Damien Hirst (Ne En 1965). Virgin (Exposed), 2005
Damien Hirst (Ne En 1965). Virgin (Exposed), 2005
Acrylique sur résine. Signée et numérotée 14/15 sur le socle. 62,1 x 16,8 x 28,7 cm (241/2 x 61/2 x 111/4 in.) - Estimation : 350 000 / 400 000 €
Provenance : - White Cube, Londres
Au scalpel, Damien Hirst redessine les contours de l'art contemporain qui apparaît, depuis, en pointillé… puisqu'à la fragile frontière de l'art, de la médecine, des médias et de la décence. Sulfureux artiste de la scène britannique et provocateur mondial, à certaines questions posées un soir de septembre, il répond : « Cela signifie que les gens préfèrent placer leur argent dans les papillons que dans les banques ». Don't act…
Fils spirituel d'Andy Warhol, lui ne reconnaît qu'un seul Maître après qui, pense-t-il, la peinture s'est éteinte…sauf que cet artiste précisément s'est arrêté, deux semaines avant sa mort, pendant une heure à la Galerie Saatchi devant une de ses oeuvres : Francis Bacon.
Avec flegme, et un humour noir tout britannique, il interprète les cabinets de curiosité comme un penseur postmoderne où se lit… avec frisson… son histoire, intime, avec la mort. En stigmatisant les maux humains dans des oeuvres aux titres maladivement évocateurs, Hirst nous confronte à l'essence même de la vie : son inéluctable fin.
Dès lors, dans une valse macabre flotte dans du formol le théâtre obscène qui précède au trépas : la décomposition. Veaux, vaches, cochons, couvées…sont ainsi exposés à nos regards comme une litanie incessante de fantômes en putréfaction. Hirst persiste et signe : il découpe certains de ces animaux en deux afin de nous projeter dans ce qu'il nomme la terrible vérité du corps. Devant son crâne étincelant, la question d'urgence se pose : « to be or not to be »…
Explorant les limites jusqu'aux confins de l'être, c'est sur le sein maternel qu'il dépose aujourd'hui son oeil chirurgical. Cette sculpture coupée en deux nous offre à voir les entrailles, subversives, d'une mère en devenir -sous les traits de la petite danseuse de Degas- qui d'un côté attendrissante dévoile son ventre épanoui tandis que de l'autre, révèle ses viscères…L'artiste, comme un démiurge, bouleverse l'ordre établi tant d'un point de vue anthropomorphique que de celui de la sculpture allégorique. Sans compromis, Damien Hirst nous hante… sans relâche.
Contre toute aseptisation et la neutralité qui émane d'une « ère technologique, d'un monde robotisé », l'artiste vient troubler notre regard en disséquant l'intouchable… Au coeur même de la vie, l'artiste nous scande, une fois encore, son ineffable memento mori. Cette nouvelle Eve semble rejoindre à cet égard dans la mythologie Anésidora qui d'Athéna avait reçu la vie, d'Aphrodite la beauté, d'Apollon le talent, mais d'Hermès le mensonge et la persuasion… Arrivée auprès des hommes, elle changea de nom et, trop curieuse, entrouvrit le présent des dieux : la boîte de Pandore alors s'ouvrit…
Damien Hirst en évoquant ainsi la naissance (que d'aucun qualifie de don de Dieu), qui semble précéder de peu le formol, nous avertit avec la puissance d'évocation qui le caractérise la fatuité de la vie. Puisse, cette fois-ci, l'Espérance avoir le temps de s'envoler…
Vente du Samedi 25 octobre 2008. Art Contemporain - Partie I (lots 1 à 80). Cornette de Saint Cyr - Paris. Tel 01 47 27 11 24
