La civilisation nationale dans les eaux du Sông Huong
La rivière des Parfums - Sông Huong - est bien connue des habitants de Huê. Ce cours d'eau coule paisiblement à proximité du palais royal, dans l'ancienne capitale vietnamienne.
Cependant, peu de gens savent qu'elle cache en son sein un trésor inestimable : des vestiges de céramique antiques, témoignage d'une civilisation vieille de 2.000 ans.
Propriétaire de plus de 10.000 objets repêchés dans la rivière des Parfums, le chercheur Hô Tân Phan consacre son temps à les décrypter. Retraité depuis 30 ans, l'archéologue Hô Tân Phan ne cesse pourtant pas d'assouvir sa passion : réunir et faire parler les objets antiques. Sa modeste pension de retraite est exclusivement consacrée à l'achat d'antiquités en céramique retirées par des pêcheurs du fond de la rivière des Parfums.
L'histoire a commencé le jour où son épouse, une sage-femme de Huê, accouchait une femme appartenant à une famille de pêcheurs vivant à bord de bateau sur la rivière des Parfums. Une intervention si difficile qu'on aurait perdu l'espoir de voir réussir l'accouchement. Pour remercier la sage-femme, le modeste pêcheur lui offrit quelques vases en céramique repêchés des eaux. Ce cadeau a d'emblée attiré l'attention de M. Phan qui, de ses yeux d'expert, a repéré un "témoin vivant" de la civilisation nationale. Notre chercheur se livre depuis à la chasse aux antiquités dissimulées au fil des siècles dans le cours d'eau de sa ville natale.
Remontant la rivière des Parfums, le vieux chercheur s'efforce de découvrir en priorité des céramiques dites de "populaires". Pour Hô Tân Phan, "par rapport aux objets de luxe, les objets populaires illustrent davantage le caractère communautaire des Viêt, parce qu'ils sont étroitement liés à la vie quotidienne des hommes de la rue, de leur naissance à leur décès". Une seconde raison, toute simple, renforce sa préférence : ses modestes revenus ne lui permettent pas d'acquérir des objets luxueux.
Trente ans au fil du Sông Huong
Plus M. Phan remonte le cours de la rivière, plus il découvre la richesse de ces trésors cachés au fond des eaux. Et de regretter qu'ils soient "jugés" négligeables. Considérés par les riverains comme des déchets, bon nombre d'anciens vases, marmites, disques, bols repêchés sont laissés éparpillés ici et là, sur la berge. "Pire encore est la dévastation par les dragages qui, en exploitant le sable, ont dévasté tant d'antiquités de valeur", se plaint l'archéologue. Il aspire alors à un projet ambitieux : organiser une fouille de ce trésor qui fait partie intégrante de la culture nationale. En attendant que son rêve soit exaucé, il se contente de chercher et d'amasser des antiquités laissées à l'abandon.
Une bibliothèque céramique
M. Phan possède une collection impressionnante : plus de 10.000 objets, intacts ou légèrement ébréchés. Il nous révèle que les céramiques du Sông Huong appartiennent à diverses époques, du temps de Dông Son (av. J.-C.) aux dynasties des Ly (11e siècle), Trân (13e siècle) ou Lê (15e siècle). La rivière des Parfums contient aussi des spécimens de la civilisation du Champa (3e-10e siècle), dont certains datent de quelques dizaines de siècles. Chose remarquable : tous les objets trouvés ont été utilisés par l'homme.
Avec minutie, M. Phan prend dans sa main un vase arrondi d'un brun foncé, puis tourne, de son autre main, dans le livre Les bases de l'archéologie écrit par les professeurs Trân Quôc Vuong, Hà Van Tân et Diêp Dinh Hoa, à la page 298 qui dépeint l'image d'un "vase datant de l'époque dôngsonienne", modèle quasi identique au sien. Une belle façon d'exprimer sa satisfaction. Il est fier aussi de ses collections de pots à chaux, de services à thé, ou de marmites en terre cuite, placées avec soin sur des étagères. "Ils proviennent d'époques différentes et témoignent de l'évolution de la civilisation vietnamienne", précise-t-il. Consciencieusement, M. Phan s'attèle à "dévoiler" les secrets de ces antiquités. Il y voit, par exemple, les coutumes d'antan de la communauté Champa, sa vie quotidienne, son organisation sociale.
La collection gigantesque de M. Phan a même étonné des spécialistes en histoire et en archéologie. De son vivant, le professeur Trân Quôc Vuong s'est rendu maintes fois chez lui pour contempler "un trésor admirable sorti des eaux". Pour cet historien de renom, "ces objets revêtent une grande valeur scientifique et un caractère humain fascinant". Une telle quantité de choses suffirait à baptiser cette collection "une bibliothèque céramique extraordinaire". (Nghia Dàn/CVN)