Temporada : Bilbao – Une grande faena de Ponce primée d’une oreille et ignorée par la présidence, qui crédite Eduardo Gallo d’un
Les matadors de toros espagnols Enrique Ponce et Eduardo Gallo ont coupé une oreille chacun face au bétail de Zalduendo, propriété de l’éleveur andalou Fernando Domecq, à l’issue de la corrida qui s’est déroulée ce jeudi, en fin d’après-midi, dans les arènes de Bilbao. La plaza de toros de Vista Alegre a enregistré un plein de no hay billetes pour cette sixième Corrida générale de la Aste Nagusia de Bilbao qui s’est déroulée sous un soleil radieux.
Le cartel, entièrement espagnol, réunissait Enrique Ponce, Julián López El Juli et Eduardo Gallo, face à six toros de Zalduendo (1er et 5e, sobreros remplaçant les exemplaires titulaires, tardivement changés pour faiblesse), imposants et impeccables de présentation, limités de forces mais présentant différents degrés de noblesse (les exemplaires les plus complets en caste et bravoure furent les 3e et 6e ; 4e, d’une grande classe à la muleta, bien que limité de forces ; le 1er demeura assez court de charge ; 2e et 5e, nobles mais un peu tardos).
Enrique Ponce a écouté un silence après sonnerie d’un avis face au premier toro de la corrida puis a coupé une oreille après sonnerie d’un avis à l’issue de sa seconde faena.
El Juli a effectué une vuelta lors de sa première prestation puis a salué au tiers à l’arrastre du cinquième toro de la course.
Eduardo Gallo a ravi un pavillon à l’issue de son premier combat puis a salué au tiers face au dernier exemplaire de l’après-midi.
Dans les cuadrillas, les banderilleros Antonio et José María Tejero (4e), Alejandro Escobar et Emilio Fernández (5e) et Álvaro Oliver et Gómez Pascual (6e), ont salué.
La présidence de la corrida de Bilbao continue d’être au centre de tous les débats en cette Aste Nagusia 2006. Face au quatrième toro de l’après-midi, Enrique Ponce a réalisé une faena exemplaire face à un toro de Zalduendo, juste de race, mais embarqué à la perfection dans des séries liées et templées, avec domination et profondeur. Pour cette œuvre, le public a demandé avec force la seconde oreille, qui a été refusée par le président, comme cela avait été le cas en début de semaine avec Sébastien Castella. El Juli a également été victime d’une injustice, voyant la présidence de ne pas prendre en compte les pétitions d’oreille qui ont suivi chacune de ses faenas. Une oreille a en revanche été accordée à Eduardo Gallo face au troisième toro de la course, juste de forces mais très noble.
Selon une information de José Antonio del Moral, une grandiose faena d’Enrique Ponce : face à la ridicule décision présidentielle de ne pas accorder au maestro de Chiva la seconde oreille, le public obligea ce dernier à effectuer deux tours de piste sous une clameur indescriptible. Le célèbre président Matías González avait pourtant précédemment primé d’une oreille Eduardo Gallo pour sa faena face à l’extraordinaire troisième toro qu’il a laissé s’échapper. Le torero salmantin est par ailleurs passé à côté de l’autre grand toro de la corrida, sorti en sixième position. Après le faenón de Ponce, la prestation de Gallo a souffert de la comparaison et la pétition d’oreille s’est avérée minoritaire, au même titre que celle entendue pour le Juli à l’arrastre du cinquième exemplaire. Tout aussi magistral que lors de sa première journée à Bilbao, le torero madrilène a une fois de plus été la victime de la présidence, se voyant seulement compensé par les ovations du public, admiratif, en guise de remerciement pour sa fort complète feria.
La chronique de José Antonio del Moral
Une journée historique d’Enrique Ponce à Vista Alegre : par sa grâce et son œuvre, le torero-vedette a été l’étoile d’un après-midi que ceux qui y ont assisté n’oublieront jamais. Avec un plein jusqu’au sommet des arènes, nous n’avons pas fini de nous délecter d’un tel moment d’extase. Afin que la prodigieuse poncista prenne forme avec autant de naturel, plusieurs ingrédients ont été nécessaires : un toro brave et doté d’une classe extraordinaire bien qu’avec très peu de forces sous la conduite du meilleur muletero de tous les temps.
Pourtant, des événements incompréhensibles sont venus perturber le déroulement de cette course, de la main de l’ineffable président des dites arènes, apparemment disposé à être le protagoniste principal de cet après-midi, après les injustices faites à Sébastien Castella et au Juli. Abusant de ses goûts personnels et de l’interprétation dictatoriale de quelques règles imposées avec un arbitraire scandaleux, monsieur Matías González est installé à la présidence de Bilbao, plus que jamais convaincu de son pouvoir et de son infaillibilité.
Le président de la course a d’ailleurs renvoyé au toril le premier exemplaire de la course, un précieux colorado qui s’est abîmé les mains en glissant sur la piste, rendue humide par la pluie du matin. Ce toro a été remplacé par un sobrero du même fer, relativement laid, et qui n’a donné que peu de jeu. Face à lui, Ponce a tout de même appliqué un toreo de ceinture. Malgré l’indifférence de la majorité, le deuxième toro de la course, après avoir révélé sa mansedumbre aux piques, fut meilleur.
Désireux de conclure sa feria sur une bonne note, El Juli a lié une faena au temple progressif afin de corriger les défauts de tête de son adversaire avant de se mettre le publis dans la poche par sa valeur et sa science jusqu’au port d’une estocade tombée d’effet fulminant. La pétition d’oreille qui a suivi n’a pas été prise en compte par le président, de la même façon que celui-ci n’avait pas répondu favorablement à ceux qui réclamaient la musique pour le Juli.
Puis vint le tour d’Eduardo Gallo, qui a hérité d’un toro – celui-là oui – de bandera. Brave, noble, encasté, avec de la fixité, répétant, infatigable dans sa merveilleuse charge. Un toro de révolution. Un Zalduendo digne de la meilleure réputation de ce prestigieux élevage que Gallo a consenti lors d’une faena incroyablement inégale et au cours de laquelle les passages templés furent mêlés à d’autres séquences accélérées et accrochées. Pendant ce temps résonnait un paso-doble qui, envoyé sur ordre présidentiel, finit de mettre un terme à cette faena vulgaire, conclue d’une bonne estocade. Après la mort immédiate du toro, le supposé grand aficionado du palco n’a pas sorti le mouchoir bleu qui aurait ordonné le tour de piste posthume d’une bête brave, mais bien le blanc de l’oreille pour le torero. Curieux de voir que la faena inférieure aux qualités de ce troisième toro ait été préférée à la grande faena, nettement supérieure aux conditions du deuxième exemplaire signée El Juli…
Pendant que les commentaires et les divisions d’opinions allaient bon train sur les gradins, le quatrième toro de l’après-midi est entré en piste. Un autre brave exemplaire dont Enrique Ponce a rapidement décerné la bonté et la classe. Combattu dans des terrains différents que ceux que le torero affectionne habituellement – sans doute pour éviter que l’animal ne s’abîme les pattes comme ce fut le cas pour le premier exemplaire –, le toro s’est avéré certes faible mais Ponce a pallié à celle-ci en réalisant une lidia parfaite, agrémentée par une grande prestation de la cuadrilla du Valencian.
Par la suite, Enrique Ponce a offert sa plus grande faena au public de Bilbao : meilleure que l’œuvre réalisée en juin 1992 face au toro de Sepúlveda et supérieure encore à la faena du toro d’Atanasio, en 1998, lorsque Enrique, alors au sommet de sa splendeur, avait converti Vista Alegre en un scénario d’opéra. Tout ceci sans oublier les héroïques et historiques face-à-face avec les toros plus que gigantesques de Samuel Flores, qui demeureront ici dans l’esprit de tous.
La faena de ce jeudi a été la meilleure de toutes, surtout pour sa conception définitivement classique et pour son exquise et variée inspiration, pour l’extrême délicatesse qu’exigeaient les forces limitées du toro. Une passe violente ou accrochée aurait ruiné tout projet de faena. Celle-ci a été également importante pour l’interprétation lente et cadencée de toutes les suertes naturelles, changées et aidées. De plus, comme Ponce a su, avec un ressenti scénique extraordinaire, donner les pauses adéquates à sa faena, par entrées et sorties, allées et venues, chaque série permettait à ce que l’intensité générale de l’œuvre ne retombe pas et que le toro ne perde pas un centième de son excellente condition. Tout cela s’est déroulé selon une apparente chorégraphie mathématique, à la fois sublime, enrobée dans une œuvre à la totalité incommensurable…
Dans cette ambiance de merveille et d’extase, partagée par les spectateurs et les professionnels, Enrique Ponce a mis un terme à son œuvre en enfonçant une grande lame, libérant la passion et provoquant une unanimité absolue quant à la pétition des trophées maximums. Tous se rendirent au maestro, excepté monsieur le président. Une fois de plus, celui-ci refusa d’octroyer la seconde oreille, pour la troisième fois de la feria. Il y en a plus qu’assez de ce genre de scandales.
Fiche technique de la corrida
Source : José Antonio del Moral.
Plaza de toros de Vista Alegre – BILBAO. Jeudi 24 août 2006. 18 h 00.
Sixième Corrida générale de la Aste Nagusia. Soleil radieux. Plein (plus de billets).
6 toros de ZALDUENDO (1er et 5e, sobreros remplaçant les exemplaires titulaires, tardivement changés pour faiblesse), imposants et impeccables de présentation, limités de forces mais présentant différents degrés de noblesse (les exemplaires les plus complets en caste et bravoure furent les 3e et 6e ; 4e, d’une grande classe à la muleta, bien que limité de forces ; le 1er demeura assez court de charge ; 2e et 5e, nobles mais un peu tardos),
pour
Enrique PONCE (carmélite & or) : 1 avis et silence – 1 avis et 1 oreille.
1er toro : deux pinchazos – estocade tombée, trois descabellos.
4e toro : bonne estocade (deux tours de piste du torero et grande bronca à l’encontre de la présidence qui s’est poursuivie pendant la lidia du 5e toro).
EL JULI (corinthe & or) : vuelta – salut au tiers.
2e toro : estocade tombée.
5e toro : estocade en arrière, desprendida.
Eduardo GALLO (huile d’olive & or) : 1 oreille – salut au tiers.
3e toro : estoconazo desprendido.
6e toro : estocade tendue, tombée.
Remarques :
- Les banderilleros Antonio et José María Tejero (4e), Alejandro Escobar et Emilio Fernández (5e) et Álvaro Oliver et Gómez Pascual (6e), ont salué.
- A l’issue du spectacle, Enrique Ponce a quitté la piste sous une immense ovation après avoir été félicité par ses compagnons de cartel. Cette ovation a été suivie d’une grande bronca adressée à la présidence au moment où celle-ci a quitté le palco.
Reseña des toros de Zalduendo :
1. Jabón, n°38
2. Magnífico, n°35
3. Errante, n°15
4. Invasor, n°32
5. Granada, n°49
6. Domador, n°37
