également une robe créée pour Carla Fracci, danseuse étoile de la Scala. Cette robe évoque un bouquet de datura, fleurs indiennes qui rappellent le lys. Une cinquantaine de fleurs blanches ont été nécessaires, toutes réalisées en tissus.
DR : Cette exposition a également trait aux films que tu as aimés... MG : Certains films sont pour moi comme des reliques et sont entre guillemets assez importants dans l'histoire du cinéma italien. Il y a tout d'abord Senso de Luchino Visconti avec la magnifique Alida Valli, il y a également Le Guépard qui à mon sens porte à l'écran les moments forts du livre que j’avais beaucoup aimé. Ce film incarne à mes yeux toute l'Italie ! Ensuite il y a l'univers fantastique de Fellini avec Juliette des Esprits et l’actrice Valentina Cortese. Un film qui mêle rêves et réalité, les rêves dans la réalité. J'ai choisi des éléments qui viennent nourrir un point de vue, et construire un univers, le mien.
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