Interview de Jean Baptiste Huynh dans "Le Monde"
©Jean-Baptiste Huynh
Japon, Pinceau, 2002.
©Jean-Baptiste Huynh
Vietnam, Huyen7, 2003.
Jean-Baptiste Huynh est l'un des maîtres contemporains dans l'art du portrait. Ses photographies, toujours en noir et blanc, rendent compte d'une réalité sans fard ni artifice : des visages qui font face à l'objectif, des fonds neutres qui mettent en valeur le modèle, des regards qui oscilent entre ombre et lumière. Une mise en scène étudiée, et un long travail en studio, pour des photographies qui ressemblent à des icônes.
- De la nature morte au portrait, vous isolez le modèle de son contexte : que cherchez-vous à transmettre en épurant ainsi vos images ?
Je m'intéresse à l'essence, à l'intimité d'une personne détachée des circonstances, de son environnement. L'être humain ou la nature morte pour ses qualités intrinsèques est le sujet de mon travail photographique. J'ai besoin de cette concentration sans artifice et sans détour pour la réalisation de mes images et souhaite donner à voir au spectateur cette même concentration claire et épurée.
- Vous accordez une grande importance au regard : quel rôle joue-t-il ?
Le regard est le fil conducteur entre le sujet photographié et moi-même, il est également le lien entre le sujet du portrait et le spectateur. Au-delà des caractères spécifiques et uniques que porte chaque visage à travers ses traits et sa morphologie, le regard est l'accès à l'intériorité et à l'authenticité. Le regard est en quelque sorte le visage d'une intériorité. Le jeu de miroirs entre les regards croisés du photographe, du sujet et du spectateur est inhérent à chacun de mes portraits.
- Vous citez souvent Sander et Irving Penn : en quoi ces photographes vous ont-ils influencé ?
Je considère Auguste Sander comme un des plus grands portraitistes de l'histoire de la photographie. Son projet Hommes du 20ème siècle est une entreprise qui me touche profondément par son envergure et son humanité. Mis à part l'aspect inventaire sociologique, son œuvre a nourri le projet que je mène sur le visage à travers les âges et les grands ensembles culturels.
Concernant Irving Penn, j'aime la diversité, la cohérence et la rigueur de son œuvre. Il aborde depuis plus de 50 ans des thèmes aussi variés que le portrait, le nu, la nature morte, la photographie de mode avec le même regard et une économie de moyens qui sont également inhérents à mon écriture photographique. Il a également, au cours de nombreux voyages, effectué des portraits à caractère anthropologique, Worlds in a Small Room, utilisant un studio ambulant comme je le fais durant mes voyages. Par ailleurs, il est devenu un ami très proche depuis plusieurs années, ses conseils, son expérience et nos échanges me sont précieux.
"Le regard à l'oeuvre" - Exposition jusqu'au 14 janvier 2007 - Ecole nationale supérieure des beaux-arts (Ensba) - 14, rue Bonaparte - 75006 Paris - Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 13 heures à 19 heures.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-840083,0.html?xtor=RSS-3246

