Des prix raisonnables pour les bijoux XIXe siècle
Par un hasard du calendrier, deux ensembles de bijoux réalisés au XIXe siècle par les joailliers Castellani et Giuliano sont mis en vente mercredi 6 décembre. Ce jour-là, Sotheby's disperse à New York 154 lots issus de la collection Judith H. Siegel sur une estimation de 3 000 à 150 000 dollars (2 280 à 114 000 euros). Plus modestement, Christie's présente à Londres une quarantaine de pièces dans une fourchette de 1 500 à 30 000 livres sterling (2 220 à 44 430 euros). Cet éclairage sur deux bijoutiers réputés révèle la cote encore raisonnable des bijoux qui s'inspirent de l'histoire.
Le XIXe siècle s'est inspiré du passé pour le recomposer ou le pasticher. Cette tendance connaît son apogée sous le Second Empire. "La période Napoléon III, à partir de 1852, est très riche visuellement, observe l'historienne du bijou Valérie Goupil. Tout le monde s'y retrouve car il n'y a pas un mais plusieurs styles, comme le naturalisme, le japonisme, le néogothique ou le retour à l'Antique."
C'est à la famille Castellani qu'on doit ce retour à l'Antique. Fondée à Rome par Fortunato Pio Castellani (1794-1865), cette maison a remis au goût du jour les motifs étrusques, grecs ou byzantins. Elle renoua de fait avec des procédés anciens comme le filigrane et la granulation. Aux diamants, les Castellani préférèrent les camées, mosaïques ou pierres de couleur taillées en cabochon.
Ils furent aussi célèbres pour la restauration et le catalogage de la collection de bijoux archéologiques du marquis Giovanni Pietro Campana, aujourd'hui au Louvre. Ce fonds leur inspira d'ailleurs de nombreux pastiches. Sotheby's propose ainsi pour 30 000 dollars un pendentif copiant un Bacchus de modèle étrusque issu de la collection Campana. Il faut compter 15 000 dollars pour une broche en micro-mosaïque représentant une tête de Méduse.
Nonobstant la finesse du travail, l'absence de grosses pierres précieuses explique ces prix abordables. "Pendant longtemps, ces bijoux n'ont intéressé qu'un petit cercle d'amateurs et d'archéologues, rappelle Gabriella Mantegani, spécialiste de Sotheby's. Ce sont des pièces intimistes, proches des objets de vitrine."
L'influence des Castellani se perçoit chez le Parisien Eugène Fontenay (1823-1887). En 2004, une paire de pendants d'oreilles en or ornés d'émaux, créée par Fontenay vers 1876, s'est adjugée pour 7 200 euros à Drouot. L'inspiration antique imprègne aussi de nombreux travaux anonymes. C'est le cas d'une parure de camées en pierre de lave, ayant appartenu à l'écrivain George Sand et que Tajan vend le 11 décembre sur une estimation de 2 500 à 3 500 euros.
Associé à partir des années 1860 à certaines fabrications de Castellani, le Londonien Carlo Giuliano (1831-1895) doit sa notoriété aux bijoux inspirés de la Renaissance. Le 6 décembre chez Sotheby's, un collier réalisé dans cette veine vers 1870 est à saisir pour au moins 100 000 dollars. En France, les styles gothique et Renaissance nourrissent le travail de Jules Wièse (1818-1890). Ouvrier puis contremaître chez Froment-Meurice, Wièse forma son propre atelier en 1844. En 2003, un set de broche et pendants d'oreilles en argent vermeillé et émail rehaussé de pierres, réalisé par Wièse pour Froment-Meurice, a décroché 7 900 euros à Drouot. De Wièse, Sotheby's affiche le 18 décembre à Paris un collier formant bracelet. Constitué de quartefeuilles ornées en alternance de têtes d'inspiration gothique, il est estimé 15 000 à 20 000 euros.
Le gros des ventes publiques sur le XIXe siècle se compose néanmoins de bijoux anonymes. D'après le consultant Christian Sicard, on peut en dénicher pour moins de 1 000 euros. La maison de ventes Giafferi présente ainsi le 11 décembre à Drouot un collier de chien en argent et velours estimé de 500 à 600 euros. Le lendemain chez Christie's à Paris, les amateurs devront toutefois miser entre 15 000 et 20 000 euros pour emporter un gracieux collier XIXe. La présence de diamants de taille ancienne justifie cette estimation coquette.
Vente Castellani & Giuliano, le 6 décembre chez Sotheby's, à New York. Rens. : 01-53-05-53-05.
(Source : Roxana Azimi, Le Monde)