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Alain.R.Truong
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5 novembre 2011

Important vase ovoïde en porcelaine céladon craquelée de la Chine d'époque Qianlong & Époque Louis XV

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Important vase ovoïde en porcelaine céladon craquelée de la Chine d'époque Qianlong & Époque Louis XV. Photo courtesy Europ Auction

Vase de forme archaïque hu légèrement polylobé, orné au col de deux anses simulées en forme de têtes d'éléphants stylisées. Marque sigillaire Qianlong au revers. Riche monture rocaille de bronze ciselé et doré. Présentant sur le col des petits bouquets de fleurs et de feuillage. Les anses du col sont soulignées d'agrafes et la base présente une monture ajourée avec de larges canaux, des agrafes d'acanthe et des petits feuillages. H 45, L 30 cm - Estimation : 180 000 - 200 000 €

Bibliographie: Daniel Alcouffe, Anne Dion-Tenenbaum, Gérard Mabille, " Les bronzes d'ameublement du Louvre ", éditions Faton, Dijon, 2004.

Pierre Kjellberg, " Les objets montés ", éditions de l'Amateur, Paris, 2000.

Pierre Verlet, " Les bronzes dorés français du XVIII° siècle ", édition Picard, Paris, 1987.

C'est à la suite du voyage de Marco Polo (1254-1324) en Asie que les premières porcelaines sont arrivées en Europe. Elles fascinent, on leur prête alors des vertus magiques et sont dotées de riches montures, souvent d'or ou d'argent. Mais malgré les recherches des Médicis au XVI° siècle, il faut attendre la découverte du kaolin en Saxe au début du XVIII° siècle (Meissen), et en France en 1768 pour obtenir une vraie porcelaine.

Sans doute les premiers céladons, céramique de tonalités vertes présentant souvent une couverte craquelée, connaissent leur apogée au XII° siècle sous la dynastie des empereurs Song. Mais le type particulier de notre porcelaine est né à la fin du règne de Kangxi (1662-1722), du désir du directeur de la manufacture impériale de Jingdezhen de prouver que l'art de ses ouvriers n'avait rien à envier à celui des céramistes des temps passés. Notre vase présente un double réseau de craquelures, un réseau principal en noir et un secondaire en rouge, le degré le plus achevé de ce type de porcelaines. En effet, il s'agit ici d'une interprétation des fameuses céramiques guan ou ge de l'époque des Song du sud (1127-1279). Celles-ci étaient très appréciées de l'empereur Yongzheng (1723- 1735) et surtout de son successeur Qianlong (1736- 1795) qui n'hésitait pas à faire inscrire des poèmes de sa composition sur des pièces originales tel que le plat provenant du palais impérial de Beijing aujourd'hui conservé à la Percival David Foundation à Londres. En France, le nom même de céladon évoque celui du berger de l'Astrée, roman éponyme d'Honoré d'Urfé, qui y chante délicatesse et galanterie. Ce sont ces porcelaines qui les premières reçoivent une monture, les transformant bien souvent d'objets supposés usuels en purs objets d'art.

En effet, vers le milieu du XVII° siècle, une profonde mutation s'opère dans l'art de monter les objets. Désormais le bronze se substitue à l'argent pour présenter et mettre en valeur les porcelaines. La vogue nouvelle des montures de bronze ne relève pas seulement de l'évolution du goût mais de l'Histoire. Les métaux précieux coûtent cher, et par deux fois en 1689 puis en 1709, le Roi Soleil est contraint, pour subvenir aux énormes dépenses du royaume, de faire fondre toute la vaisselle d'or et d'argent de la Cour. Le paradoxe est là: on peut fondre et récupérer ainsi la valeur vénale, au poids, des montures d'or et d'argent sacrifiant le travail de l'orfèvre. Mais dans le travail du bronze, la matière vaut moins que ce qu'en fait la main qui le façonne: il n'y a pas de récupération possible de l'investissement. La matière, moins onéreuse, est finalement la plus dispendieuse, et dans une société où le "paraître" est fondamental, la possession d'objets pourvus de montures en bronze concourt au prestige de celui qui les détient. Luxe absolu, c'est "un art de présentation, de surprise, qui devient peu à peu de vanité" écrit Pierre Verlet dans son ouvrage sur les " bronzes dorés français du XVIII° siècle ". Toutefois à de rares exceptions près les noms des artisans bronziers ont disparu: peu signaient leurs oeuvres (Osmond, Saint-Germain...), et si on connait les Caffieri ou des orfèvres comme Meissonnier ou les Germain, voire des ébénistes (Cressent) qui fondaient eux-mêmes leurs bronzes, leurs oeuvres restent trop souvent anonymes.

C'est en effet souvent par l'intermédiaire des marchands-merciers, "faiseurs de rien, marchands de tout", que les collectionneurs se voient proposer des objets à la mode, où l'exotisme le dispute à la richesse. Ainsi Gersaint, Hebert, Poirier, importent, adaptent, créent de véritables nouvelles oeuvres à partir de potiches ou de magots, n'hésitant pas à assembler des coupes pour en faire des brûle-parfums, qu'ils vendent dans des boutiques aux noms merveilleux: "Au petit Dunkerque", "Au chagrin de Turquie"...

On connait par les fragments conservés de son " livre-journal " quelques noms des habitués de la boutique de Lazare Duvaux: des prélats, des ducs, des souverains étrangers, mais aussi la marquise de Pompadour et le Roi. Louis XV achète aussi chez d'autres, comme le prouve la fontaine à thé, aujourd'hui conservée au château de Versailles, livrée en 1743 par le marchand-mercier Hébert, et dont le projet est conservé à la Bibliothèque Nationale (cf Whitehead, p 159). Si ces grands vases, souvent uniques, pouvaient servir à présenter des fleurs (cf Vallayer-Coster, comparatif), ou rester comme ornement sur des cabinets, de grands collectionneurs comme la duchesse de Mazarin, où le duc d'Aumont, les accumulent et à la vente des collections du duc, les objets sont présentés pour eux-mêmes, dans un catalogue où ils sont reproduits en gravure, sans effet de décoration intérieure.

Le style Louis XV se joue ici de l'opposition entre une monture rocaille, très chantournée et quelque peu exubérante, et la simplicité -certes relative - de la porcelaine, où le décor, plus que dans une simple côte pincée, réside dans l'élégance épurée de la forme. On est ici aux antipodes de la "chinoiserie", où le bizarre le dispute à l'anecdotique: on reconnaît les recherches esthétiques qui vont créer un nouveau courant après les excès du baroque. Les dessins des ornemanistes de la seconde moitié du siècle, de Petitot ou Duplessis, s'inspirent de ce double courant donnant naissance au style Transition, qui prépare à la réaction néoclassique. Notre vase procède de cet esprit.

 Ce type d'objets précieux était au milieu du XVIII° siècle, l'expression du luxe absolu. C'est pourquoi ils sont conservés dans les plus grandes collections publiques telles que le Louvre et Versailles ou dans de prestigieuses collections privées telles que la collection Lagerfeld.

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Vase en céladon d'époque Louis XV, ancienne collection Lagerfeld, Christie's Monaco, 29 avril 2000 lot 350, 8 067 500FF.  Photo courtesy Europ Auction

 

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Paire de vases pots-pourris en céladon craquelé, vente Sotheby's à Paris le 9 avril 2008 lot 98, vendue 227 225€. Photo courtesy Europ Auction

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Vase en celadon craquelé conservé au Musée du Louvre, OA 6053. Photo courtesy Europ Auction

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Fontaine à parfum en porcelaine de Chine livrée à Louis XV par le marchand-mercier Hebert en 1743, conservée au château de Versailles. Photo courtesy Europ Auction

 Europ Auction. Jeudi 10 novembre à 15h00. Drouot Richelieu - Salle 4. info@europauction.com - Tél.: 01 42 46 43 94

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