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Alain.R.Truong
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Alain.R.Truong
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30 septembre 2007

L'habitat rural traditionnel du delta du fleuve Rouge

1Le delta du fleuve Rouge était le berceau de la culture des Viêt ou Kinh, ethnie majoritaire du Vietnam avec 86% de la population du pays. À travers les siècles, du Nord au Sud, les Viêt ont suivi les mêmes approches dans la construction de leurs maisons.
Ils doivent tenir compte de 3 facteurs : le climat tropical, la prédominance de la riziculture et syncrétisme religieux amalgamant, les très vieilles croyances populaires (culte de la fécondité) avec le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme.

Les relations cosmiques entre Ciel-Terre-Homme à travers le jeu antagoniste et complémentaire des principes mâle (Yang) et femelle (Yin) et des 5 éléments de base (eau, feu, bois, métal, terre) trouvent leur expression en architecture dans la géomancie ou l'art du phong thuy (vents et eaux). Le choix du site dépend des configurations du terrain, cours d'eau, mares et étangs, montagnes et collines, végétation et de l'horoscope du propriétaire, facteur déterminant du bonheur et de la chance des membres de la famille.

On choisit la date et l'heure fastes à chaque étape de la construction pour s'assurer la protection du Ciel, des génies, des âmes des ancêtres, de Bouddha selon un rituel bien établi. Il faut des rites propres à chaque opération : le phat môc (pour préparer les matériaux de construction), le dông thô pour le premier coup de pioche, le thuong truc pour dresser les murs et les colonnes, le truong luong pour la poutre faîtière, le nhâp trach lorsqu'on pénètre dans la maison pour la première fois. Pour se protéger des mauvais esprits, on suspend des amulettes au mur ou en enterre sous le sol.

Les maisons rurales ne sauraient être conçues sans leur cadre, le village dont l'emplacement obéit à certains principes. Il doit être proche des lieux d'importance vitale (rizières, eaux, rivière, littoral maritime, route, grand marché, points élevés pour être à l'abri des inondations).

Comment se constitue un village ? À l'origine, une communauté de migrants appartenant à un ou plusieurs clans familiaux vient s'établir sur un site pour construire des maisons. Le hameau devient village. S'il est trop grand, une nouvelle ruche se construit ailleurs, essaimage.

Les rizières peuvent entourer, border le village ou s'y mêler. Les villages sont entourés d'une haie de bambous qui en font des îlots. Les rues principales, souvent pavées de briques, mènent à la maison communale, à la pagode, au puits, au marché.

Dans le village, chaque maison traditionnelle forme un ensemble équilibré. La symétrie offre une position centrale à l'autel des ancêtres parfois flanqué de l'autel de bouddha. De grands arbres sont plantés autour de la mare adjacente à la maison et près de la haie vive servant de clôture. Derrière la maison, le potager et l'aire de séchage. La mare, le plus souvent résultant des travaux de terrassement pour la construction de maison, sert à évacuer les eaux de pluie, à fournir l'eau d'arrosage et à élever des poissons. La cour devant la maison ne barre pas la voie aux bénédictions venues du ciel. On y plante des aréquiers et des plantes basses qui n'arrêtent pas le vent. Une diction recommande : "Plante les aréquiers devant et les bananiers derrière". Le soubassement de la maison est plus élevé que la cour.

Une citerne ou quelques jarres de terre cuite servent à recueillir l'eau de pluie du toit. Le puits, la cuisine, la porcherie et les autres dépendances sont à droite ou derrière le bâtiment principal pour éviter la fumée et les odeurs mauvaises. La façade regarde le Sud pour accueillir les effluves bénéfiques et le vent frais. Elle est souvent précédée d'une véranda large d'un à 2 m, couverte devant la porte par une claie de bambou qui sert de protection contre la pluie et le soleil. Sous la véranda, qui établit un courant d'air et le vent frais, on peut sécher du linge quand il pleut. Aucune baie n'est pratiquée aux murs latéraux et de derrière, pour prévenir l'infiltration des voleurs, -aussi l'intérieur est-il sombre, mais frais. La porte d'entrée, pratiquée dans la clôture, doit éviter l'axe principal de la maison (sauf dans le cas d'un temple) de peur d'affronter les effluves néfastes. Les allées qui mènent à la maison sont bordées de plantes d'agrément.

La maison en général sans étage, a un toit incliné et bas. Elle comprend 3 travées délimitées par des colonnes. La travée du milieu réservée à l'autel des ancêtres installé sur une grosse table-malle (ruong) est précédée d'un lit de camp. Les 2 travées à droite et à gauche ont des lits pour les enfants ou les visiteurs. D'autre part, les travées des appentis latéraux sont transformées en chambres pour le chef de la famille et sa femme, et aussi pour emmagasiner les possessions et ustensiles d'usage quotidien.

Le plancher n'est jamais dallé mais est en terre battue pour permettre l'interaction harmonieuse des principes Yin et Yang. Les éléments de la charpente sont fixés entre eux par des tenons et des mortaises et reposent sur 4 ou 6 colonnes. La disposition des poutres détermine le compartimentage (travées). Le toit est couvert de tuiles.

Les maisons en briques et couvertes de tuiles étaient plutôt rares dans l'ancien Vietnam où la majorité des habitations étaient des paillotes aux murs de torchis et au toit couvert de chaume, de paille, de feuilles de latanier.

Dans la 2e moitié du siècle dernier, surtout depuis la politique du Renouveau (1986) qui a amélioré le niveau de vie, on construit beaucoup à la campagne. Les bâtiments en dur remplacent les paillotes. On comble les mares, efface les jardins pour élargir l'habitat, un mélange architectural hétéroclite apparaît. Relativement plus de confort, mais le charme bucolique du village traditionnel a disparu. (Huu Ngoc/CVN )

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