Meillonnas, théière à anse et déversoir en forme de branchages, décor polychrome de larges bouquets de fleurs fines peint par P
Meillonnas, théière à anse et déversoir en forme de branchages, décor polychrome de larges bouquets de fleurs fines peint par Protais Pidoux, vers 1765, h. 28 cm. Estimation : 15 000/18 000 €.
Meillonnas n’est pas la plus grande manufacture de faïence française. C’est un fait. Mais, n’en déplaise aux puristes - les vrais connaisseurs, eux, vous le diront sans ambages - sa production a pu rivaliser avec les meilleures pièces de ses consoeurs, Strasbourg, Apprey et quelques autres. Au point, parfois, de nous y tromper ! Meillonnas, petit village bressan, doit sa renommée à une vaisselle à décor de "petit feu", dont le "maître peintre" Protais Pidoux semble bien l’initiateur. Cet artiste n’est pas n’importe qui ; il passe même pour l’un des meilleurs peintres de la faïence française. Rien moins. Originaire du canton suisse de Fribourg, Protais Pidoux a semé son talent au gré de ses pérégrinations : Paris, Mennecy, Aprey, et enfin, Meillonnas en 1763 où il restera trois années, les plus fameuses. La faïencerie, créée par l’entreprenant baron Gaspard-Constant Hugues de Marron au sein même de son domaine, n’est alors qu’une jeune fabrique. À son arrivée, Protais Pidoux prend la succession de Claude Gautherot et insuffle à la production locale un vent de légèreté et de raffinement. Il est l’auteur de l’unique pièce signée de Meillonnas, une jardinière à oignons datée du 26 octobre 1765. On lui doit aussi des pièces ravissantes rehaussées d’un gracieux décor floral, de loin le plus répandu au sein de la manufacture. En témoigne cette délicieuse théière parsemée de fines fleurs, dont le naturel et la délicatesse font immanquablement penser aux compositions de l’autre "Raphael des fleurs", Pierre-Joseph Redouté, avec toutefois ici une science du mouvement et un sens quasi théâtral de la composition… un brin maniériste. En peintre accompli, Protais Pidoux sait à merveille composer ses bouquets, jouant sur l’opposition des tons froids et chauds, s’amusant des formes qui se répondent. Les pétales de la tulipe flirtent ainsi avec les branches de myosotis, ces petites fleurettes bleues à coeur jaune et noir, ou les roses jaunes… Quelques-unes des signatures de Meillonnas. Un goût du naturel qui s’épanouit jusqu’au bec verseur et à l’anse, traités en forme de branchage. On peut encore ajouter au crédit de cette pièce de forme, sa rareté. Deux autres modèles seulement sont répertoriés, au musée de Brou et au musée national de la Céramique de Sèvres, institutions qui, sachez-le, possèdent les plus belles collections de Meillonnas. Cerise sur le gâteau, notre faïence provient des mythiques collections Paul Blancan et Marcel Haas, dispersées respectivement en 1924 et 1949. Voilà, tout est dit.
Paris, Drouot - Salle 5. Vendredi 20 février. Chayette & Cheval SVV. M. Lefèbvre.
