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Alain.R.Truong
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Alain.R.Truong
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5 septembre 2006

La cérémonie d'initiation chez les Dzao de Lang Son

aChaque fois que je fais un voyage à Lang Son, province frontalière à 150 km au nord de Hanoi, je suis toujours attiré par les Dzao (Dao) à cause de leur folklore très riche et très pittoresque.
Ce groupe ethnique, rattaché à la famille ethnolinguistique Mios-Yao (Hmông-Dao), compte 24.000 âmes, soit 3,47% de la population de la province. À l'échelle nationale, les 400.000 Dzao occupant 0,65% de la population du Vietnam. Concentrés surtout dans les provinces de Hà Giang, Tuyên Quang et une partie du Nord-Est, les Dzao vivent traditionnellement de la culture sur brûlis à des altitudes entre 700 et 1.000 mètres. Ils ont commencé à aménager des champs en gradin pour la culture du riz en terrain submergé. Originaires du Centre de la Chine, ils avaient émigré vers le Sud chinois et de là, une partie vers le Sud-Est asiatique (Myanmar, Laos, Thaïlande, Vietnam) en de nombreuses vagues, surtout au 18e et dans la 2e moitié du 19e siècle.
Leur vie spirituelle est dominée par un animisme fortement teinté de taoïsme et le culte des ancêtres. Ils croient que dans l'univers, à part les êtres surnaturels, tous les êtres et choses, hommes, animaux, plantes, objets matériels... possèdent une "âme-esprit". Si par exemple l'âme de l'homme ou du riz quitte pour quelque temps la substance matérielle pour errer quelque part, il faut la rappeler pour mettre fin à une maladie ou une mauvaise récolte. D'autre part, on doit honorer les âmes des ancêtres qui vivent toujours parmi les membres de la famille, pouvant les récompenser ou les châtier. Les rites taoïstes imprègnent plus ou moins les cérémonies. En réalité, il y a 2 taoïsmes (Dao giáo, Lao hoc) : le taoïsme philosophique réservé aux lettrés et le taoïsme croyance populaire doté d'un panthéon d'innombrables génies et esprits.
La cérémonie du Phùn Voòng nous offre une illustration parfaite de ce syncrétisme religieux. Phùn Voòng veut dire "donner un nom". Il comprend des rites initiatiques destinés aux hommes, ceux qui y échappent sont rejetés par la communauté ?
Il est organisé pour un ou plusieurs garçons de la même génération de la lignée. La famille organisatrice passe 2 à 3 ans à amasser 3 cochons, assez de riz, d'alcool et d'argent pour nourrir des centaines de personnes pendant 3 jours en moyenne. Les invités (la grande famille et quelques membres de chaque foyer du village) mangent de la viande et boivent de l'alcool le premier jour. Le deuxième jour, ils doivent faire maigre. Ils ne doivent ni se quereller, ni se battre, ni parler fort. Chaque garçon postulant reçoit de ses parents un habit neuf, un collier d'argent et 2 carrés de tissu brodé.
Pendant la cérémonie, on suspend des images rituelles taoïstes, en particulier celles de génies de Tam Nguyên, maîtres des espaces, des mois et des saisons. Dix-huit mas-ques représentent 18 génies dont l'Empereur de Jade (Ciel), ceux du Foyer, de la Forêt, de la Terre, des Poissons, des Eaux, du Coq, etc.
Chacun des garçons reçoit son prénom d'un thày cúng (maître du culte, sorcier) différent. Ce dernier doit d'abord se mettre d'accord avec la famille pour choisir un prénom. Après quoi, il écrira en 2 exemplaires un certificat de Phùn Voòng suivi d'une liste d'interdits : ne pas tuer les animaux, ne pas proférer d'injures envers le Soleil, la Lune, la Terre, ses parents et proches, son Maître, les génies ; ne pas s'attacher à la vie ni craindre la mort, ne pas se faire trop de soucis, ne pas flatter les riches ni mépriser les pauvres, ne pas faire de tapage... Un exemplaire sera brûlé pendant la cérémonie, l'autre conservé par le garçon jusqu'à sa mort.
La cérémonie dure 2 jours et 2 nuits avec les principaux rites suivants.
Pour le rite initial, un autel est dressé près de la cloison à côté de la porte d'entrée pour honorer les esprits étrangers à la famille. Le postulant vient y prier tandis que le maître du culte lit les 10 interdits et un texte demandant que le garçon soit admis au sein de la lignée. Après quoi, l'image rituelle Chông tang phat est rangée et un repas végétarien offert à l'assistance.
Vient ensuite le rite d'appel des âmes des ancêtres célébré en plein air devant la maison. Une perche de bambou est plantée dans la cour, entourée de papiers rouge portant les noms des aïeux.
Avec le rite des lumières, le postulant est assis devant l'autel. Le maître du culte place 3 chandelles sur le sommet de son crâne et ses épaules ; répandant sur lui la lumière des 3 génies Tam Nguyên (Trois Mondes).
Le rite de la Deuxième Naissance est célébré aussi dans la cour où est installé pour chaque postulant un cabanon (ou une table) avec un hamac (ou une couverture). Chaque postulant, accompagné d'une jeune fille qui l'abrite d'un parapluie, suit son maître du culte et des tambours. Le cortège dansant fait le tour du cabanon ou de la table. Les postulants s'installent ensuite dans le cabanon ou sur la table, les bras autour du genou comme des fœtus dans le ventre des Maîtres leur donnant le jour. Ces derniers miment des scènes de recherche du feu, de chasse, d'amour et d'accouchement. Le postulant fait semblant de tomber du hamac, simulant sa naissance. On le dépose sur une natte et place devant lui de l'eau, du riz, du sucre et de l'alcool qui symbolisent le lait du savoir des 3 maîtres du culte officiant ensemble. Un assistant lave le visage du postulant et lui fait manger le riz et boire l'alcool.
Ayant atteint l'âge d'homme, il reçoit de son maître un exemplaire du certificat du Phùn Voòng. L'autre est brûlé et ses cendres sont jetées dans le bol d'eau que le garçon boira.
Huu Ngoc/CVN

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