Taryn Simon, "An American Index of the Hidden and Unfamiliar" à la Galerie Almine Rech, Paris
Taryn Simon, White Tiger (Kenny), 2007.(Courtesy Galerie Almine Rech © Taryn Simon)
Pour cette nouvelle exposition, Taryn Simon dresse un inventaire de l'Amérique actuelle. Ses photographies saisissent l'invisible au quotidien, tous ces éléments ordinaires qui, en dépit de leur insignifiance, construisent chaque jour notre identité collective.
Pour ce projet, Taryn Simon endosse le double rôle d’informateur averti et de collectionneuse de curiosités, dressant un inventaire de ce qui se dissimule à la marge de l’Amérique. C’est par une documentation minitieuse sur divers sujets touchant à la science, au gouvernement, à la médecine, à l’industrie du divertissement, à la nature, à la sécurité et à la religion, qu’elle se livre à un examen de la culture américaine. En conférant à l’inconnu une forme intelligible et séduisante, Taryn Simon s’attaque au fossé qui sépare ceux qui possèdent le privilège de l’accès au savoir et ceux qui en sont dépourvus.
Ses compositions parfois éthérées, parfois inquiétantes, prises avec un appareil photo grand format quand les conditions le permettent, sont aussi variées que leur objet, allant des capsules de déchets radioactifs dans un site de retraitement à un ours noir en hibernation. Permettant de voir ce qui d’ordinaire n’est pas visible, les photographies d’«An American Index» capturent la magie étrange qui permet à une identité nationale de se forger.
An American Index of the Hidden and Unfamiliar est publié chez Steidl et comporte un avant-propos signé par Salman Rushdie, une introduction rédigée par Elizabeth Sussman et Tina Kukielski, ainsi que des commentaires par Ronald Dworkin.
Taryn Simon, Cryopreservation Unit, Cryonics Institute. Tirage chromogénique. Clinton Township, Michigan. 95 x 113 cm (Courtesy Galerie Almine Rech. © Taryn Simon)
L'unité de cryopréservation conserve les corps de Rhea et de Elaine Ettinger, la mère et la première femme du pionnier de la cryogénisation, Robert Ettinger. Robert, auteur de La perspective de l'immortalité et de De l'homme a Superman, est toujours en vie.
L’Institut de Cryogénisation (« Cryonics Institute ») propose des services de cryostase (congélation) après la mort de personnes et d’animaux domestiques. La cryostase est pratiquée dans l'espoir que les futurs progrès de la science, de la technologie et de la médecine permettront de prolonger la vie. Au cas où ces progrès se réaliseraient et au moment où ils se réaliseront, les membres de l'Institut espèrent se réveiller pour une vie prolongée en bonne santé, sans être malades ni affectés par le processus du vieillissement. La cryostase doit commencer immédiatement après le constat juridique du décès. On injecte à la personne ou l’animal domestique de substances antigel et on la refroidit rapidement à une température arrêtant virtuellement la décomposition physique. L'Institut fait payer pour la cryostase un prix de 28 000 $ si on l’a prévue bien avant le constat juridique du décès, et 35 000 $ pour un délai plus court.
Taryn Simon, Nuclear Waste Encapsulation and Storage. Tirage chromogénique. Hanford Site, U.S. Department of Energy. Southeastern Washington State. 95 x 113 cm (Courtesy Galerie Almine Rech. © Taryn Simon)
Le site de Hanford abrite, immergées dans un bassin d'eau, 1936 capsules en acier inoxydable de déchets nucléaires contenant du césium et du strontium. Combinées, elles contiennent plus de 120 millions de curies de radioactivité. Ce site est considéré comme le lieu concentrant le plus grand nombre de curies aux États-Unis. La lueur bleue est le résultat de l'effet Cherenkov qui matérialise les radiations électromagnétiques émises quand une particule chargée, qui libère son énergie, passe plus vite que la lumière à travers une matière transparent. La température des capsules atteint 165 °C. Le bassin d'eau sert de bouclier contre les radiations ; un être humain qui se tiendrait sans ce bouclier à une distance de 30 centimètres d’une capsule recevrait une dose de radiation mortelle en moins de 10 secondes. Hanford est l'un des sites les plus contaminés des États-Unis.
Taryn Simon, U.S Customs and Brother Protection, Contraband Room, JKF Airport. Queens, New York . Tirage chromogénique. 95 x 113 cm (Courtesy Galerie Almine Rech. © Taryn Simon)
Agoutis (ou rats des roseaux) infestés de parasites, ignames (dioscorea), tubercules des Andes, courges du Bengladesh, viande de brousse, cherimoya, feuilles de curry (murraya), écorces d’orange séchées, œufs frais, escargot africain géant, coiffe en crâne d’impala, graines de jaquier, prune de Cythère, noix de cola, mangue, okra, fruits de la passion, truffe de porc, bouches de porc, porc, volaille crue (poulet), tête de cochon sud-américain, citrons verts asiatiques infectés de chancres bactériens, canne à sucre (poaceae), viandes crues, plantes subtropicales non identifiées dans de la terre.
Tous ces articles ont été saisis dans les bagages de passagers arrivant aux États-Unis au Terminal 4 de l’aeroport JFK après un voyage à l'étranger de plus de 48 heures. Ils sont identifiés, analysés puis broyés ou incinérés. L'aéroport JFK controle plus de passagers internationaux que n'importe quel autre aéroport des États-Unis.
Taryn Simon est née à New York en 1975. Diplômée de la Brown University, elle a été lauréate d’une bourse Guggenheim.
Les photos de Taryn Simon ont été exposées aux États-Unis et en Europe, y compris lors d’expositions individuelles dans les lieux suivants : le Whitney Museum of American Art, New York ; le Kunst-Werke Institute for Contemporary Art, Berlin ; le P.S.1 Contemporary Art Center, New York ; le High Museum of Art, Atlanta ; et enfin le Museum für Moderne Kunst (MMK), Francfort. On a parlé de ses photographies et de ses textes dans de nombreux magazines et émissions de télévision, dont le New York Times Magazine, The New Yorker, CNN, la BBC, Frontline et NPR.
Du 16 février au 15 mars 2008, Galerie Almine Rech



