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Alain.R.Truong
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28 juin 2008

Les collections de l'hôtel Masseran aux enchères

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La suite des salons imaginés par Brongniart pour Masseran (gaines Louis XIV par Oppenordt).

Masseran... C’est le nom d’un hôtel particulier dans le VIIe arrondissement de Paris, non loin des Invalides. Et, au passage, l’une des plus belles réalisations d’Alexandre-Théodore Brongniart, l’auteur du palais de la Bourse. Fer de lance de l’architecture néoclassique, il édifia cette bâtisse avec façade sur jardin en 1787 pour un grand d’Espagne, cousin de Louis XVI, Carlo Sebastiano Ferrero Fieschi. Masseran abrite aussi le souvenir des fabuleux bals costumés d’Étienne de Beaumont, ami de Cocteau et de Picasso, maître de cérémonie de ces folles années parisiennes, où l’on croisait Marie-Laure de Noailles en Louis XIV ou la princesse Poniatowski en impératrice du Siam. Après avoir été la propriété d’Élie et Liliane de Rothschild au milieu du siècle dernier, l’hôtel devint dans les années 70 la résidence parisienne du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, décédé en 1993. "L’homme de l’Afrique en France" avait réuni dans cette illustre bâtisse de 3 000 m2 une collection unique de meubles et d’objets d’art. Houphouët-Boigny vivait dans la capitale comme un vrai Parisien, grand amateur du goût et de la culture française. Aujourd’hui, la République de Côte-d’Ivoire, propriétaire de l’hôtel Masseran, vend les collections pour financer une restauration devenue impérieuse. Depuis la mort du dirigeant, la résidence souffre en effet d’un certain abandon. La vente, orchestrée par maître Osenat à Fontainebleau, est pour le moins l’évènement de cette saison, dispersion très attendue d’un public averti. "C’est comme si Paris décidait de vendre la Joconde pour payer la tour Eiffel", confie le commissaire-priseur. Car Houphouët-Boigny, ce "Français peint en noir", comme il aimait à le dire de son ami Léopold Sédar Senghor, avait une certaine idée du luxe... mais en fin connaisseur. Le "vieux" avait enrichi ses collections par des achats effectués auprès des plus grands marchands de la place parisienne. Au noyau dur - celui "laissé" par les Rothschild lors de la vente de 1978 -, il ajouta des meubles et des objets de provenances prestigieuses : collections des comtes d’Ashburnham et Anatole Demidoff, des barons Roslin d’Ivry, du prince de San Donato. Ainsi, il acquit auprès de la galerie Maurice Segoura le salon du Père Gourdin, classé monument historique, provenant des collections des comtes de Sade au château de Condé-en-Brie (150 000/200 000 €), tout comme les deux bas d’armoire en marqueterie de cuivre et d’écaille brune du XVIIIe provenant des collections de Jean-Baptiste Roslin, baron d’Ivry (600 000/800 000 €). L’ensemble, au total, flirte avec les 6 M€. Connaisseurs fortunés, à vos chéquiers !

Fontainebleau. Dimanche 29 juin. Jean-Pierre Osenat Fontainebleau SVV. Mme Floret, MM. Augarde, Ronfort, Millet, Lorenceau.

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