"Canaletto – Rome, Londres, Venise. Le triomphe de la lumière" à Caumont Centre d’Art
Affiche de Canaletto, Rome – Londres – Venise, le triomphe de la lumière © The Bowes Museum, Co. Durham, UK.
Aix-en-Provence - Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, (Venise 1697–1768) est connu pour être le peintre de Venise le plus important du XVIIIe siècle, celui qui a magnifié sa ville par des vues rigoureuses et empreintes d’une lumière précise et chaleureuse.
Canaletto a donné ses titres de noblesse à la peinture de veduta à Venise, représentant avec une admirable exactitude mais aussi avec poésie des vues de sa ville natale. C’est ainsi qu’il a formidablement contribué à en créer le mythe dans toute l’Europe. Il a aussi peint dans une démarche semblable des vues de Rome et de Londres.
Avec plus d’une cinquantaine d’œuvres, dont un choix très original de peintures, le parcours propose une nouvelle interprétation de différents moments de sa carrière, avec une attention particulière au processus de création. C’est la première fois que sont aussi clairement exposées les œuvres de l’artiste à ses débuts, celles de sa période anglaise et de la dernière période de sa vie.
Les recherches engagées à l’occasion de l’exposition par la commissaire, Dr. Bożena Anna Kowalczyk, lui ont permis d’attribuer quatre nouvelles toiles à Canaletto, toutes quatre présentées dans l’exposition : Caprice avec ruines romaines (vers 1720-1721, collection particulière), Venise, San Pietro di Castello et Venise, le Grand Canal avec l’église San Geremia, le palais Labia et l’accès au Cannaregio (1736-1738, The National Gallery, Londres), et Caprice avec une église sur une colline (1755-1760, collection particulière).
Avec cette exposition inaugurale, Culturespaces expérimente aussi un nouveau type d’exposition immersif. En complément des œuvres de Canaletto, la part belle est faite aux supports numériques et multimédia pour enrichir l’expérience du visiteur.
Rome, 1720-1721, Canaletto, peintre d’opéra
Fils du décorateur de théâtre Bernardo Canal, Canaletto débute vers 1716 en collaborant avec son père sur le décor de « drames musicaux » tels que La Chaste Pénélope de Fortunato Chelleri, Le Couronnement de Darius d’Antonio Vivaldi ou Turno Aricino d’Alessandro Scarlatti. Si rien n’est conservé de ces décors de spectacles, le nom d’Antonio Canal est mentionné sur les programmes de ces opéras, dont plusieurs exemplaires seront présentés dans l’exposition.
Un dispositif sonore subtil, à la pointe de la technologie, donne à entendre des extraits sonores de cette époque musicale, celle du baroque vénitien.
Ses premières œuvres connues sont réalisées à Rome où il suit son père Bernardo Canal, présent dans l’exposition par une ample vue romaine du Capitole, bordée d’une colonnade en ruine de fantaisie : Rome, Santa Maria d’Aracoeli et le Capitole (Szépművészeti Múzeum, Budapest).
Rome inspire au jeune peintre des Caprices dans lesquels des paysages réels sont revisités et nantis de motifs architecturaux issus de l’Antiquité, une Antiquité partout visible dans la capitale romaine. La tonalité est sombre, faite de bruns et de rouges. Les architectures dominent les compositions, peuplées de personnages affairés : trois exemples de grands formats dans cette veine sont présentés dans l’exposition, dont une attribution nouvelle. Même L’Arc de Septime Sévère (collection particulière), apparemment fidèle à son modèle, est en fait une interprétation archéologique dans un contexte imaginaire.
Canaletto, Rome, l’Arc de Septime Sévère, 1720-1721. Huile sur toile, 102,7 x 129,5 cm. Collection particulière © Private collection
Venise, 1721-1738, Canaletto, l’explorateur de Venise
De retour à Venise, Canaletto propose des vues plus proches de la réalité. Peintre de Caprices, il est aussi vedutiste – les vedute sont ces « vues » basées sur la représentation perspective de paysages urbains, particulièrement prisées à Venise au XVIIIe siècle.
Canaletto commence à peindre Venise à partir de la place Saint-Marc, représentée dans ses premières œuvres depuis des points de vue divers, par exemple en plongée depuis la loge du Palais des Doges dans Venise, la Place Saint-Marc (Collections du prince de Liechtenstein). Le Grand Canal devient aussi rapidement l’un de ses sujets de prédilection : Venise, le Grand Canal vers le nord-est, du palais Balbi au pont du Rialto (Ca’Rezzonico, Venise) et Venise, le Grand Canal vers l’est, vu du Campo San Vio (National Gallery of Scotland, Edimbourg). Les vues de la lagune constituent un troisième thème récurrent (Venise, les Îles de la lagune, vues du Campo San Pietro di Castello, avec l’Arsenal et Venise, les Îles de la lagune, vues du Campo San Pietro di Castello, avec Santa Maria delle Vergini, Musée Pouchkine, Moscou).
Canaletto travaille ainsi l’image d’une ville sur l’eau, modelée par la lumière et l’atmosphère. Ces vues rencontrent dans les années 1720 un tel succès que Canaletto multiplie les esquisses in situ sous différents angles : aucune de ses compositions n’est semblable à l’autre. La peinture est lumineuse, les couches de couleurs finement étendues, les glacis successifs créent des effets de transparence dans le ciel et dans l’eau : la technique de Canaletto est parfaitement maîtrisée. C’est aussi l’époque où Joseph Smith, banquier, collectionneur et futur consul anglais à Venise, lui passe de nombreuses commandes et présente ses œuvres à ses visiteurs. Par son intermédiaire, Canaletto peint pour de nombreux collectionneurs britanniques, parfois des tableaux exécutés en série.
On voit souvent en Canaletto un peintre de la réalité exacte ; ses œuvres prouvent qu’à son souci de véracité se mêle naturellement une grande liberté d’imagination et d’interprétation. Le fameux Fonteghetto della farina en mains privées est insolite à la fois par son sujet, un petit entrepôt situé à l’extrémité du Môle, et par sa composition, avec un large espace ouvert au premier plan. Il l’est aussi par le degré de liberté que s’est octroyé l’artiste, décidant de donner de l’importance au petit édifice en éliminant de la vue le Môle de la Salute et l’église de San Gregorio, qui devraient sous l’angle choisi dominer la composition. Façon subtile d’honorer un commanditaire ?
Canaletto, Venise, le Grand Canal vers le nord-est, du Palais Balbi au pont du Rialto, 1723. Huile sur toile; 144 x 207 cm. Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia, Ca'Rezzonico, Museo del Settecento Veneziano 2014 © Archivio Fotografico – Fondazione Musei Civici di Venezia.
Canaletto, Venise, les Îles de la lagune, vues du Campo San Pietro di Castello, avec l’Arsenal. Vers 1725. Huile sur toile, 63 x 108 cm. Moscou, Musée national des Beaux-Arts Pouchkine © The State Pushkin Museum of Fine Arts, Moscow
Canaletto, Venise, les Îles de la lagune, vues du Campo San Pietro di Castello, avec Santa Maria delle Vergini. Vers 1725. Huile sur toile, 64 x 108 cm. Moscou, Musée national des Beaux-Arts Pouchkine © The State Pushkin Museum of Fine Arts, Moscow
1744-1746, Villes rêvées, les Caprices
Une source d’inspiration particulièrement importante pour Canaletto au milieu des années 1740 est l’architecture palladienne.
Andrea Palladio (Padoue 1508 – 1580 Vicence) est un architecte et théoricien de la Renaissance italienne, auteur d’un traité intitulé Les Quatre Livres de l’architecture. Ses édifices (dont la basilique San Giorgio Maggiore à Venise) et sa pensée ont au XVIIIe siècle un écho considérable en Angleterre, où un fort courant néo-palladien s’inspire à la fois de l’antique, proche de la nature, et de Palladio.
Les commanditaires de Canaletto sont eux aussi des admirateurs de Palladio, ce qui influence le travail du peintre. Joseph Smith lui commande treize dessus-de-porte sur le thème des bâtiments vénitiens de Palladio, et des édifices antérieurs. L’un est présenté ici : Caprice, le Pont du Rialto selon le projet de Palladio (1744, prêt de Sa Majesté la Reine Élisabeth II, Londres).
Au même moment, son neveu Bernardo Bellotto reprend une composition similaire à celles où Canaletto représente la cour du palais des Doges pour un caprice d’inspiration romaine : Caprice avec le Capitole (Galleria Nazionale, Parme).
Canaletto, Caprice avec des ruines classiques et des bâtiments de la Renaissance. Vers 1753-1755. Huile sur toile, 87 x 121,5 cm. Rome, Collection BNL Groupe BNP Paribas © collection BNL – BNP Paribas
Venise, 1729-1740, la splendeur de Venise, la Sérénissime
À la fin des années 1720, Canaletto se fait connaître comme peintre de scènes historiques, avec une peinture très construite, lumineuse et colorée. Un de ses sujets de prédilection est le Bucentaure, ce bâtiment d’apparat sur lequel le doge embarque le jour de l’Ascension pour célébrer les noces symboliques de Venise et de la mer. Un anneau d’or est alors jeté à l’eau en signe de soumission de la ville à la mer. Canaletto est un chroniqueur exceptionnel des apparitions du Bucentaure, de ses somptueuses dorures et de sa riche collection de sculptures propices à des moments de maestria picturale, comme le montre Venise, le Bucentaure de retour au Môle, le jour de l’Ascension (vers 1731-1732, The Bowes Museum, Durham).
Canaletto peint plusieurs fois ce thème, dont une toile pour le Consul Smith. Celui-ci fait graver le motif par Antonio Visentini afin qu’il constitue une planche du Prospectus Magni Canalis Venetiarum (Description du Grand Canal de Venise) en 1735. Ouvrage de collection, le Prospectus est aussi un catalogue qui invite les personnes intéressées par le travail de Canaletto à aller voir les originaux « dans la demeure de l'Anglais Joseph Smith », et à en commander éventuellement de semblables.
Les années 1736-1740 constituent la période la plus intense de la production de Canaletto. La demande pour ses tableaux est à son apogée et l’emploi d’assistants indispensable. L’inépuisable inventivité de Canaletto, sa recherche de nouvelles perspectives sont encore stimulées par le succès international (Venise, la Piazzetta avec l’angle sud-ouest du palais des Doges et Venise, la Punta della dogana, collection particulière).
Canaletto, Venise, le Bucentaure de retour au Môle, le jour de l’Ascension. Vers 1731-1732. Huile sur toile, 156,3 x 237,5 cm. Durham, The Bowes Museum, Co. Durham, UK © The Bowes Museum
Canaletto, Venise, la Place Saint-Marc et la Piazzetta vers le sud. Vers 1740. Huile sur toile, 68,5 x 91,5 cm. Rome, Galleria Nazionale d’Arte Antica di Roma in Palazzo Barberini © Soprintendenza speciale per il patrimonio storico artistico ed etnoantropologico e del Polo Museale della Città di Roma
Canaletto, Venise, le Palais des Doges et l‘escalier des Géants. Vers 1744. Huile sur toile, 43 x 31 cm. Collection particulière © Private collection
1746-1755, Canaletto en Angleterre
Au début des années 1740, les débouchés commerciaux de Canaletto se réduisent considérablement à cause de la guerre de Succession d'Autriche (1740 -1748). Venise et l'Angleterre sont dans des camps opposés, et la guerre entraîne une forte diminution des visiteurs britanniques à Venise. Canaletto part pour Londres en 1746, âgé de 49 ans. Il reviendra définitivement à Venise en 1755.
Le peintre s’installe à Londres, dans Silver Street (aujourd’hui Beak Street, Soho). Dans ses tableaux anglais, Canaletto réussit une remarquable synthèse entre le goût anglais pour les relevés topographiques et sa manière propre de manipuler la réalité. Il alterne caprices et reportages dans lesquels il décrit précisément les bords de la Tamise ou les châteaux de l’aristocratie. Grâce à un prêt exceptionnel sont ainsi rassemblés pour la première fois dans l’exposition deux magnifiques dessins à l’aquarelle des vues de la Tamise, probablement des pendants : Londres, la City vue de la terrasse de Somerset House (The Courtauld Gallery, Londres) et Londres, la Cité de Westminster vue de la proximité du York Watergate (Yale Center for British Art).
Les représentations de châteaux sont des commandes de leurs propriétaires, qui souhaitent ainsi documenter l’aspect de leur bien (Alnwick Castle, collection du Duc de Northumberland, château médiéval au cœur de la nature) ou sa modernisation (Warwick Castle, Birmingham Museums).
Dans les dernières années de son séjour anglais, Canaletto multiplie les caprices juxtaposant des motifs de la Rome antique, de la Renaissance vénitienne, ou des édifices palladiens, et déjouant toute tentative d'identification précise, à l’image de Caprice avec des ruines classiques et des bâtiments de la Renaissance (collection BNL, Rome).
Canaletto, Londres, le Pont de Westminster vu du nord avec le défilé du lord-maire, le 29 octobre 1746, 1746-1747. Huile sur toile, 95,9 x 127,6 cm. New Haven, Yale Center for British Art, Paul Mellon Collection © Yale Center for British Art, Paul Mellon Collection.
Canaletto, Alnwick Castle. Vers 1752. Huile sur toile, 113,5 x 139,5 cm. Alnwick Castle, Collection du duc de Northumberland © Collection of the Duke of Northumberland
Fêtes et libertinage
Un interlude évoque la magnificence et les fastes de Venise à l'époque de Canaletto : l'importance du carnaval, qui dure six mois dans l'année, la splendeur des costumes et des masques, les lois somptuaires édictées pour pour modérer l'affichage des signes extérieurs de richesse, et, bien évidemment, la personnalité de Casanova, séducteur et galant escroc, ayant réussi une évasion spectaculaire d'une geôle vénitienne réputée particulièrement sûre.
Du dessin à la peinture
L’exposition se penche particulièrement sur dix dessins, majoritairement des années anglaises ou du retour de Canaletto à Venise. Un premier ensemble présente des dessins élaborés grâce à la technique de la camera obscura (ou « chambre noire »). Aux côtés de deux dessins exécutés selon cette technique (Venise, le Grand Canal vers le nord-ouest, depuis le palais Corner, prêt de Sa Majesté la Reine Élisabeth II, et Le Palais Foscari (Galleria Nazionale d’Arte Antica, Trieste)) sera présenté un exemple de camera oscura, sur laquelle l’inscription « A. Canal » suggère une possible appartenance à Canaletto (Museo Correr, Venise). Le visiteur fera lui-même l’expérience de ce dispositif grâce à un fac-similé mis à sa disposition.
D’autres dessins sont, en soi, des œuvres abouties. Ainsi en est-il du Campo San Giacomo di Rialto (collection particulière) : sur ce feuillet, le tracé à la plume se déploie à main libre par-dessus les lignes de force principales tracées au crayon et à la règle, dessinant une intense zone d’ombre contrastée par rapport aux zones laissées en blanc, et créant ainsi une vibration stylistique particulière. On peut analyser de façon similaire Terre ferme, Caprice avec des maisons près d’un perron (Kupferstichkabinett, Berlin) : la fluidité du trait, souvent vantée chez Canaletto, tient de l’enchantement et la lumière semble scintiller dans l’air limpide.
La plupart des dessins et autres œuvres sur papier jouent un rôle plus complexe dans la recherche de Canaletto, à la fois prise de notes sur le motif, enregistrement d’éléments de composition, source d’inspiration réactivée à plusieurs années, voire plusieurs décennies de distance, modèles proposés à l’atelier, compositions précédant ou suivant un tableau. C’est par exemple le cas de nombreuses vues tardives de Rome : Canaletto n’y est jamais retourné après 1720, mais il réinterprète tout au long de sa vie ses dessins de jeunesse, par exemple avec Rome, le Colisée (Galleria Borghese, Rome).
Le recours à ses propres estampes gravées au début des années 1740 est une constante de l’activité picturale tardive de Canaletto, qu’il reproduise ses eaux-fortes à la lettre ou qu’il s’en inspire. On peut ainsi dérouler le fil créatif qui va de l’estampe originale de 1744 où il fixe les motifs, à sa reprise dessinée de 1760-65 où il arrête la composition (Caprice avec une église sur une colline, Victoria & Albert Museum,
Londres). Sur le tableau, enfin, sont précisés les détails (collection particulière). Une gravure de Fabio Berardi (dans la série Vedute sei di Avanzi rovinosi di fabbriche antiche, éditée à Venise par Giuseppe Wagner) reproduit dans tous ses détails le tableau. Du papier à la toile, de la toile au papier, les aller-retours sont constants.
Un autre feuillet montre que Canaletto s’inspire aussi d’autres artistes. Caprice, l’Arc des Sergius à Pula, en Istrie (Metropolitan Museum, New York) illustre l’intérêt de Canaletto pour les antiquités romaines en Dalmatie, alors sous domination vénitienne. Il est certainement exécuté selon une gravure ou un dessin d’un autre auteur, non identifié aujourd’hui.
Les secrets de la camera obscura
Ici est présentée la chambre noire ou camera obscura, un instrument qui se présente sous la forme d’une structure parfaitement fermée, percée d’un unique trou qui permet de capter les rayons lumineux émis par les objets et de les projeter sur la paroi opposée. On obtient ainsi une image réduite et inversée du paysage environnant.
Le principe, identique à celui de la vision de l’œil humain, est connu depuis Aristote. Il a été repris au Xe siècle par le mathématicien et physicien arabe Alhazen (965-1039), qui aurait construit la première chambre noire. À partir du XVIe siècle, en Occident, peintres, architectes et physiciens redécouvrent cet appareil, que les progrès de la perspective et de l’optique permettent de perfectionner peu à peu. Au XVIIIe siècle, la chambre noire peut ainsi prendre plusieurs aspects : il peut s’agir aussi bien d’une sorte de tente noire dans laquelle l’artiste pénètre pour tracer les contours de l’image projetée sur une paroi – un miroir placé à l’extérieur permettant de redresser l’image –, que d’un petit appareil portatif comme celui conservé au musée Correr de Venise, exposé dans cette salle.
La chambre noire est considérée comme l’ancêtre de l’appareil photographique.
Venise, 1756 – 1768, Canaletto et ses rivaux : Francesco Guardi, Bernardo Bellotto
C'est grâce à Canaletto d'abord, puis à Bellotto et enfin à Guardi que la peinture vénitienne du XVIIIe siècle s'est à nouveau élevée au niveau du grand art européen. Les dernières années de Canaletto, de son retour d’Angleterre jusqu’à sa mort en 1768, sont aussi celles qui voient le succès à Venise de son suiveur et concurrent : le vedutiste Francesco Guardi. Au même moment, Bellotto rend fameuse en Europe centrale la peinture vénitienne de veduta, inspirée par Canaletto.
Bernardo Bellotto (Venise 1722-Varsovie 1780) est ici évoqué par un Caprice avec une maison sur la lagune (Galleria Nazionale d’Arte Antica, Parme), sa dernière image de Venise avant son départ définitif en 1747. La composition est inspirée de la plus célèbre eau-forte de Canaletto : La Torre di Malghera. Bellotto abaisse l’horizon et agrandit le ciel, ambitionnant de capter dans son image l’essence de la lagune et de son atmosphère. Ce tableau exprime toute la personnalité de Bellotto et sa manière mélancolique de rendre compte de la réalité.
Bernardo Bellotto, Venise, Caprice avec une maison sur la lagune, 1745-1746. Huile sur toile, 36 x 62 cm. Parme, Galleria Nazionale di Parma © Archivio fotografico della Sopritendenza
Francesco Guardi (1712-1793) développe une sensibilité atmosphérique qui lui est propre. Cependant, le caractère élégiaque de ses premières vues lagunaires amplifie les traits les plus sophistiqués de la peinture la plus aboutie de Canaletto, dans la seconde moitié des années 1730 ; c’est en particulier le cas avec Venise, les Fondamenta Nuove avec la lagune et l’île de San Michele (Ashmolean Museum, Oxford), prêt exceptionnel d’un tableau redécouvert récemment et présenté pour la première fois au public.
Francesco Guardi, Venise, les Fondamenta Nuove avec la lagune et l’île de San Michele. Vers 1757. Huile sur toile, 72 x 120 cm. Oxford, Ashmolean Museum ©Ashmolean Museum, University of Oxford
C’est dans ce contexte concurrentiel que Canaletto termine sa carrière, offrant encore de spectaculaires morceaux de bravoure, comme Le Bucentaure de retour au Môle le jour de l’Ascension, 1760 (Dulwich Picture Gallery, Londres) qui reprend la composition de 1729 exposée en salle 4. Il est élu à l’Académie de Peinture et de Sculpture de Venise en 1763 en tant que professeur de perspective et d’architecture.
C’est pourtant plutôt pauvre que Canaletto termine sa vie, le 19 avril 1768. L’inventaire après décès ne recense qu’une somme de 4350 ducats et quelques biens sans valeur.
6 mai - 13 septembre 2015. CAUMONT CENTRE D'ART - www.caumont-centredart.com
Canaletto, Venise, le Bucentaure de retour au Môle le jour de l'Ascension, 1760. Huile sur toile, 58,3 x 101,8 cm. Londres, The Dulwich Picture Gallery © By Permission of the Trustees of Dulwich Picture Gallery, London













