"Le Roi est mort" au Château de Versailles
Le Roi est mort : Affiche
En 2015, l’Établissement public du château de Versailles consacre une grande exposition à la commémoration de la mort de Louis XIV, survenue à Versailles il y a 300 ans, le 1erseptembre 1715.
La mort du roi, roi-homme et roi-institution est un moment essentiel dans la construction de l’imaginaire monarchique, alliant le religieux (mort d’un chrétien) au politique (mort et résurrection du roi qui ne meurt jamais). De l’agonie à la mise au tombeau, elle tient de la représentation, du grand spectacle baroque et joue un rôle fondamental pour la société de cour dont elle marque plus que jamais les rangs.
L’exposition – la première sur le sujet – s’applique avant tout à retracer les détails, étrangement peu connus, de la mort, de l’autopsie et des funérailles de Louis XIV, et à les replacer dans le contexte cérémoniel de celles des souverains européens de la Renaissance au siècle des Lumières. Elle évoque aussi la survie – souvent paradoxale – de ce rituel depuis la Révolution jusqu’à l’époque contemporaine.
Portrait en cire de Louis XIV à 68 ans, Antoine Benoist, cire, verre, cheveux,dentelle, soie, velours, 85,3 ; L. 71 ; P. 12 cm, Château de Versailles.
Cette manifestation réunit des oeuvres d’art et des documents historiques de première importance, issues des plus grandes collections françaises et internationales. Portraits d’apparat, statues et effigies funéraires, tombeaux, manuscrit du récit de l’autopsie du roi, pièces d’orfèvrerie du Trésor de Saint-Denis, médailles en or, emblèmes, ornements et mobilier liturgique des funérailles… les pièces exposées n’ont, pour certaines, jamais été présentées au public.
La présentation de ces chefs-d’oeuvre exige aussi de grands effets scénographiques. C’est au metteur en scène Pier Luigi Pizzi que Béatrix Saule, commissaire général de l’exposition, a fait appel pour illustrer ce grand spectacle baroque. En neuf sections, c’est à un véritable opéra funèbre orchestré par le créateur auquel assistera le public.
Le propos, qui ne manque pas de surprendre, est d’une grande rigueur scientifique. Il se fonde sur un programme international de recherches sur les funérailles royales dans les cours européennes, mené durant trois années au Centre de Recherche du château de Versailles sous la direction des professeurs Gérard Sabatier et Mark Hengerer, ainsi que sur la collaboration d’une équipe pluridisciplinaire allant du médecin légiste au liturgiste, de l’historien médiéviste au contemporanéiste.
Portrait équestre de Louis XIV, René-Antoine Houasse (1645-1710), Vers 1675, Huile sur toile, H. 255 ; L. 200 cm, Château de Versailles. © Château de Versailles (dist-RMN-Grand Palais) - Christophe Fouin
Louis XIV à la promenade dans les jardins de Trianon en 1713, Pierre-Denis Martin. © Château de Versailles (dist-RMN-Grand Palais) - Christophe Fouin
Le parcours de l’exposition
Ce roi qui disparaît. 1715 est une date charnière qui marque une rupture sociétale, la fin du Grand Siècle pour ouvrir sur la Régence. L’exposition revient sur ce règne d’une extrême longueur, 72 ans, en évoquant ses lumières mais aussi ses ombres. Louis se meurt. La mort de Louis XIV intervient de façon soudaine après qu’il a décliné brutalement à l’été 1715. En moins de 15 jours, atteint d’une douleur à la jambe, il est emporté par la gangrène. Comme il a vécu, il meurt en public, continant à assumer son « métier de roi ». Il arrête les modalités de sa succession, se met en règle avec Dieu et adresse ses adieux à sa famille, à ses fidèles serviteurs et à Madame de Maintenon.
Acte de décès de Louis XIV, Manuscrit, 1715, H. 38 ; L. 27 cm, Registre des sépultures de la paroisse Notre-Dame de Versailles, Versailles, Archives communales de Versailles. © DR
La mort de Louis XIV au palais de Versailles, Thomas Jones Henry Barker, Vers 1835-1840, Saint-Quentin, musée Antoine Lécuyer. © Saint-Quentin, Musée Antoine Lécuyer / Gérard Dufrêne
La Mort de Louis XIII, Jean-François de Troy, 1731, Statens Museum for Kunst. SMK photo
Portrait d'Henri IV sur son lit de mort, Firens (v. 1580 - 1638), 1610, Burin, H. 23,2 ; L. 13,7 cm, Château de Versailles. © Château de Versailles
Ouverture et embaumement. Dès le lendemain de sa mort, le corps de Louis XIV est transporté dans l’antichambre de l’OEil-de-boeuf pour être, selon la tradition, ouvert, triparti (corps, coeur et entrailles) et embaumé par les médecins et chirurgiens, devant les principaux officiers de la cour, avant d’être enfermé dans un double cercueil, de plomb et de chêne.
Cours d’opérations de chirurgie démontrées au Jardin Royal par Mr Dionis, chirurgien de feue madame la dauphine, à présent de Madame la duchesse de Bourgogne, Pierre Dionis, Paris, chez Laurent d’Houry, 1707. Livre imprimé. H. 19,5 ; L. 13,5 cm. Paris, BIU Santé ®BIUM © DR
Scie d’autopsie, d’excérébration, XVIIIe siècle. Acier et laiton Paris, musée de l’histoire de la médecine. © Christophe Fouin
Procès verbal de l'ouverture de Louis XIV, In Commentaire de la Faculté de Médecine de Paris, 1711-1724, fol. 85-87, 1715, Manuscrit, H. 45,5 ; L. 31 cm, Paris, BIU Santé. ®BIUM © DR
Inscription tumulaire arrachée en 1793 au cercueil du roi Louis XIV, Cuivre martelé et laminé, gravé au burin, 1715, H. 23,5 ; L. 17 ; Ép. 0,3 cm, musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, en dépôt à la basilique Saint-Denis. © DR
Exposition et effigie. Le 3e jour, le cercueil de Louis XIV est exposé pour une semaine dans le salon de Mercure du Grand Appartement pour y recevoir les honneurs. Contrairement à une longue tradition, il n’y a pas d’effigie en cire réalisée à l’image du défunt. Cette rupture avec le rituel de l’effigie, qui prolongeait fictivement la vie du monarque, s’explique par une évolution à la fois juridique et religieuse.
Masque du roi Henri II (1519-1559), Germain Pilon, 1565. Terre cuite. Paris, musée du Louvre, département des Sculptures © RMN GP (musée du Louvre) / Tony Guerrec
Buste funéraire de Henri IV. Attribué à Michel Bourdin (1585-1645). Vers 1610. Paris, musée Carnavalet © Roger-Viollet / Musée Carnavalet
Le deuil à la cour, Étiquette et esthétique. Durant les périodes de deuil, l’aspect de la cour est transformé selon une étiquette rigoureuse. Si certaines pièces des appartements sont tendues de noir, le deuil imprègne surtout l’habillement et ses accessoires. Après Marie Stuart, dernière « reine blanche », les souveraines adoptent le noir, comme Marie de Médicis. Les rois portent, eux, le deuil en cramoisi violet ou pourpre. Le Convoi funèbre portant le corps du souverain au lieu d’inhumation a toujours été un haut moment des funérailles. Celui de Louis XIV part de Versailles le 8 septembre 1715 à sept heures du soir pour arriver le lendemain, à l’aube, à Saint-Denis.
Marie de Médicis (1575-1642) en deuil noir, Pierre-Paul Rubens, 1622. Huile sur toile. Madrid, Museo Nacional del Prado © Photographic Archive. Museo Nacional del Prado. Madrid.
Louise-Françoise de Bourbon (1673-1743), princesse de Condé, en grand deuil. D’après Pierre Gobert, vers 1710. Huile sur toile; Château de Versailles. © RMN GP (château de Versailles) / Gérard Blot
Le faste des funérailles à Saint Denis. Chargée de revêtir la basilique royale de Saint-Denis de parures de deuil, l’administration des Menus-Plaisirs a élaboré un décor grandiose et théâtral aux couleurs noir, or et argent. La messe est prononcée le 23 octobre par le cardinal de Rohan. Des cérémonies sont aussi organisées un peu partout en France et à l’étranger.
Le Convoi funébre de la reine Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV, arrivant en vue de Saint-Denis, le 10 août 1683. Attribué à Adam-François Van der Meulen, entre 1683 et 1690. Huile sur toile. Collections royales anglaises © 2015 Her Majesty Queen Elizabeth II
L’Arrivée devant l’abbaye royale de Saint-Denis du cortège funèbre de la translation des restes de Louis XVI et de Marie- Antoinette le 21 janvier 1815. Attribué à Jean-Démosthène Dugourc (1749-1825), 1817. Plume et encre de Chine. H. 46 ; L. 32 cm. Château de Versailles © RMN, Gérard Blot
Aigle de Suger, Égypte ou Rome impériale (vase de porphyre), Saint-Denis, avant 1147 (monture). Porphyre rouge, argent doré, fondu, gravé, ciselé, niellé. Paris, musée du Louvre, département des Objets d’art © RMN GP (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
Épée de Charlemagne, dite « la Joyeuse », et fourreau, Île-de-France, Xe -XIe siècle (pommeau) ; XIIe et IXe -Xe siècle (quillons) ; fin du XIIIe ou début du XIVe siècle (fourreau) ; restaurations jusqu’en 1825. Épée : or, perles de lapis ou verre sombre, acier. Fourreau : argent doré, cuivre, pierres précieuses ; velours brodé d’or et pailleté. Paris, musée du Louvre, département des Objets d’art © Musée du Louvre, Dist. RMN GP / Philippe Fuzeau
Paire de gantelets funéraires dits « de Louis XIV », France, début du XVIIIe siècle. Cuivre doré, peau, velours © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN GP / Marie Bour
Tombeaux et mausolées. Depuis la mort de Philippe le Bel (1314), les corps des rois de France sont soumis à la tripartition avec sépultures distinctes. Ainsi, alors que le cercueil de Louis XIV est placé dans le caveau des Bourbons, ses entrailles sont placées à Notre-Dame de Paris et son coeur à l’église de la rue Saint-Antoine. À la Révolution, les reliques royales sont vandalisées, les caveaux des rois sont ouverts et leurs restes dispersés.
Effigie funéraire ébauchée de Catherine de Médicis, Girolamo della Robbia, 1565-1566. Marbre. Paris, musée du Louvre, département des Sculptures © Musée du Louvre, Dist. RMN GP / Thierry Ollivier
Des funérailles royales aux funérailles nationales. Au XIXe siècle, malgré les changements de régime politique, ces rites funéraires monarchiques survivent et sont souvent l’objet d’une appropriation, voire de détournement. Si les funérailles de Louis XVIII restent à l’image de celles du Roi Soleil, les cortèges triomphaux de Voltaire vers le Panthéon, de Napoléon vers les Invalides ou ceux de Sadi Carnot se tournent vers de nouvelles nécropoles tout en reproduisant les fastes funéraires. De même, au XXe et XXIe siècles, les funérailles de grandes personnalités déploient un cérémonial tout aussi grandiose.
Chapelle mortuaire du duc de Berry au Louvre, en février 1820, Hyppolyte Lecomte (1781-1857), 1822. Aquarelle sur papier. H. 34 ; L. 47 cm. Château de Versailles © RMN GP (château de Versailles) / Gérard Blot
Pompe funèbre du duc de Berry, en l’église royale de Saint-Denis, le 14 mars 1820, Jean-Démosthène Dugourc (1749-1825), 1821. Plume, lavis d’encre de Chine, rehauts de blanc. H. 36 ; L. 52 cm. Château de Versailles © DR
Chapelle ardente du roi Louis XVIII dans la salle du trône du palais des Tuileries, septembre 1824, Charles Abraham Chasselat (1782-1843), 1830. Plume et aquarelle. H. 47,5 ; L. 60,8 cm. Château de Versailles © RMN GP (château de Versailles) / Gérard Blot
Pompe funèbre du roi Louis XVIII célébrée en l’église royale de Saint-Denis le 24 septembre 1824, Charles Abraham Chasselat (1782-1843), 1826. Plume, lavis d’encre de Chine et de sépia sur papier. H. 74 ; L. 56 cm. Château de Versailles © RMN, DR
La chapelle ardente du prince Jérôme (1784-1860) au Palais-royal, 30 juin-2 juillet 1860, Philippe-Jacques Linder, 1860. Aquarelle à rehauts de gouache. Château de Versailles, dépôt du Mobilier national © RMN GP (château de Versailles) / Gérard Blot
Les Funérailles de Sadi Carnot (1837-1894) au Panthéon en 1894, Georges Bertrand, 1903. Huile sur toile, Château de Versailles © Château de Versailles (dist. RMN GP) / Christophe Fouin
Les Funérailles du Président Doumer (1857-1932) au Panthéon, le 12 mai 1933, Joseph Bouchor (1853-1937), 1933. Huile sur toile,. H. 42 ; L. 50 cm. Château de Versailles © DR




























