La laque, patrimoine artistique du Vietnam
Outre les gongs des hauts plateaux du Centre et la musique de cour de Huê, la laque vietnamienne est digne d'être classée "patrimoine mondial de l'Humanité" de par son originalité et ses qualités artistiques.
Les tons ardents et clairs de la peinture sur laque vietnamienne, l'acajou et le noir brillant, le doré éblouissant fascinent les passionnés et intriguent le public qui n'est pas encore familiarisé avec cet art. Le rouge de la peinture à l'huile "blêmit" à côté du vermillon de la laque. "La laque, perfectionnée au fil du temps, sera un souvenir que les Vietnamiens, combattants pour la liberté et la paix, souhaitent remettre aux artistes du monde pour contribuer à l'édification d'un nouvel espace artistique pour l'Humanité", tel est le commentaire du peintre Tô Ngoc Vân lors du Congrès national de la culture tenu le 19 juillet 1948, qui est considéré comme un bilan sur la situation de la peinture sur laque faisant foi. L'histoire de ces 7 dernières décennies témoigne du dynamisme de cet art sur l'ensemble du pays. Cette fierté nationale est encore vivace, comme le montre l'exposition organisée récemment à l'Université des beaux-arts de Hanoi à l'occasion de l'APEC, qui a brossé un panorama avec 96 œuvres historiques de 81 artistes de l'École des beaux-arts de l'ancienne Indochine.
Malgré l'ouverture tardive (1925-1927) de la faculté de peinture dans cet établissement, la laque vietnamienne ne cessa de s'épanouir au fil des années. À la recherche de la beauté, les peintres ont voulu se libérer de "l'immobilisme" de l'ornement pour tenter d'atteindre la richesse intérieure de la vie, ses métamorphoses, ses frémissements, et dévoiler les subtiles émotions de l'existence grâce à un esprit libéré de tout carcan, estime le peintre Quang Phong.
Les artistes emplissent leurs œuvres de nuances fraîches, entremêlant la modernité de leur approche et la tradition de leurs matériaux. L'histoire vietnamienne des beaux-arts se rappellera à jamais le Cây tre bong nuoc de Trân Quang Trân ou de la découverte du bleu de Nguyên Sang. En outre, le maître Nguyên Gia Tri a introduit la peinture dans la laque, combinant ainsi avec succès la décoration à la peinture. Des artistes célèbres tels que Tô Ngoc Vân, Sy Ngoc, Hoàng Tich Tru... sont quant à eux des dignes successeurs de leurs maîtres. Le trio de peintres Nguyên Sang, Ngyên Tu Nghiêm et Nguyên Tiên Chung, malgré leur approche contemporaine, intègrent dans leurs œuvres des traits spécifiques de l'art national.
La créativité et l'initiative guident l'art. En s'appuyant sur les travaux de leurs prédécesseurs, les jeunes peintres poursuivent leur quête de nouvelles techniques et de nouveaux thèmes, par exemple en échappant au diktat figuratif. La tradition de la laque se transmet non seulement de génération en génération, mais transcende aussi son cadre pour s'adresser à l'Humanité tout entière. "Le Vietnam possède un patrimoine artistique extrêmement original : la laque. J'ai visité le Japon, la Chine et l'Indonésie - pays renommés pour la laque et ses laquiers, mais j'avoue que celle de Phu Tho (Nord) est unique. Vous devez porter fièrement les couleurs de votre héritage national et demander à l'UNESCO de le reconnaître comme patrimoine culturel mondial", a affirmé l'architecte américaine Lisa Surprenant lors de sa visite de l'exposition susmentionnée. (Khac Phuc/CVN)