Hokusai "L'affolé de son art" d'Edmond de Goncourt à Norbert Lagane au Musée Guimet
Thirty six views of Mont Fuji ( Fugaku sanjûrokkei) (detail). Ejiri in the province of Suruga (Sunshû Ejiri), 1830-1832. Polychrom print (nishiki-e), ôban format . Publisher : Eijudô. Signature : zen Hokusai Iitsu hitsu. Raymond Koechlin bequest, 1932 EO 3286 © musée Guimet / Thierry Ollivier
PARIS.- Musée National Des Arts Asiatiques Guimet presents Hokusai - "mad about his art” From Edmond de Goncourt to Norbert Lagane, on view through August 4, 2008. A complete exhibition on the Japanese artist that had the longest lasting influence on Western art. The exhibition was curated by Hélène Bayou, Chief Currator of the Musée national des arts asiatiques Guimet.
The Guimet Museum organized the first retrospective of its entire Hokusai collection, following the addition of major works. Including recent discoveries, this is a new look at the work of one of the masters of Japanese prints. It is presented to the public in tribute to a great benefactor: Norbert Lagane.
Katsuchika Hokusai (1760-1849) created thousands of paintings, drawings, woodcuts, illustrated books and technical manuals intended for painters and craftsmen. The Guimet Museum’s graphic art collection today houses around 130 works attributed to him. Polychrome prints as famous as the Thirty-six views of Mount Fuji are found next to preparatory drawings, sketches and some paintings which throw light on another facet of this painter’s creative activity. Hokusai influenced the genre of Japanese woodcuts – Ukiyo-e or “Pictures of the floating world”, so called because they described the pleasurable life of courtesans, dancers and kabuki actors. But it has stretched far beyond, inspiring European collectors and painters such as Degas, Van Gogh, Gauguin, Monet, etc (the latter possessing a very rich collection of prints), and thus giving rise to “Japanism”.
Even so, despite the renown that this maestro has enjoyed in Europe, and in France in particular, since the beginning of the 19th century, no exhibition devoted solely to Hokusai has ever been organised by the Guimet Museum. An outstanding gift made in 2001 enabled a painting by Hokusai never before displayed to enter the Museum’s collections: the Dragon among Clouds, a kakemono included in Norbert Lagane’s donation. As it turns out, this forms a pair with the famous Tiger in the Rain scroll, housed in the Ota Memorial Museum of Art in Tokyo. Two sales from the Huguette Berès collection organised in Paris in 2002 and then in 2003 as part of the late Mme Berès’s estate, also gave the Museum the chance to acquire a series of preparatory drawings, as well as an extremely rare print of Mont Fuji in Blue. As a footnote to these discoveries, the project undertaken in 2006 to restore artworks included scientific analyses of the type of paper and pigments used.
Hokusai and his followers - These acquisitions led the Guimet Museum finally to present the Hokusai collection in its entirety to the public. His life, a moving quest for perfection, is explained through the exhibition in six major periods. His famous landscape prints are joined by beautiful young women and woodcuts with erotic connotations (shun-ga – images of spring). Since the origin of the Ukiyo-e woodcuts, the subject of Woman had been one of the themes especially favoured by artists, and popular with the public. Less well-known works (having never been published) or certain paintings hitherto unseen, complete this ensemble. Barely recognised in Japan, victims of censorship, these artists produced art that was considered lightweight and populist by the elites of the day.
Du 21 mai au 4 août 2008.
Autoportrait, Vers 1840-1849, Encre et sanguine sur papier, Don Henri Vever, 1912, EO 1456 © musée Guimet / Thierry Ollivier
« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Ecrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin. » Katsushika Hokusai, Postface aux cent vues du mont Fuji.
Deux carpes, Vers 1833, Impression polychrome (nishiki-e), format éventail (uchiwa), Editeur : Yamaden, Signature : zen Hokusai Iitsu hitsu, Legs Isaac de Camondo, 1911, EO 1901 © musée Guimet / Thierry Ollivier
Katsushika Hokusai (1760-1849), fût sans doute le plus célèbre des peintres et dessinateurs japonais de sa génération, le plus extraordinaire, et celui dont la renommée a le plus rapidement franchi les mers. Artiste polyvalent et complet, spécialiste de l’Ukiyo-e s’étant aussi réalisé dans l’écriture, son nom est depuis longtemps populaire en Europe et sa vie apparaît comme une quête touchante de la perfection se composant de six grandes périodes, parcours que retrace le fil de l’exposition. Artiste du peuple, il est mort presque ignoré, sinon méprisé de la classe aristocratique. La vogue énorme de son talent dans la classe populaire ne s’est guère étendue au delà des lettrés et des dilettantes de la petite bourgeoisie. La foule de ses admirateurs se recrutait principalement parmi les marchands, les artisans, les courtisanes et les habitués des maisons de thé de Edo (1603-1867, actuelle Tokyo). Si son influence resta quasi inexistante sur les écoles d’art classique de Kyoto, sur les nobles et le monde de la cour, elle fut, au contraire, décisive, sur l’évolution de l’Ukiyo-e et sur les destinées des arts décoratifs, tels que l’imagerie en couleurs et la décoration des objets usuels. Aujourd’hui, le Japon en est encore l’héritier. Hokusai marque la dernière étape de l’art national Nippon en estampe de paysage, avant l’invasion des modes et des idées européennes.
Trente-six vues du Mont Fuji (Fugaku sanjûrokkei) Sous la vague au large de Kanagawa (« la grande vague ») (Kanagawa oki namiura), 1830-32, Impression polychrome (nishiki-e), format ôban, Editeur : Eijudô, Signature : Hokusai aratame Iitsu hitsu, Legs Raymond Koechlin, 1932, EO 3285 © musée Guimet / Thierry Ollivier
Les Trente-six vues du Mont Fuji sont une série de 46 estampes réalisées par Hokusaï (1760-1849) et dont les dates d’édition s’étendent entre 1831-1833 et 1840. Elles représentent le mont Fuji depuis différents lieux, suivant les saisons. Cette série est aujourd’hui très célèbre car elle marque l’intégration dans les thèmes de la tradition japonaise (la plus ancienne de nombreuses représentations artistiques du mont Fuji semble datée du XIème siècle) des modes de représentation occidentaux, et en particulier de la perspective utilisée dans la peinture occidentale. Vers1830, Hokusai contacte probablement l’éditeur Nishimuraya Yohchi pour lui soumettre son projet de graver une série de grandes estampes de paysage sur ce thème unique. Dix estampes paraissent d’abord, dont la grande vague au large de Kanagawa, Le Fuji par temps clair et L’orage sous le sommet, souvent considérées comme les trois plus célèbres estampes japonaises et dont le succès fut immédiat. Les Trente-six vues du mont Fuji est une des premières séries entièrement consacrée au paysage mais réalisée en grand format (oban) et en cela Hokusai a révolutionné la peinture de l’époque. Cependant même si le Mont Fuji est l’élément principal de la série, il ne constitue pas son but ultime, le thème central qui habite ces estampes étant l’illustration du rapport entre l’homme et la nature : « Le thème des Trente-six vues du Mont Fuji est le rapport entre l’homme et la nature, et la plus grande invitation à approfondir ce rapport se trouve là, justement, où l’homme n’est pas représenté (ce qui ne l’empêche pas d’être présent - à travers l’œil du spectateur). » (Kenneth White)
Trente-six vues du Mont Fuji ( Fugaku sanjûrokkei) Vent frais par matin clair ( Gaifû kaisei), 1830-32, Impression polychrome (nishiki-e), format ôban, Editeur : Eijudô, Signature : Hokusai aratame Iitsu hitsu, Legs Charles Jacquin, 1938, AA 380 © musée Guimet / Thierry Ollivier
Les frères Goncourt
Les collectionneurs japonais du temps d’Edmond de Goncourt formaient un véritable cercle ; ils se connaissaient tous et se rendaient ensemble aux dîners des Japonisants, chez Véfour ou au café Riche. Parmi eux, Henri Vever, qui s’était installé bijoutier-joaillier en 1881, avec son frère Paul à Paris, offrit au Louvre en 1893, des estampes japonaises, les premières à entrer dans ce musée (elles sont maintenant au musée Guimet). Le charme et l’intérêt de la collection Goncourt est de ne s’être pas limitée aux geishas, aimant aussi ces carnets peints où « défilent des hommes, des femmes, des quadrupèdes, des oiseaux, des poissons, […] et jusqu’à un pétale de fleur, un caillou, un brin d’herbe ». Les Goncourt se refusèrent absolument à voir leurs collections disparaître dans les réserves des musées. D’autres collectionneurs ont préférés les céder aux grands musées nationaux. Enfin, certains réussirent (comme Émile Guimet, Henri Cernuschi, ou d’Ennery) à créer autour de leurs collections, leurs propres musées. Il faut attendre la fin du vingtième siècle pour que la véritable valeur historique de ces collections soit enfin reconnue. Lla mise en valeur récente du Panthéon bouddhique d’Emile Guimet, réunissant des œuvres uniques, montre combien les collectionneurs du XIXème siècle ont su former avec tact leurs collections.
Femmes jouant au jeu du renard, Attribué à Hokusai ou à son école, Vers 1800-1805, Paravent à 8 volets, encre et couleurs sur papier, Non signé, Don Henri Vever, 1922 (deux clichés) EO 2531 D1 © musée Guimet / Thierry Ollivier
Femmes jouant au jeu du renard, Attribué à Hokusai ou à son école, Vers 1800-1805, Paravent à 8 volets, encre et couleurs sur papier, Non signé, Don Henri Vever, 1922 (deux clichés), EO 2531 D2 © musée Guimet / Thierry Ollivier
La collection Berès
Cent Vues du Mont Fuji (Fugaku Hyakkei) Le Fuji dans les montagnes Totomi (Totomi sanchu no Fuji), 1834, Dessin préparatoire (encre sumi et sanguine sur papier) et planche imprimée du livre, Non signés, Acquisition, 2002 (anciennes collection Henri Vever puis Huguette Berès), MA 7065, a © musée Guimet / Thierry Ollivier
Pierre Berès, prince des libraires, a vu passer en quatre-vingts ans de carrière– en version imprimée ou autographe – nombre de trésors appartenant à l’histoire de la littérature mondiale, mais aussi plus largement à celle de la pensée humaine. L’une de ses femmes fonda la galerie éponyme, en 1951. Dès l’origine la galerie s’est spécialisée dans deux domaines très différents : l’art japonais et la peinture française des avant-gardes des XIXe et XXe siècles (les Nabis notamment). Renouant avec une tradition remontant aux frères Goncourt, elle a fait redécouvrir et apprécier l’art de l’estampe japonaise à des générations d’occidentaux, devenus de fidèles amateurs d’art japonais, en organisant plusieurs expositions qui eurent un grand succès en France et à l’étranger, notamment l’exposition Utamaro présentée en 1981 à Paris puis à Londres et dont le catalogue est devenu un ouvrage de référence. Décédée le 2 novembre 1999, deux ventes posthumes en 2002 puis 2003 eurent pour conséquence de permettre l’acquisition par l’Etat, de pièces majeures venues enrichir substantiellement le fonds japonais du musée Guimet, par l’acquisition d’un ensemble significatif de dessins préparatoires et un très rare tirage du Mont Fuji en bleu, issues d’une fabuleuse collection d’estampes japonaises due à sa passion, notamment pour Hokusai. Cette femme exceptionnelle était dotée d’un goût sûr qui ne se démentait pas malgré des acquisitions impulsives ; connue pour son perfectionnisme, aussi.
La donation Norbert Lagane
S’inscrivant dans cette mouvance, très tôt fasciné par le Japon, Norbert Lagane (1921-2004) commence par fréquenter les marchands d’art parisiens, puis exerce son œil en visitant les musées européens et américains. Son amitié avec Aoyama Saburo, antiquaire japonais installé Quai Saint Michel, est à l’origine de l’enrichissement d’une part de sa collection comme de son savoir encyclopédique. Désireux de faire partager son amour pour l’art japonais, ce généreux donateur procéda à la donation en 2001, d’une exceptionnelle collection constituée de 180 œuvres majeures, à l’attention du musée Guimet. Une dizaine de peintures –parmi lesquelles le désormais célèbre "dragon dans les nuages" de Hokusai, qui forme un diptyque avec le « tigre sous la pluie » du musée Ota de Tokyo-, et plus d’une centaine d’estampes, beaucoup de qualité exceptionnelle, sont ainsi venues rejoindre le fonds d’art japonais du musée Guimet.
Tigre sous la pluie, 1849, Encre sumi et couleurs sur papier, format kakémono Signature : Kyûjû rôjin Manji hitsu (peint par Manji, le vieil homme âgé de 90 Ans) Puis cachet Hyaku (Cent) (Ota Memorial Museum of Art) © Ota Kinen Bijutsukan
Dragon, 1849, Encre sumi et lavis bleu outremer sur papier, format kakémono, Signature : Kyûjû rôjin Manji hitsu (peint par Manji, le vieil homme âgé de 90 Ans) Puis cachet Hyaku (Cent), Donation Norbert Lagane, 2001, MA 12176 © musée Guimet / Thierry Ollivier








