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Alain.R.Truong
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Alain.R.Truong
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28 novembre 2006

Quand les poissons d'agrément mènent à la fortune

bHô Chi Minh-Ville, mégalopole du Sud réputée pour son intensité économique, excelle dans un domaine bien éloigné des bilans comptables et autres chiffres d'affaires. Avec un climat favorable, une eau propre en amont du fleuve Sai Gon et une nutrition propice issue de la région, l'élevage des poissons d'agrément y est florissant. Hô Chi Minh-Ville compte aujourd'hui 150 établissements d'élevage qui produisent environ 17 millions de poissons par an.
Ce qui se traduit par un objectif de 10 millions de dollars à l'exportation pour 2010.
Depuis 2001, les exportations de poissons d'agrément connaissent une trajectoire fulgurante à Hô Chi Minh-Ville. La vice-ministre des Produits aquatiques, Nguyên Thi Hông Minh, reconnaît la rentabilité du secteur, Rappelant qu'en 2004, cette activité a rapporté 10 millions de dollars de recettes, soit 2 fois plus que 2 ans auparavant. Le ministère des Produits aquatiques estime que le poisson d'agrément sera le produit phare de l'aquaculture vietnamienne dans les années à venir. En tête de liste, Hô Chi Minh-Ville vise les 10 millions de dollars à l'exportation pour 2010.
Grande-Bretagne, Allemagne, Suisse, France, Danemark, Canada, États-Unis, Brésil, Japon... la liste des pays intéressés par les poissons d'agrément vietnamiens ne cesse de s'allonger. L'Europe est le plus grand débouché en représentant la moitié des exportations.

Hô Chi Minh-Ville, leader d'un marché exponentiel
Pour expliquer ce phénomène, il faut d'abord retenir des conditions géographiques, le Vietnam se trouvant dans une des 3 régions (Amérique du Sud, Afrique et Asie du Sud-Est) qui regorgent des plus belles espèces de poissons. Dans le pays, Hô Chi Minh-Ville se détache, aidée en cela par un climat favorable et une température moyenne comprise entre 27°C et 30°C. De plus, l'eau en amont du fleuve Sai Gon n'est pas polluée et le delta du Mékong procure une alimentation saine et adaptée à l'aquaculture.
Du Nord au Sud, le Vietnam compte bon nombre de centres d'élevage de poissons d'agréments : Quang Ninh, Hà Noi, Hai Phong pour le Nord, Dà Nang et Nha Trang au Centre, Vung Tàu dans la Sud. Mais loin devant, Hô Chi Minh-Ville est le leader incontesté de ce marché où les poissons d'eau douce représentent 95% des élevages.
Selon les amateurs, Hô Chi Minh-Ville abrite des espèces rares depuis longtemps. Avant 1975, ses poissons d'agrément étaient très connus dans le Sud-Est asiatique. Après la réunification nationale et en raison des difficultés économiques, l'élevage des poissons d'agrément a cependant décliné. Durant les années 1984-1989, la ville ne comptait plus que quelques rares éleveurs. Mais avec le retour d'une économie plus riche, la ville pouvait à nouveau se concentrer aux poissons d'agrément.
Résultat, la ville compte actuellement 150 foyers qui sont spécialisés dans cet élevage, vendant environ 17 millions de poissons par an. Le chiffre d'affaires annuel de chaque foyer atteint de 70 millions à 100 millions de dôngs pour un profit estimé à 70%.
Mais derrière ces chiffres flatteurs se cache un travail de tout instant. "Il faut savoir élever les poissons d'agrément comme un amateur avant de devenir un professionnel", déclare Bùi Van Thep, éleveur comptant 21 années d'expérience. "Pour saisir les caractères d'une espèce et les techniques d'élevage, l'éleveur doit au moins y consacrer
2 ans avant d'obtenir des résultats", dit-il. "Pour l'élevage des poissons d'agrément, ceux qui se hâtent ne rencontrent que l'échec", poursuit ce propriétaire d'une ferme de 16.000 m² située dans le 9e arrondissement de Hô Chi Minh-Ville.
Pour un poisson d'agrément, la forme et les couleurs sont les 2 critères primordiaux. La qualité et la quantité des aliments ainsi que les spécificités de l'eau décideront des couleurs et de la santé de l'animal aquatique. "Plus l'espèce sera inédite plus le marché la prisera. Au contraire, plus elle est commune plus son prix est bas", conclut Bùi Van Thep, qui sait de quoi il parle puisqu'il fournit 60% des poissons d'agrément de la ville.

Quatre milles espèces
Hô Chi Minh-Ville a fondé en 2005 l'Association des amateurs de poissons d'agrément. Aujourd'hui, elle compte plus d'un millier de membres. "Notre ville possède environ 4.000 espèces de poissons rares", affirme le président de l'association, Nguyên Van Lang. "Les poissons varient tant par leur espèce que pour leurs formes et couleurs", ajoute cet éleveur âgé de 71 ans, qui compte derrière lui un demi-siècle consacré à cette profession.
Abordant les difficultés du métier, le président réfléchit un court instant avant de lancer tout de go : les espèces. Et d'expliquer que les éleveurs doivent importer les espèces non présentes au Vietnam avec un élevé taux fiscal de 30%.
Pour remédier à cette situation, le Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville prévoit d'épauler les éleveurs avec des prêts à taux d'intérêt préférentiel. Les éleveurs bénéficieront également d'une exemption fiscale sur l'importation des espèces rares. Le Service de l'agriculture et du développement rural de Hô Chi Minh-Ville coopère avec des instituts de recherche et des universités pour mener des études sur les espèces rares. La ville envisage même d'aménager un jardin des plantes et poissons d'agrément sur 500 ha en aval du fleuve de Sai Gon.

Un million de dollars pour un poisson
Dans le milieu des poissons d'agrément, des légendes circulent sur des cas qui ont rapporté gros à leur propriétaire. Nguyên Van Lang, président de l'Association des amateurs de poissons d'agrément de Hô Chi Minh-Ville, prétend qu'il a déjà dépensé 500 taëls d'or pour acquérir 40 poissons, avant d'en revendre la moitié au même tarif. Un autre passionné est allé jusqu'à échanger sa villa contre 3 petits poissons. De telles histoires datent déjà d'une trentaine d'années. Mais aujourd'hui encore on croise des illuminés de l'aquarium. Celui-ci dépensant quelques dizaines de milliers de dollars pour une seule espèce, celui-là des centaines de milliers de dollars pour une dizaine de poissons. En Asie, la palme revient à un richissime amateur qui pour une carpe blanche dont la tête était cernée d'un anneau rouge n'hésita pas à lâcher... un million de dollars.
Dans ces extravagances, l'argent ne compte pas, le poisson d'agrément représentant l'alchimie entre le merveilleux de la nature, de la passion, de la créativité et parfois l'extravagance de l'homme. La commercialisation des poissons d'agrément répond désormais à des logiques de profit pour plusieurs éleveurs. Le chiffre d'affaires de la vente au détail des poissons d'agrément dans le monde s'élève à 7 milliards de dollars par an. L'Amérique, l'Europe et le Japon sont les plus grands consommateurs.

(Hoàng Hà\CVN)

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