
Vincent Bizien, Autoconstruction, 2016. Acrylique sur toile, 100 x 81 cm. Courtesy de l'artiste et Galerie Maïa Muller
[…] Je ne souhaite pas raconter quelque chose au sens d’une histoire qui aurait un début et une fin, ni même faire du dessin un outil de revendication ou d’indignation. Il s’agit d’avantage d’aller fouiller dans la complexité des relations entre les humains, des humains avec l’animalité, des humains avec la mort, des humains avec les choses, et les questions de pouvoir induites par ces relations. Quand mon imaginaire vient se cogner au réel, je ne fais pas des dessins pour dire à ceux qui les regardent « regardez comme le monde va mal ! », ils peuvent s’en rendre compte quotidiennement par eux mêmes. C’est la densité du vivant qui m’intéresse et la tension dans les relations qu’elle sous-tend et englobe dans sa diversité. De cette friction avec le réel, on peut voir poindre l’ombre d’un doute, et ça, c’est une dimension beaucoup plus jouissive. Cela peut produire un dialogue hermétique, mes dessins le sont parfois, mais témoignent de ce qu’il y a de fécond dans cette inévitable friction. Étrangement, quand on lit la poésie, on ne se demande pas pourquoi ce qu’on lit est poétique. C’est souvent sur soi-même que l’on bute devant une image, peut-être parce que l’on pense à tort que le travail est fait. Or, un effort est encore nécessaire devant ce qui achoppe. C’est la raison pour laquelle je n’aime pas les images définitives qui imposeraient d’emblée un sens acceptable par confort. Je préférerais toujours celles qui font vaciller quelque chose en moi du fait de leur incomplétude en ouvrant sur ce qui ne se résout pas.
Entretien avec Philippe Ancelin
Extrait du catalogue de l’exposition Disparates, Villa Saint Cyr, Juillet 2016

Vincent Bizien, Enfant rose, 2016. Acrylique sur toile, 49 x 38 cm. Courtesy de l'artiste et Galerie Maïa Muller
L’exposition « Œuvres récentes » à la galerie Maïa Muller dévoile les dernières peintures de Vincent Bizien. Des tableaux à l’huile, à la gouache ou à l’aquarelle, sur toile ou sur papier, qui se nourrissent de la complexité de l’humain et du réel.
Des tableaux qui mêlent les images, les matières et les significations
Les peintures de Vincent Bizien apparaissent comme des assemblages d’éléments disparates dont le résultat appartient malgré tout à la figuration. Dans la toile intitulée Autoconstruction, une association de formes plus ou moins géométriques et de diverses couleurs forme une figure humaine difforme, dont la tête est posée à l’envers. L’œuvre Disparate demain gauche est une composition à l’encre et à la gouache sur papier où plusieurs mains gauches se mêlent à différents éléments (des têtes, un vase rempli de fleurs fanées…) dans un style cubiste.
Cette œuvre est représentative du travail de Vincent Bizien par la façon dont à la fois sa composition, les matériaux utilisés et son titre explorent les associations et télescopages d’images, de matière, de significations. Les créations de Vincent Bizien puisent leur matière dans le flux d’images que sont les médias, Internet, les photographies d’inconnus vendues sur les brocantes, les films ou encore la mémoire individuelle. Elles rendent compte d’un chaos visuel et sémantique dans lequel la démarche de l’artiste consiste à opérer un choix. Ce choix reflète alors un chaos intérieur et la collection de tableaux forme une constellation qui reconstitue l’histoire personnelle de l’artiste.

Vincent Bizien, Disparate demain gauche, 2016. Encre et gouache sur papier, 160 x 130 cm. Courtesy de l'artiste et Galerie Maïa Muller
Les tableaux de Vincent Bizien reflètent la complexité humaine
L’enfance est un sujet récurrent des peintures de Vincent Bizien. Dans un tableau de la série Cosmétique, un personnage se balance sur un cheval de bois. Entre photographie et peinture, l’œuvre associe une occupation enfantine à des éléments qui en brisent l’innocence : le corps du personnage est celui d’une femme adulte, chaussée de sandales à talon, son visage est caché par des dessins représentant un masque au nez démesurément long et une chevelure semblable à une crinière, tandis que la tête du cheval est barbouillée de peinture blanche qui la rend méconnaissable. Ce n’est pas une vision sereine de l’enfance qui s’affiche mais au contraire celle d’une période marquée par une forme de cruauté, par l’ouverture à un imaginaire faits de peurs, de monstres, de chimères et de démesure.
Les peintures de Vincent Bizien plongent dans la complexité humaine et se nourrissent de ses aspects potentiellement inquiétants. Elles illustrent de façon parfois hermétique les confrontations entre les individus, entre l’humain et l’animal ou encore avec la mort.
Galerie Maia Mulle. 02.02.17 - 01.03.17. 19 Rue Chapon 75003 Paris

Vincent Bizien, Sans titre. série Cosmétique, 2016. Technique mixte sur papier, 40 x 30 cm. Courtesy de l'artiste et Galerie Maïa Muller