Vos montres sont-elles glunge ?
Si vous n’avez pas encore percuté sur glunge, additionnez grunge et glamour et vous trouverez. C’est donc, selon les irrésistibles gourous de la mode, la prochaine tendance.
Selon un des papes de cette élégance glunge, Rick Owens (ci-dessus), un couturier d’avant-garde qui a fait ses premières armes à Paris avant de préparer son prochain débarquement à New York (il a tout de même 250 points de vente dans le monde et un fichier de clientes en forme de bottin people), l’idée est de créer des objets de luxe – vêtements, évidemment, mais on peut penser à d’autres accessoires – « dont la poignante beauté réside dans l’imperfection ».
Pour mémoire, rappelons que Rick Owens, qui ne fait pas la moindre publicité et qui n’accorde jamais la moindre interview (c’est à ça qu’on reconnaît les vrais gourous) a vu ses premiers défilés parrainés par Vogue (dès 2002) et ses premières collections ont trusté différents awards dans l’univers de la mode.
Et précisons que tous ces chiffons so glunge sont évidemment facturés au prix de l’ultra-luxe !
Donc, le nouveau chic pourrait être le non-chic très chic tout de même, l’élégance non voulue mais très travaillée et volontairement non finie pour laisser place à l’imagination, au doute et à la sublimation…
Quelque chose comme le David de Michel-Ange avec une barbe de trois jours et de touchantes poignées d’amour ou, pour reprendre une délicate expression de l’honorable Rick Owens, quelque chose comme « la plus sexy top-model du monde, surprise en talons hauts, robe de soirée relevée, en train de pisser entre deux voitures dans un parking »…
Déjà plus de 14 000 entrées pour glunge sur Google.
(Source : The New Yorker 10 mars 2008)
Le glunge – concept qui ne dépassera peut-être pas la saison, mais qui semble promis à un certain avenir – est un « signal faible » comme l’univers des créateurs de formes et de styles en adressent parfois à l’ensemble de la société. Il y a cinq ans, un autre « signal faible, le bling bling des rappers américains, annonçait ainsi le retour en forme du diamant, de l’épate-bourgeois clinquant et du mauvais goût réunis.
Le glunge concerne-t-il l’horlogerie ? Oui, dans la mesure où ce mot-valise peut dessiner une évolution possible du luxe.
Quand on constate le succès de la collection Romain Jerome sur les marchés internationaux, on s’interroge : quand la rouille et la poudre de charbon deviennent un des beaux-arts de la montre (en haut), on comprend que les temps sont mûrs pour d’autres références stylistiques que le poli bloqué ou le Poinçon de Genève.
Chez B.R.M., on reste proche de cette esthétique « brute de fonderie », avec des traces d’usinage fièrement revendiquées et assumées sur des complications vendues plusieurs dizaines de milliers de francs, de dollars ou même d’euros.
Chez Gérald Genta, la Gefica en bronze ouvre la porte à une nouvelle génération de montres bio-évolutives, dont chacune vieillira de façon différente selon le mode de vie du porteur. D’autres montres en bronze sont déjà sur le marché, notamment une deLaCour, en bronze de campanile.
D’autres marques pourraient être tentées par des finitions techno-industrielles et des états de surface moins « léchés » que les normes classiques de la bienfacture horlogère. On l’avait pressenti dans le retour de la vis apparente (Hublot et tant d’autres), voire désormais du boulonOn le devine déjà dans la mode des cuirs vintage, dans les bracelets en peaux « tatouées » (c’est le style des scarifications lancées par les chaussures Berluti), dans le retour massif du mat sur le poli ou le satiné. (www.worldtempus.com)
