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Alain.R.Truong
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10 juin 2008

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Les Beignets, vers 1782

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Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Les Beignets, vers 1782, lavis bistre sur trait de crayon noir, 24,5 x 38 cm. Estimation :
100 000/120 000 €.

Première idée jetée sur le papier, abrégé d’une composition, notation de mouvement, étude plus poussée... Le dessin peut être abouti, esquissé, ou croqué sur le vif. Greuze et Fragonard demeurent parmi les grands dessinateurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Contemporains et rivaux, ils emploient avec une égale maestria la sanguine, le crayon et, surtout, de l’encre et des lavis, bistre pour une teinte chaude dans la gamme des bruns, encre de Chine pour la palette des noirs et des gris. Jean-Honoré Fragonard poursuit l’étude du sentiment dans toute sa spontanéité, qu’il saisit aussi bien dans des scènes galantes que familiales. Ce peintre connu pour ses compositions galantes se voit pourtant dénoncé vers 1772-1773 comme le grand maître du "tartouillis". Avec Bergeret, il effectue un voyage en Italie, dont il rapporte maints dessins pris sur le vif : scènes de rues, mais aussi des paysages précurseurs du romantisme. De retour à Paris, ses sujets célèbrent de plus en plus l’enfance et la jeunesse - comme dans notre dessin. Une mère prépare des beignets dans une poêle ; la famille derrière elle se bouscule en attente des friandises, un enfant debout sur une table, "devant une jeune fille accoudée à ses pieds pour prévenir une chute tout en se pliant au jeu de la prosternation" écrit l’expert Patrick de Bayser. Sous la table, un jeune garçon chaparde un beignet tandis que le chien de la famille regarde attentivement la cuisson de ces gâteaux. La composition pyramidale est unifiée par la lumière des flammes dirigée vers les personnages et par le jeu des regards. L’expert ajoute : "La spontanéité y rejoint la grâce (...) dépourvues de poids moral des scènes de la vie familiale qu’un contemporain comme Greuze élabore au même moment." Ce dernier est justement ici représenté par une scène galante, plutôt conforme à l’esprit d’un Fragonard. Dessiné à la plume, à l’encre grise et au lavis gris, Le Confident dans la chambre à coucher s’abandonne à l’écoute d’une jeune femme au regard extatique. La scène est dévoilée par une mutine servante à... un chien assis sur une chaise, transformé en spectateur voyeur. Ce lavis, estimé 15 000 €, peut être rapproché des études réalisées à la fin des années 1760.
Mercredi 11 juin, salle 2 - Drouot-Richelieu. Millon & Associés SVV. MM. de Bayser.

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