*ANSELM KIEFER (ne en 1945) - LASST TAUSEND BLUMEN BLÜHEN (LET A THOUSAND FLOWERS BLOOM), 2000
*ANSELM KIEFER (ne en 1945) - LASST TAUSEND BLUMEN BLÜHEN (LET A THOUSAND FLOWERS BLOOM), 2000
Huile , résine, émulsion et roses séchées sur toile - Titrée en haut à gauche - 170,2 x 189,9 cm (67 x 743/4 in.) - Estimé : 300 000 / 400 000 €
Provenance :
- Acquis directement auprès de l'artiste
- Anthony d'Offay Gallery, Londres
Exposition :
- Anthony d'Offay Gallery, Londres "Anselm Kiefer - Let a Thousand Flowers Bloom", du 3 novembre au 12 décembre 2000
- Louisiana Museum of Modern Art, Humlebaek, Danemark, "Anselm Kiefer", du 15 juin au 23 septembre, 2001
Bibliographie :
- Thomas McEvilly, "Anselm Kiefer - Let a Thousand Flowers Bloom", Anthony d'Offay Gallery, Londres, 2000
Note: En jachère, l'œuvre d'Anselm Kiefer dans une dramaturgie picturale puissante laisse se rencontrer la matière, l'Histoire et la poésie. Véritable champ de création, son œuvre se nourrit de mémoire…pour mieux se départir du passé
Cet herbier recèle donc un rôle symbolique, puisque cultivées et cueillies par lui même, les fleurs sont pour lui l'image la plus juste de : la métamorphose : la graine, l'éclosion, la mort. Et à la question qu'est celle de devoir se rappeler, Kiefer en affirme une autre : comment se rappeler ?...Restaurant les traumatismes humains, afin d'interroger les fondements de l'humanité, l'artiste sonde les arcanes de l'horreur réfutant de tout son art cette phrase d'Adorno qui le hante :
« Peut-on encore écrire après Auschwitz ? »
En retrouvant le centre de gravité de la mémoire humaine balafrée de douleur, Kiefer fait sienne la phrase de son amie Ingeborg Bachmann : « J'ai vu le pays du brouillard, puis j'ai mangé le cœur du brouillard ». En retrouvant la douleur, Kiefer découvre le deuil.
« Pour se connaître soi, il faut connaître son peuple, son histoire…J'ai plongé dans l'Histoire, réveillé la mémoire, non pour changer la politique mais pour me changer moi et puiser dans les mythes pour exprimer mon émotion. C'était une réalité trop lourde pour être réelle, il fallait passer par le mythe pour la restituer » confie t-il.
A la mythologie et la cosmogonie, l'artiste insuffle également la poésie dans chacune de ses œuvres. Référent utilisé comme un ferment, qu'il distille par des fragments de phrases ou de mots. Qu'ils soient de Paul Celan ou d'Ingeborg Bachman, Kiefer emprunte les souvenirs de ses amis pour faire de leur témoignage une parcelle de notre mémoire commune. Car en chaque homme crie une fragilité de l'Histoire.
Mao dans cette œuvre apparaît saturé de matière, comme enseveli, sous une toile crayeuse et terne. Mais « plus vous restez devant mes tableaux, plus vous découvrez les couleurs. Au premier coup d'œil, on a l'impression que mes tableaux sont gris mais en faisant plus attention, on remarque que je travaille avec la matière qui apporte la couleur » dit-il.
Sans doute est-ce venu le temps d'une floraison nouvelle, que vient corroborer le titre de l'œuvre...et à Mao comme à l'Histoire, trop sombre, de disparaître. Si selon la théorie de Robert Fludd, auquel se réfère souvent Kiefer, chaque fleur est la réplique d'une étoile alors gageons que l'artiste (qui, comme beaucoup, croyait le ciel éteint) vibre de la même espérance qu'Oscar Wilde, qui pensait que nous étions tous dans le même caniveau, mais que certains d'entre nous regardaient les étoiles…
Cornette de Saint Cyr Paris. Art Contemporain - Partie I. Vente du 5 avril 2008
