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Alain.R.Truong
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21 janvier 2017

Monet à la Fondation Beyeler du 22 janvier au 28 mai 2017

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Claude Monet,  En Norvégienne, 1887. Huile sur toile, 97,5 x 130,5 cm, Musée d'Orsay, Paris, legs de Princesse Edmond de Polignac, 1947. Photo: © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

BALE- En cette année de son 20e anniversaire, la Fondation Beyeler consacre une exposition à l’un des principaux artistes de sa collection permanente : Claude Monet. Cette présentation concentrée mettra l’accent sur certains aspects choisis de son œuvre. Ce regard sur les années de création situées entre 1880 et le début du XXe siècle avec une échappée sur l’œuvre tardive offre une approche nouvelle et souvent inattendue de ce magicien des images, qui continue d’influencer notre expérience (visuelle) de la nature et du paysage. Lumière, ombres et réflexions, et leur traitement constamment renouvelé dans l’art de cet artiste constituent le leitmotiv de « Monet ». Ses célèbres univers picturaux, ses paysages méditerranéens, les côtes sauvages de l’Atlantique, le cours de la Seine, les prairies en fleurs, les meules de foin, les nymphéas, la cathédrale et les ponts dans la brume sont au cœur de cette exposition.

Dans ces tableaux, l’artiste a exploré les jeux mouvants de la lumière et des couleurs au fil des heures de la journée et des saisons. À l’aide de réflexions et d’ombres, Monet a su créer des atmosphères ensorcelantes. Ce grand pionnier de l’art a trouvé la clé du jardin mystérieux de la peinture moderne et a ouvert les yeux de tous à une nouvelle vision du monde.

Cette exposition présente 62 toiles provenant des plus grands musées d’Europe, des États-Unis et du Japon, parmi lesquels le Musée d’Orsay de Paris, le Metropolitan Museum de New York, le Museum of Modern Art de New York, le Museum of Fine Art de Boston et la Tate de Londres. S’y ajoutent, chose exceptionnelle, 15 toiles appartenant à des particuliers qui ne sont présentées au public que très rarement et n’ont plus été montrées depuis longtemps dans le cadre d’une exposition consacrée à Monet.

2

Claude Monet, La terrasse à Vétheuil, 1881. Huile sur toile, 81 x 65 cm, Collection privée. Photo: Robert Bayer

Lumière, ombre et réflexion

Après la mort de sa femme en 1879, Monet s’engage dans une phase de réorientation. Sa période de pionnier de l’impressionnisme est achevée ; son importance artistique est certes encore loin d’être universellement reconnue, mais grâce à son marchand, il accède à une certaine indépendance économique dont témoignent ses nombreux voyages. Ceux-ci lui permettent notamment de s’intéresser pour la première fois à la lumière de la Méditerranée, et donnent de nouvelles impulsions à son œuvre. Son art se fait plus personnel et s’affranchit du style strictement « impressionniste ».

Mais surtout, ses œuvres semblent prendre pour thème de façon croissante la peinture elle-même. Sans doute faut-il interpréter en ce sens la réflexion qu’il fit à son futur beau-fils, Jean Hoschedé, selon laquelle c’était moins le motif qui l’intéressait que ce qui se passait entre le motif et lui. Les réflexions de Monet sur la peinture doivent être compris aux deux sens du terme. La répétition des motifs par le biais des réflexion, qui trouvent leur apogée et leur conclusion dans les toiles des bassins aux nymphéas, constitue en même temps une réflexion durable sur les possibilités de la peinture, réflexion dont témoignent la représentation et la répétition d’un motif dans le tableau. 

Monet se livre, à travers la représentation d’ombres, à une autre exploration des possibilités de la peinture. Les ombres sont à la fois reproduction et inversion du motif, et leur forme abstraite prête au tableau une structure qui semble remettre en question la simple illustration du motif. C’est ce qui a conduit Wassily Kandinsky, lors de sa célèbre découverte du tableau d’une meule de foin à contre-jour réalisé par Monet (Kunsthaus Zürich et dans la présente exposition), à ne même plus reconnaître le sujet en tant que tel : la peinture en soi avait pris une signification nettement supérieure à la représentation d’un motif traditionnel. 

3

Claude Monet, La cabane du douanier, 1882. Huile sur toile, 61 x 75 cm Harvard Art Museums/Fogg Museum, donation Annie Swan Coburn, 1934. Photo: Imaging Department © President and Fellows of Harvard College

Les mondes picturaux de Monet 

Cette exposition est un voyage à travers les mondes picturaux de Monet. Elle est regroupée par thèmes. Elle se consacre d’abord, dans une grande salle, aux nombreuses et diverses représentations de la Seine. On remarquera tout particulièrement le portrait rarement exposé de la compagne et future épouse de Monet, Alice Hoschedé, assise dans le jardin de Vetheuil juste au bord de la Seine. 

Une salle suivante célèbre la représentation des arbres de Monet : un hommage caché à Ernst Beyeler, qui avait consacré en 1998 toute une exposition au thème des arbres. Inspiré par des gravures sur bois colorées japonaises, Monet a inlassablement traité les arbres sous des éclairages différents, s’intéressant à leurs formes et à la projection de leurs ombres. Ses tableaux prennent ainsi souvent une structure géométrique, particulièrement visible dans les séries. 

Les couleurs éclatantes de la Méditerranée sont illustrées par un ensemble de toiles que Monet a peintes dans les années 1880. Il évoque dans une lettre de cette période la « lumière féerique » qu’il a découverte dans le Sud. 

En 1886, il écrit à Alice Hoschedé qu’il est littéralement fou de la mer. Une importante partie de l’exposition est consacrée au littoral normand et à Belle-Île ainsi qu’aux ambiances lumineuses constamment mouvantes de la mer. On ne peut qu’être fasciné par la succession de vues et d’éclairages changeants dont fait l’objet la cabane d’un douanier sur une falaise, tantôt présentée sous un soleil éblouissant, tantôt plongée dans l’ombre. Quand on l’observe de plus près, l’ombre paraît composée de myriades de couleurs. 

4

Claude Monet, Pointes de rocher à Port-Domois, 1886. Huile sur toile, 81,3 x 64,8 cm Cincinnati Art Museum, Fanny Bryce Lehmer Endowment and The Edwin and Virginia Irwin Memorial, 1985. Photo: Bridgeman Images

Un calme contemplatif émane des toiles qui présentent des atmosphères matinales au bord de la Seine : le motif peint est ici répété sous forme de reflet peint, de sorte que la ligne de séparation entre la réalité peinte et son reflet peint semble se fondre dans la brume qui se lève. Le motif est intégralement répété sous forme de reflet, ce qui empêche de définir clairement le haut et le bas du tableau. Autrement dit : la convention indiquant comment regarder un tableau est abrogée et laissée à la subjectivité du spectateur. On a l’impression que Monet s’approche ici du fondement même de la nature, du « panta rhéi » de la modification constante. En effet, il ne peint pas seulement le changement de lumière entre la nuit et le jour, il représente aussi l’opiniâtreté de la confluence de deux cours d’eau. 

Monet aimait Londres, une ville qui lui avait déjà servi d’asile pendant la guerre franco-allemande de 1870/1871. Devenu un peintre prospère et déjà très connu, il y retourna à la charnière des deux siècles et peignit des vues célèbres des ponts de Waterloo et de Charing Cross, ainsi que le parlement britannique sous des luminosités diverses, dans la brume surtout, qui rend toutes les formes plus floues et les met en scène comme des phénomènes atmosphériques. Un hommage au grand modèle de Monet, William Turner, mais aussi une révérence à la puissance mondiale de la Grande-Bretagne, qui reposait sur son parlement et sur son commerce, constructeur de ponts. 

L’œuvre tardive de Monet est presque exclusivement marquée par son intérêt pictural pour son jardin et pour le jeu des reflets dans ses bassins aux nymphéas. La Collection Beyeler en contient de remarquables exemples. La dernière salle de l’exposition offre une échappée sur les tableaux du jardin de Monet à Giverny. 

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Claude Monet, Matinée sur la Seine, 1897. Huile sur toile, 89,9 x 92,7 cm The Art Institute of Chicago, Mr. and Mrs. Martin A. Ryerson Collection, 1933Photo: © The Art Institute of Chicago / Art Resource, NY / Scala, Florence.

BASEL - In the year of its 20th birthday, the Fondation Beyeler is devoting an exhibition to Claude Monet, one of the most important artists in its collection. Selected aspects of Monet’s oeuvre will be presented in a distilled overview. By concentrating on his work between 1880 and the beginning of the 20th century, with a forward gaze to his late paintings, the show will reveal a fresh and sometimes unexpected facet of the pictorial magician, who still influences our visual experiencing of nature and landscape today. The leitmotif of the “Monet” exhibition will be light, shadow, and reflection as well as the constantly evolving way in which Monet treated them. It will be a celebration of light and colors. Monet’s famed pictorial worlds - his Mediterranean landscapes, wild Atlantic coastal scenes, various locations places along the course of the River Seine, his flower meadows, haystacks, cathedrals and fog-shrouded bridges - are the exhibition’s focal points. 

In his paintings, Monet experimented with the changing play of light and colors in the course of the day and the seasons. He conjured up magical moods through reflections and shade. Claude Monet was a great pioneer in the field of art, finding the key to the secret garden of modern painting and opening everyone’s eyes to a new way of seeing the world. 

The exhibition will show 62 paintings from leading museums in Europe, the USA and Japan, including the Musée d’Orsay, Paris; the Metropolitan Museum, New York; the Museum of Modern Art, New York; the Museum of Fine Art, Boston and the Tate, London. 15 paintings from various private collections that are seen extremely rarely and that have not been shown in the context of a Monet exhibition for many years will be special highlights of the show.

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Claude Monet, Jean-Pierre Hoschedé et Michel Monet au bord de l'Epte, vers 1897-1890. Huile sur toile, 76 x 96,5 cm National Gallery of Canada, Ottawa, donation de la Saidye Bronfman Foundation, 1995. Photo: © National Gallery of Canada

Light, shadow, and reflection

Following the death of his wife in 1879, Monet embarked on a phase of reorientation. His time as a pioneer of Impressionism was over; while by no means generally acknowledged as an artist, he was beginning to become more independent financially thanks to the help of his dealer, as is documented by his frequent journeys. Through them, he was, for example, first able to concern himself with Mediterranean light, which provided new impulses for his paintings. His art became more personal, moving away from a strictly Impressionist style. 

Above all, however, Monet seems to have increasingly turned painting itself into the theme of his paintings. His comment, as passed down by his stepson Jean Hoschedé, that, for him, the motif was of secondary importance to what happened between him and the motif, should be seen in this light. Monet’s reflections on paintings should be interpreted in two ways. The repetition of his motifs through reflections, which reach their zenith and conclusion in his paintings of the reflections in his water-lily ponds, can also be seen as a continuous reflecting on the potential of painting, which is conveyed through the representation and repetition of a motif on a canvas. 

Monet’s representations of shade are another way in which he represented the potential of painting. They are both the imitation and the reverse side of the motif, and their abstract form gives the painting a structure that seems to question the mere copying of the motif. This led to the situation in which Wassily Kandinsky, on the occasion of his famous encounter with Monet’s painting of a haystack seen against the light (Kunsthaus Zurich and in the exhibition), did not recognize the subject for what it was: the painting itself had taken on far greater meaning that the representation of a traditional motif.

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Claude Monet, Peupliers au bord de l'Epte, vers 1897-1890. Huile sur toile, 92,4 x 73,7 cm Tate, Presented by the Art Fund 1926Photo: © Tate, London 2016

Monet’s Pictorial Worlds

The exhibition is a journey through Monet’s pictorial worlds. It is arranged according to different themes. The large first room in the exhibition is devoted to Monet’s numerous and diverse representations of the River Seine. One of the most notable exhibits is his rarely shown portrait of his partner and subsequent wife Alice Hoschedé, sitting in the garden in Vetheuil directly on the Seine. 

The next room celebrates Monet’s representation of trees: a subtle tribute to Ernst Beyeler, who devoted an entire exhibition to the theme of trees in 1998. Inspired by colored Japanese woodcuts, Monet repeatedly returned to the motif of trees in different lights, their form, and the shade they cast. Trees often give his paintings a geometric structure, as is particularly obvious in his series. 

The luminous colors of the Mediterranean are conveyed by a group of canvases Monet painted in the 1880s. In a letter written at that time, he spoke of the “fairytale light” he had discovered in the South. 

In 1886 Monet wrote to Alice Hoschedé that he was “crazy about the sea”. A large section of the exhibition is devoted to the coasts of Normandy and the island Belle-Île as well as to the ever-changing light by the sea. It includes a fascinating sequence of different views of a customs official’s cottage on a cliff that lies in brilliant sunlight at times and in the shade at others. On closer examination, the shade seems to have been created out of myriad colors. 

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Claude Monet, Le Parlement, ciel orageux, 1904. Huile sur toile, 81 x 92 cm Palais des Beaux-Arts de Lille, legs de Maurice Masson, 1949Photo: © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda

Monet’s paintings of early-morning views of the Seine radiate contemplative peace: the painted motif is repeated as a painted reflection in such a way that the distinction between painted reality and its painted reflection seems to disappear in the rising mist. The entire motif is repeated as a reflection. There is no longer any clear-cut differentiation between the top and bottom parts of the painting, which could equally well be hung upside down. In other words, the convention about how paintings ought to be viewed is abandoned and viewers are left to make their own decision. It is as if Monet sought to convey the constant flux (panta rhei) that is such a fundamental characteristic of nature, capturing not only the way light changes from night to day but also the constant merging of two water courses.

Monet loved London. He sought refuge in the city during the Franco-Prussian War of 1870/71. As a successful and already well known painter, he went back there at the turn of the century, painting famous views of Waterloo and Charing Cross Bridge as well as of the Houses of Parliament in different lights, particularly in the fog, which turns all forms into mysterious silhouettes. A tribute not only Monet’s famous hero/forerunner William Turner, but also to the world power of Great Britain with its Parliament and the bridges it built through trade. 

Monet’s late work consists almost exclusively of paintings of his garden and the reflections in his waterlily ponds, of which the Beyeler Collection owns some outstanding examples. The exhibition’s last room contains a selection of paintings of Monet’s garden in Giverny.

9

Claude Monet, Les glaçons, Débâcle sur la Seine, 1880. Huile sur toile, 60 x 100 cm Paris, musée d'Orsay, donation de la baronne Eva Gebhard-Gourgaud, 1965. Foto: © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski.

10

Claude Monet, Prairie à Giverny, effet d'automne, 1886. Huile sur toile, 92,1 x 81,6 cm Museum of Fine Arts, Boston, Juliana Cheney Edwards Collection. Photo: © 2017 Museum of Fine Arts, Boston.

11

Claude Monet, Près de Vernon, Ile aux orties, 1897. Huile sur toile, 73,3 x 92,7 cm The Metropolitan Museum of Art, donation de Monsieur et Madame Charles S. McVeigh, 1960. Photo: © bpk / The Metropolitan Museum of Art.

12

Claude Monet, Nymphéas, 1916-1919. Huile sur toile, 200 x 180 cm, Fondation Beyeler, Riehen/Basel, Collection Beyeler. Photo: Robert Bayer

13

Claude Monet, Vue de Bordighera1894. Huile sur toile, 66 x 81,8 cm, The Armand Hammer Collection, donation de Armand Hammer Foundation, Hammer Museum, Los Angeles

14

Claude Monet, Charing Cross Bridge, brouillard sur la Tamise, (Charing Cross Bridge: Fog on the Thames), 1903Huile sur toile, 73,7 x 92,4 cm, Harvard Art Museums/Fogg Museum, donation de Madame Henry Lyman, 1979. Photo: Imaging Department © President and Fellows of Harvard College.

15

Claude Monet, Coucher de soleil sur la Seine, l'hiver, 1880. Huile sur toile, 60,6 x 81,1 cm, Pola Museum of Art, Pola Art Foundation. 

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Theodore Robinson, Portrait of Monet, around 1888–90. Cyanotype, 24 x 16,8 cm Terra Foundation for American Art, Chicago, donation de Monsieur Ira Spanierman, 1985. Photo: © Terra Foundation for American Art, Chicago / Art Ressource, NY.

 

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