Piotr Uklanski (né en 1968), Sans titre (Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture et de la Communication, mai 2002)
Piotr Uklanski (né en 1968), Sans titre (Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture et de la Communication, mai 2002), tirage chromogénique numéroté 1/5, 75 x 100 cm. Estimation : 35 000/45 000 €.
Plasticien, photographe, sculpteur, Piotr Uklanski a plusieurs cordes à son arc, dont il joue tour à tour et en maestro. Il vient même de réaliser le premier "western polonais" ! Une jeune carrière couronnée il y a deux ans, lors de l’ouverture du Palazzo Grassi. Une des œuvres de la collection François Pinault qui fit le plus jaser est justement le portrait radiographique de l’homme d’affaires en corsaire – interprétation contemporaine d’une vanité –, signé de notre artiste. Piotr Uklanski est né à Varsovie en 1968, époque troublée s’il en est, tout particulièrement en Pologne. Solidarnosc et l’effondrement du régime communiste nourrissent son œuvre. Dans une récente exposition à la galerie Gagosian, l’artiste a choisi d’afficher dès l’entrée un immense signe Bialo-Czerwona (Blanc-rouge, couleurs du drapeau polonais), souvenir et hommage au panneau qui surmontait l’entrée des chantiers navals de Gdansk, d’où la revolte ouvrière est partie. Il revendique sa nationalité : «L’endroit d’où l’on vient reste toujours en vous, peu importe la façon dont vous voudriez l’aborder.» Vivant entre Varsovie, New York et Paris, il est parfois considéré comme un artiste international, parfois comme un Américain de fraîche date. Uklanski a étudié la peinture aux beaux-arts de Varsovie, et la photographie à la Cooper Union School for Advancement of Science and Art à New York. Son œuvre oscille entre les installations (Dance Floors), la peinture (copeaux de crayon figés dans la résine), la sculpture (souvent avec des céramiques utilitaires) et la photographie. Avec ce dernier média, il joue la provocation avec la série Nazis et Untitled (Skull) ; d’autres photographies insistent sur la signification de l’identité individuelle. Le crâne et les tibias radiographiés de Pinault aux couleurs psychédéliques peuvent-ils être considérés comme un portrait véritable de l’homme d’affaires collectionneur ? Ou résument-ils l’éphémère de la vie et l’immortalité de l’art ? La fragilité des représentations du pouvoir ou du succès est un thème récurrent pour Uklanski. À savoir, Jean-Jacques Aillagon se levant, sujet de notre photo, silhouette floue, qui serait restée anonyme sans le titre. Seuls les attributs restent : le drapeau tricolore et le fauteuil Empire. En 2004, le ministre évincé était appelé par François Pinault comme directeur du Palazzo Grassi. Il est l’année dernière le directeur de l’établissement public et du domaine national de Versailles, l’organisateur aussi de l’exposition "Jeff Koons" sous les lambris dorés et dans les jardins du château. Un coup médiatique que ne désavouerait pas Piotr Uklanski...
Lundi 27 octobre. Hôtel Marcel-Dassault à 20 h. Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.
