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Alain.R.Truong
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29 novembre 2018

Christie's sets a new world auction record for Bernardino Luini

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Lot 508. Bernardino Luini, Une figure de sainte, en buste, avec une palme et lisant les Ecritures. Au revers la marque rouge du cachet de la collection de Son Altesse Royale la duchesse de Berry et une inscription ancienne manuscrite avec l’ancienne attribution à Leonard de Vinci, huile sur panneau, 40 x 30 cm. (15 ¾ x 11 ¾ in.) Estimate 400,000 - 600,000Sold for €1,207,500, new world auction record for the artist. © Christie’s Images Limited 2018.

PARIS.- Christie's France is pleased with the results realised yesterday, especially for the masterpiece by Bernardino Luini which established a new world auction record, selling for €1,207,500, more than three times its presale estimate. This painting, unseen since 1865, is coming from the former collection of the Duchess of Berry and was always known as being executed by Leonardo Da Vinci himself until 1956, when the art historian Ottino Della Chiesa published a monograph on Luini in which the painting was represented. 

Pierre Etienne, International Director of Old Master Paintings: “I am very proud to have defended such a strong picture to a very high level despite the fact that it was classed amongst the Monuments Historiques: French and International collectors fought for this painting and were ready to keep it in France”. 

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Lot 508. Bernardino Luini, Une figure de sainte, en buste, avec une palme et lisant les Ecritures. Au revers la marque rouge du cachet de la collection de Son Altesse Royale la duchesse de Berry et une inscription ancienne manuscrite avec l’ancienne attribution à Leonard de Vinci, huile sur panneau, 40 x 30 cm. (15 ¾ x 11 ¾ in.). Estimate EUR 400,000 - EUR 600,000. Price realised €1,207,500, new world auction record for the artist. © Christie’s Images Limited 2018.

Provenance: Probablement parti de l’entier mobilier du Palais Vendramin, Grand Canal, Venise, avant son acquisition avec le Palais par Ettore Lucchesi-Palli, duc Della Grazia, second mari de Son Altesse Royale la duchesse de Berry au dernier membre de la lignée Vendramin, avant 1844 ; 
Collection de Son Altesse Royale la duchesse de Berry, Palais Vendramin, Grand Canal, Venise, avant 1865 ; 
Sa vente, Paris, Hôtel Drouot, Maître Pillet, 19 avril 1865 et jours suivants, lot 184, comme Leonard de Vinci ; adjugé à Laneuville, marchand d’art et expert de la vente très probablement pour le compte du collectionneur suivant ; 
Collection du comte Charles-Marie Tanneguy Duchâtel, Paris ; 
Collection de sa veuve, la comtesse Eglée Rosalie Paulée Duchâtel ; 
Donné à son gendre le duc de Thouars, Louis Charles de la Tremoille ; 
Resté par descendance chez les actuels propriétaires.

Literature: A.Ottino Della Chiesa, Bernardino Luini, Novara, 1956, reproduit par erreur fig. 158 pour le no. 192 (confusion de l’auteur avec la version de la Poétesse lisant de la collection de Salomon Guggenheim).

Une réapparition importante 

Jusqu’à présent, l’existence de notre tableau n’était connue que par sa description dans le catalogue de la vente de la collection de la duchesse de Berry en 1865 ; par plusieurs copies de qualités picturales très inférieures et par la publication d’une photographie noire et blanche dans la monographie sur Bernardino Luini de l’historien d’art Ottino Della Chiesa, éditée en 1956. L’œuvre que nous avons le privilège de présenter aujourd’hui n’a pas été vue depuis 1865, date de sa dernière exposition publique à Paris. Sa réapparition constitue un véritable événement.
Par la force de son image, l’intensité charismatique de la figure de sainte à mi-corps, la grande finesse picturale et la qualité de conservation, cette œuvre saisit par sa présence. Bernardino Luini est certainement l’un des tous meilleurs artistes contemporains du grand maître milanais Léonard de Vinci. Ce panneau est l’une des plus belles œuvres à apparaitre sur le marché de l’art depuis plusieurs décennies. 
L’œuvre est ample et délicate. Elle dégage une grande force qui séduit immédiatement le spectateur. Elle s’impose et dans le même temps, par son format (un délicat panneau de dimensions restreintes), l’artiste parvient à créer une intimité évidente qui rend immédiatement accessible la féminité presque humaine de la Sainte ici, représentée à mi-corps.

Bernardino Luini, le plus célèbre des « Leonardeschi » 

Rares sont les informations précises sur la vie de Bernardino Luini et même le célèbre biographe du XVIème siècle Giorgio Vasari ne donne que peu de détails. Il le nomme tout de même comme élève de Léonard de Vinci. Il s’avère que Luini fut même très proche du génie milanais. Peu d’information sur sa vie mais par contre un corpus d’œuvres d’une très grande cohérence. Bernardino Luini a fait l’objet d’une monographie importante publiée en 1956 mais n’a, depuis lors, et ce, très injustement, pas fait l’objet d’actualisation de cette dernière remettant légitimement en valeur la grande personnalité picturale du maître, notre tableau en étant un exemple d’une clarté évidente. 
Luini est certainement l’un des maîtres qui sera, parmi l’ensemble des artistes du groupe dit des « Leonardeschi » comme Giovanni Antonio Boltraffio, Giovanni Pietro Rizoli dit Le Giampetrino ou encore Gian Giacomo Caprotti dit Salaï ; celui qui saura à la fois suivre le plus rigoureusement les préceptes et les exemples de Léonard et qui, dans le même temps, saura conserver sa propre et parfaitement distincte personnalité. 
Ses nombreuses Vierge à l’Enfant ont fait sa popularité et il développera également des programmes beaucoup plus ambitieux et savants au travers de grands cycles de fresques à la fois sacrées et profanes surtout dans les années 1520. Citons pour exemple les fresques du Sanctuario della Beata Virgine Dei Miracoli à Saronno. 
Luini a su inventer son style pictural, parfaitement identifiable, sa personnalité d’artiste, forte des fondements initiés par Léonard en associant, parfois aussi, une douceur proche du Corrège. Bernardino Luini est, très certainement, l’artiste qui aura su, avec le plus de finesse et d’intelligence porter à son apogée dans l’histoire de l’art la prolongation de l’esthétique Léonardesque.

Le « Léonard de Vinci » de la duchesse de Berry 

Ce charmant panneau, très certainement destiné à une dévotion religieuse privée à ses origines garde malheureusement quelques mystères quant à sa provenance ancienne. Comme de nombreuses œuvres de cette époque nous ne parvenons pas à remonter avec certitude l’intégralité de l’historique mais seulement jusqu’au milieu du XIXème siècle. De cette époque jusqu’à nos jours, il a eu de prestigieux propriétaires, érudits et fins collectionneurs. Cette provenance vient, bien entendu, renforcer la légitimité de cette œuvre au rang de Chef d’œuvre.
Le travail de recherches en tableaux anciens est, presqu’un travail d’enquêteur et, bien souvent c’est l’œuvre elle-même qui nous donne des informations. Ainsi, l’analyse de l’arrière du panneau nous donne de précieux éléments comme ce très beau et large cachet surmonté d’une couronne au tampon encré rouge révélant l’appartenance de cette œuvre à la collection de la duchesse de Berry à Venise.
Marie Caroline de Bourbon, duchesse de Berry, grande collectionneuse d’art avisée, avait rassemblé un formidable ensemble d’œuvres dans le Palais venant compléter l’ensemble meublant déjà le bâtiment avant l’acquisition en 1844. On peut d’ailleurs imaginer que notre tableau pouvait provenir avant cette date des collections du palais amassées par la lignée Vendramin. Les désordres politiques liés au Risorgimento, période de troubles de l’unification italienne allaient contraindre Son Altesse Royale la duchesse de Berry à quitter l’Italie, rejoindre le château de Brünnsee en Autriche, vendre le Palais et son mobilier, aux enchères, à Paris en 1865. 
L’histoire de l’art au XIXème n’était pas encore véritablement née, elle débutera avec le XXème siècle. Ainsi, nombre d’artistes de périodes anciennes avaient sombré dans l’oubli. Il est donc normal de retrouver dans la vente de la collection de la duchesse de Berry, à Paris, le 19 avril 1865 sous le numéro 184, notre tableau décrit comme une œuvre de Léonard de Vinci. La personnalité de Bernardino Luini étant à cette époque totalement occultée, une œuvre de cette qualité picturale ne pouvait être considérée que comme une œuvre autographe du grand maître milanais.
L’œuvre fut acquise à cette vente par Monsieur Laneuville, marchand d’art de l’époque et expert de la vacation qui en fit l’acquisition très probablement par souci de discrétion, pour le compte du comte Tanneguy Duchâtel.

Tanneguy Duchâtel, homme politique et collectionneur

Le comte Charles-Marie Tanneguy Duchâtel (1803–1867) fut un éminent personnage politique de la seconde moitié du XIXème siècle. Il fait partie des membres fondateurs du journal Le Globe et s’occupe des articles économiques. Il est nommé député de Charente-Inferieure (1833), ministre du commerce (1834), ministre des finances (1836) puis ministre de l’intérieur (1839 et 1840). Il s’occupera notamment de l’acquisition de l’hôtel de Cluny, préfigurant la création de l’actuel musée de Cluny et de la translation des cendres de Napoléon Ier. 
Grand-Croix de la Légion d’Honneur il fut membre de l’Académie des sciences morales et politiques et membre de l’Académie des Beaux-Arts. Il se retire de la vie politique après son retour d’exil lié à la révolution de 1848. Collectionneur de livres et tableaux anciens, plusieurs œuvres de sa collection sont maintenant dans des collections de musées prestigieux dont Sainte Casilde de Francisco de Zurbaran provenant de l’ancienne collection du maréchal Soult maintenant au musée national Thyssen-Bornemisza à Madrid. Sa veuve léguera au Louvre cinq œuvres importantes dont les célèbres Œdipe et le Sphinx et La Source de Jean Auguste Dominique Ingres. Le musée du Louvre comporte une salle portant son nom. 

Christie's France is also proud that the Indianapolis Museum of Art at Newfields, Indiana acquired the beautiful 19th century Sèvres porcelain blue-ground “Déjeuner Chinois Réticule” for €85,000 against a presale estimate of €40,000-60,000. 

 

 

 

 

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Lot 518. "Déjeuner Chinois Réticulé" en porcelaine de vres du XIXe siècle, marques en vert S.50/56/58/59/60 dans un cartouche pour 1850,56,58,59 et 1860, marques en rouge pour 1862 et une pour 1863, marques en creuxEstimate €40,000-60,000. Sold for €85,000 to the Indianapolis Museum of Art at Newfields, Indiana. © Christie’s Images Limited 2018.

Les extérieurs à décor à l’imitation du lapis-lazuli et or rayonnant de branchages fleuris dans des cartouches polylobés, de lambrequins fleuris et motifs floraux dans le goût chinois, les intérieurs à décor dans le même esprit en or, vert, rouge et platine se détachant sur un fond lilas, les anses et déversoirs en forme de bambou, les parois extérieures, bord du plateau, et sa colonne centrale ajourés de motifs de treillages géométriques et de fleurs stylisées, comprenant: 
un plateau « de déjeuner chinois réticulé », à huit côtés polylobés et monture en métal doré reposant sur huit pieds, avec une colonne centrale supportant une coupe, 
une « jatte de déjeuner » octogonale polylobée (restaurée), 
une cafetière « chinoise » et son couvercle de forme ovoïde,
une théière « chinoise » et son couvercle, de forme bombée aplatie,
un pot à lait « chinois », à col évasé et quadrilobé,
un « pot à sucre chinois » et son couvercle, de forme bombée aplatie, muni de deux anses, 
deux tasses à café « chinoises » et leurs sous-tasses,
deux tasses à thé « chinoises » et leurs sous-tasses 
Diamètre du plateau: 50 cm. (19¾ in.)

Provenance: Offert sur ordre de l’empereur Napoléon III au sénateur, Mr. le comte J. Boulay de la Meurthe, en aout 1863 ; 
Par descendance dans la famille jusqu’en 1998.
Acquis par le propriétaire actuel en 1998. 

Le « déjeuner réticulé chinois » du comte Boulay de la Meurthe. 
Un premier registre conservé aux archives de Sèvres-Cité de la Céramique (Vv 7, folio 5, verso), mentionne ce qui est probablement l’entrée de ce déjeuner au magasin de vente en avril 1862. Il donne ainsi la liste des pièces qui le composent avec leur prix de revient et leur prix de vente :
Forme
Plateau
Jatte
Cafetière
Théière
Pot à lait
Sucrier
Tasse à thé et soucoupe
Tasse à café et soucoupe 
Prix de revient
789.50 francs
345 francs
237.50 francs
232.50 francs
202 francs
220 francs
166.62 francs 
150 francs 
Prix de vente
1,050 francs
460 francs
315 francs
310 francs
270 francs
295 francs
220 francs 
200 francs 

Finalement, le registre du magasin de ventes de la manufacture, également conservé aux archives de Sèvres-Cité de la Céramique, mentionne la livraison de ce service (Vbb 12, folio 35) :
Donné à M le comte J. Boulay (de la Meurthe), Sénateur en aout 1863 / Service de déjeuner chinois réticulé fond bleu lapis décor en or repris en or et couleur. 

Le comte Jean Boulay de la Meurthe (1761-1840), issu d’une famille de paysans vosgiens, suit des études de droit à Nancy et exerce à Paris en tant qu’avocat. Il soutient le Coup d’Etat du 18 Brumaire, et est nommé par Napoléon Bonaparte en janvier 1800, président de la section de la législation au Conseil d’Etat dans le cadre de laquelle il contribue à la rédaction du Code Civil. Elevé à la dignité de comte en 1808, il part en exil en Allemagne de 1815 à 1819 au retour des Bourbon, puis rentre en France. Il a deux enfants, Henri et François-Joseph (1799-1880). C’est ce dernier, 3e comte Boulay, qui fut le récipiendaire de ce rare service en 1862 ; il était conseiller d’Etat, sénateur (1857-70) et membre du conseil de l’Instruction publique. Son arrière-petit-fils, Alfred, 6e comte, épousera Monique d’Harcourt, fille d’Isabelle d’Orléans. 

Le décor « réticulé ». 
Alexandre Brongniart, à l’époque directeur de la manufacture de Sèvres, était fasciné par l’Asie et ses techniques de productions porcelainières. Il avait eu l’occasion d’admirer des pièces chinoises réticulées à l’occasion d’une vente chez un antiquaire parisien du nom de F. Sallé en 1826. Cette vente comportait une section intitulée « Les porcelaines chinoises ajourées » ; elles seront l’inspiration de la production sévrienne quelques années plus tard avec la création en novembre 1831 du « déjeuner chinois réticulé ».
Pour ce travail Hyacinthe Régnier (modeleur et sculpteur à la manufacture de 1825 à 1863) est payé à l’avance pour un ensemble de dessins préparatoires. L’année suivante, il réalise d’autres dessins et les finalise pour que débute la production ; il travaillait aussi au même moment sur les ornements en relief du « Vase de la Renaissance ». Les premières pièces réticulées sont produites en 1832, et exposées la même année au Louvre. Elles présentent des doubles parois de porcelaine soutenues entre elles par de petites sections de porcelaine, la paroi extérieure étant ajourée. Ce travail demandait l’intervention de trois ouvriers différents : le tourneur qui créait la paroi intérieure, le modeleur qui créait la paroi externe et appliquait les anses et déversoirs, et une troisième personne pour créer le décor ajouré. Ensuite interviennent les décorateurs et doreurs. Tout ce long processus d’ajourage étant très élaboré, coûteux et demandant un important travail aux ouvriers, son dessin est finalement simplifié par Léon Kann en 1900. 
Pour une étude sur la vente de 1826, pour les dessins préparatoires de Régnier et quelques illustrations, voir par Tamara Préaud, The Sèvres Porcelain Manufactory Alexandre Brongniart and the Triumph of Art and Industry, 1800-1847, Catalogue d’exposition au Bard Graduate Centre for studies in the Decorative Arts, New York, Octobre 1997 - Février 1998, p.267, n.76 ; et par Marcelle Brunet et Tamara Préaud, Sèvres des origines à nos jours, Fribourg, 1978, p.297, n.390. 

D’autres modèles de « service réticulé chinois ». 
A l’instar de Louis XVIII et de Charles X, le roi Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie ont passé de nombreuses commandes auprès de la manufacture royale de Sèvres. Sept déjeuners chinois réticulés ont été acquis par la reine pour son utilisation personnelle et prévus pour être offerts ; cf. Tamara Préaud, Op.cit., p.76, fig. 6-2 pour l’exemplaire de 1840 créé pour la reine Marie-Amélie et aujourd’hui dans les collections du Musée du Louvre. Plusieurs exemplaires sont répertoriés et certains ont des liens avec la monarchie ou la Maison impériale. Citons les chronologiquement : - un premier exemple de 1837, à fond turquoise, livré le 14 juillet 1838 à la Reine Marie-Amélie, épouse de Louis-Philippe, roi des Français; pour une illustration, voir la vente chez Sotheby's New-York, le 22 mai 1997, lot 40;
- un deuxième de 1839, à fond corail, livré soit sur ordre de Monsieur l'Intendant Général (au nom de Louis-Philippe) le 12 août 1842 à Monsieur de Cambacérès, Pair de France; soit sur ordre de Louis-Philippe en juin 1844 à Monsieur de Rothschild, puis dans la collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé (Christie's Paris, Collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé, le 25 février 2009, lot 733) et maintenant conservé dans les collections du Fine Arts Museums de San Francisco, Legion of Honor Museum [2009.11.1-10]; 
- un troisième de 1840, à fond rose, livré en 1840 également à la Reine Marie-Amélie et conservé dans les collections du Musée du Louvre, don de M. et Mme Jean-Marie Rossi [OA11098-11111]; pour une illustration, voir le catalogue d'exposition Un âge d'or des arts décoratifs 1814-1848, Paris, 1991, p.279 ; 
- un quatrième de 1841, à fond rouge, présent de Louis-Philippe, roi des Français au Vice-Roi d'Egypte Méhemmet'Ali, livré le 13 octobre 1841 et maintenant conservé dans une collection privée après avoir été vendu deux fois chez Christie’s - Christie's Monaco, le 12 décembre 1999, lot 936 et Christie’s Paris, le 24 juin 2009, lot 141 ;
- un cinquième de 1842, à fond vert, probablement livré au roi Louis-Philippe ou à la reine Marie-Amélie, conservé dans les collections du Detroit Institute of Art, Detroit (2008.15.1-24);
- un sixième de 1846, à fond vert pâle, conservé dans une collection privée; pour une illustration, voir la vente chez Christie's New-York, le 20 avril 2005, lot 172;
- un septième de 1861, à fond blanc, conservé dans les collections du Metropolitan Museum de New York; pour une illustration, voir par Marcelle Brunet et Tamara Préaud, Sèvres des origines à nos jours, Fribourg, 1978, p. 297, n. 390 ;
- un huitième de 1863 à fond bleu-lapis, offert par l’empereur Napoleon III à M le comte J. Boulay (de la Meurthe), sénateur, en aôut 1863, l’exemplaire ci-présent.

Other highlights included an exceptional reliquary realised in Limoges circa 1210-1220 which sold for €487,500 and a remarkable late 18th century Sèvres porcelain armorial blue-ground dessert service which sold for €343,500. Collectors were also active on a Louis XVI meuble à hauteur d'appui executed by Etienne Levasseur circa 1780, which sold for €211,500. 

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Lot 503. Châsse en émail champlevé, cuivre doré, gravé et ciselé représentant l’Adoration des rois mages, Limoges, vers 1210-1220; 19 x 18,5 x 8,5 cm. (7 ½ x 7 ¼ x 3 5/8 in.). Estimate EUR 400,000 - EUR 600,000. Price Realised EUR 487,500. © Christie’s Images Limited 2018

La partie inférieure de la face majeure représentant les trois Rois s’avançant vers la Vierge à l’Enfant tenant un sceptre fleurdelisé sur un fond orné de rosettes traversé par une bande horizontale ; le toit représentant les trois Rois chevauchant vers la droite, sur un fond animé par trois arbres-fleurons et une étoile ; L’ensemble bordé d’une onde émaillée; chaque pignon présentant un saint debout sur une motte ondée sous un arc en plein cintre sommé d’un clocheton, sur un fond semé de rosettes traversé par une barre; la face postérieure décorée de carrés contenant des quadrilobes émaillés et bordée de croisettes ; les pieds gravés d’un motif vermiculé et losangé ; l’âme en chêne d'origine; portant le numéro d'inventaire ‘K.4186’ 

Provenance: Offerte en 1843 par le Prof. Heindorf de Münster au roi de Prusse Frédéric Guillaume IV († 1861) ; 
Puis par descendance dans les collections royales de Prusse puis des Empereurs germaniques à partir de 1861 ;
Entrée dans la Collection du Schlössmuseum ou Kunstgewerbemuseum (inv. n° 4186), Berlin, en 1875 ;
Acquise auprès du musée Kunstgewerbemuseum par Ernst Kahlert und Sohn, Berlin, en 1933 ;
Dans une collection familiale depuis les années 1950, Paris.

Literature: BIBLIOGRAPHIE
M.-M. Gauthier, E. Antoine, D. Gaborit-Chopin et al, Corpus des Emaux Méridionaux - vol. II: L'apogée 1190-1215, Paris, 2011, I A2, no. 12. 
D. Kötzsche, Limousiner Metallarbeiten des Mittelalters aus dem Besitz des Kunstgewerbemuseum Berlin, Berlin, 1975, p. 17.

BIBLIOGRAPHIE COMPARATIVE 
M. l'abbé Texier, Essai historique et descriptive sur les argentiers et émailleurs de Limoges, Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, année 1842, Poitiers, 1843.
J.-J. Marquet de Vasselot, 'Les émaux Limousins à fond vermiculé (XII et XIII siècles)', Revue archéologique, 1905, Tome VI. 
M. M. Gauthier, M. François, Medieval Enamels, Masterpieces of the Keir Collection, London, 1981. 
Paris, New York, Musée du Louvre, The Metropolitan Museum of Art, L'oeuvre de Limoges, Emaux limousins du Moyen-Age, 23 Oct. 1995 - 22 Jan. 1996 and 4 Mar. - 16 Jun. 1996. 
Cleveland, Baltimore, London, The Cleveland Museum or Art, The Walters Art Gallery, The British Museum, Treasures of Heaven, relics, saints and devotion in medieval Europe, M. Bagnoli, H. A. Klein, C. G. Mann, J. Robinson eds., 17 Oct. 2010 - 17 Jan. 2011, 13 Feb. - 15 May 2011, 13 Jun. - 9 Oct. 2011, p.184, no 94) 
E. Rupin, l’OEuvre de Limoges, vol. 2, Paris 1890, p. 424.

Note: Objet liturgique majeur, la châsse ici présente fut offerte à Frédéric-Guillaume IV (1795-1861) en 1843. Surnommé le « Roi Romantique », Frédéric-Guillaume IV fut roi de Prusse de 1840 à 1861. Dessinateur et passionné des arts, il manifeste un grand intérêt pour le Moyen-Âge, et suit de près les évolutions artistiques et architecturales de Berlin. Aux côtés de Karl Friedrich Schinkel (1781-1841), il supervise l’achèvement de la cathédrale de Cologne, ou encore la reconstruction du château de Stolzenfels. Sa passion pour le Moyen-Âge était connue des cours européennes, professeurs et des grands collectionneurs de son temps, et explique certainement qu’il ait reçu cette châsse en cadeau du Professeur Heindorf de Münster, exemple particulièrement exceptionnel de la production artistique médiévale. Elle fit partie des collections royales de Prusse puis des collections impériales germaniques jusqu’à l’abdication de l’empereur Guillaume II. Datant de 1210-1220, ce reliquaire retrace le voyage des Rois mages de l’Orient vers Bethléem pour adorer l’Enfant Jésus, et est l’un des exemples les plus exceptionnels encore en mains privées de la production d’émaux à Limoges de 1210-1220.

Notre châsse est identique pour la face majeure et le revers, à quelques petits détails près, à celle du British Museum (I A 2, n° 9). De plus, elle présente un décor de même thème, composition et motifs que d’autre châsses connues observables au Walters Art Museum de Baltimore (I A 2, n° 2), à la cathédrale de Troyes, au Musée Cluny (inv. Cl. 23822), au Musée August Kestner de Hanovre (inv. 470), et dans la collection Burrell de Glasgow (inv. 26/8).

Dès le début du XIIème siècle, Limoges devint le principal centre de production d'émaux polychromes. L'évolution de l'émaillerie champlevée dans cette région au cours des quatre dernières décennies du XIIème siècle est fondamentalement liée au patronage des souverains Plantagenêts, alors maîtres de l'Aquitaine, à l'essor du culte des Saints au Moyen-Âge et à l'importance des objets de dévotion personnelle. Le peu d'information sur l'organisation et la localisation géographique des ateliers et des artistes aussi bien dans le temps que dans l'espace, rend la datation précise des émaux limousins difficile; l'on peut néanmoins, en suivant les études réalisées au cours de ces dernières années, s'accorder sur un développement entre 1150 et 1220. 

La production artistique était essentiellement centrée sur la réalisation d'objets liturgiques et c'est à cette époque que les châsses reliquaires connaissent un essor important. Les châsses ou 'fiertes' étaient traditionnellement dans un premier temps, commandées par des dignitaires ecclésiastiques ou par l'entourage du roi afin de receler, protéger et commémorer les reliques des saints. La forme géométrique des châsses évoque symboliquement celle des sarcophages antiques mais aussi celle des églises. La structure est principalement en chêne recouvert d'un alliage d'enduit blanc peint en rouge; celle-ci est également recouverte de plaques de cuivre champlevé et émaillé. Les principales évolutions des châsses à l'époque romane se situent au niveau des décors des figures humaines. En effet, les artistes autour de 1200 laissent les silhouettes réservées et dorées se détacher sur le fond émaillé; c'est aussi de cette époque que date l'apparition, dans l'agencement des champs colorés, d'une ou deux bandes horizontales turquoises dans le fond bleu au niveau de la face majeure et des pignons comme nous pouvons le distinguer sur la châsse ici présente.

Le thème de l’Adoration des Mages, la composition structurelle, le contexte architectural et géométrique, les figures des trois Rois réservées, dorées et pourvues de têtes d'applique dit 'classique', la vaste palette chromatique centrée autour du vert et de quatre nuances de bleu, ainsi que l'attention portée à la gravure de détails tels que les orfrois, permettent de confirmer que la châsse ici présente appartient au groupe de châsses dite de ‘l’Adoration des Rois mages' provenant d'un atelier Limousin autour de 1210-1220.

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Lot 510. Partie de service à dessert armorié en porcelaine de Sèvres du XVIIIe siècle, circa 1787-88, diverses marques en bleu, mauve et or aux deux L entrelacés, lettres dates KK pour 1786 et LL pour 1787, diverses marques de peintres et de doreurs, marques en creux. Estimate €250,000 - 400,000. Sold for €343,500. © Christie’s Images Limited 2018.

A décor au centre d’une corbeille en osier garnie de fleurs sur un entablement avec des fruits dans un médaillon or entouré d’une frise de fleurs, frise de fleurs similaire sur la chute et filets or, l’aile à décor de trois réserves rectangulaires à pans coupés enfermant sur la partie haute des armoiries avec heaume, tenants, devise et guirlandes de roses, les deux autres sur les côtés avec des profils a l’imitation de camées dans des cartouches or entourés de guirlandes de fleurs ; ces réserves se détachant sur un fond bleu enrichi de larges frises or composées de couronnes de fleurs, couronnes de perles et arabesques feuillagées, filet or sur le bord, (en général quelques rayures, égrenures et usures à l’or) comprenant : 
soixante-quatre assiettes (six avec un éclat, une avec un petit éclat restauré, une avec défaut de cuisson), 
quatre compotiers ronds (un avec un éclat sur le bord et fêlures associées), 
trois compotiers coquille (petits éclats à une anse), 
quatre compotiers carrés, 
quatre compotiers ovales, 
deux sucriers « Monsieur le Premier » et leurs couvercles (un avec corps rattaché et un couvercle restauré), 
deux plateaux à deux confituriers et leurs couvercles (un couvercle avec petit éclat), 
deux plateaux à trois confituriers et leurs couvercles (un plateau restauré et avec un des bols restauré, un couvercle avec restaurations, un autre couvercle avec petit éclat au bord), 
deux glacières, leurs couvercles et deux intérieurs (un pied recollé, petits éclats à un couvercle), 
trois « seaux à demi bouteille ordinaire », 
un « seau à liqueur ovale », quatre saladiers (un avec fêlures sur le bord) 
L. du seau à liqueur ovale: 30,5 cm. (12 in.).

Provenance: Livré à Jean-Baptiste Lefebvre pour M. Henry Hope, le 23 février 1788.
John Williams Hope et Anne Godard (nièce de Henry Hope), 1811.
W. Williams Hope, Esq. (leur fils), Paris et Rushton Hall, Northamptonshire.
Succession de W. Williams Hope, Esq, vente Maitre Pouchet, sur place, Hôtel particulier de William Hope, Paris, 4-16 juin 1855, lot 252 (un illus., 20,500 francs).
The Property of a Nobleman; Christie’s, London, 24 mai 1876, lot 307 (un illus., 4,500 livres au comte de Dudley).
Le très Honorable, Feu comte de Dudley, Christie’s, Londres, 21 mai 1886, lot 173 (acquis par A. Hope pour 1900 guinées). 
Collection M.X., Maitre H. Baudoin, vente Galerie Georges Petit, , Paris, 22 mai 1911, lot 40. (Vendu pour 56,580 francs, amputé de cinq assiettes, à probablement à Ducrey probablement pour Michel Ephrussi)
Probablement acquis dans le années 1950 chez Pietro Accorsi, Turin et par descendance au propriétaire actuel.

Literature: Guillaume Séret, “Porcelaines étrangères – 1933”, Les Rothschild - Une dynastie de mécènes en France, [sous la direction de Pauline Prévost-Marcilhacy], vol. II, Paris, Paris, 2016, footnote 46.

Note.

Henry Hope (1735-1811).
Riche banquier et grand collectionneur d’Amsterdam, était en fait né à Boston dans les colonies de la baie de Massachusetts au nord-est de l’Amérique. Il étudie d’abord en Angleterre et fait « ses armes » dans la société bancaire Gurnell, Hoare & Harman de Londres. En 1762, il émigre aux Pays-Bas pour retrouver son oncle qui gère la banque d’Amsterdam Hope & Co. Amsterdam était à l’époque un des plus grands centres européens du commerce et cette banque jouait un rôle prépondérant dans les finances de la VOC (Dutch East India Company) notamment. 
A travers ses nombreuses activités de marchand et de banquier, Henry Hope a constitué une très importante fortune et large collection d’œuvres d’art qui était conservée dans sa maison de Haarlem, Welgelegen. En 1779, il devient directeur de Hope & Co, mais finalement fuit en 1794 avec sa famille pour repartir en Angleterre et échapper aux révolutionnaires français ; il emporte avec lui 372 peintures, dont des toiles de Frans Hals, Rubens, Rembrandt et van Dyck. Il crée la branche anglaise de Hope & Co à Londres et se rapproche du banquier anglais Francis Baring. Il meurt en 1811 sans enfant, léguant sa vaste fortune, collections et domaines à sa famille. Une de ses nièces va particulièrement en être la bénéficiaire, Anne Godard. Anne Godard épousera un certain William Williams qui va rattacher à son nom celui de Hope en souvenir de l’oncle de son épouse pour devenir William Williams Hope ; il décède en 1855 et une partie de ses biens sont vendus, dont très probablement le service qui nous intéresse. 

La commande.
Commandé par Henry Hope en 1787, ce service sera livré en 1788. Il comprenait 108 pièces pour un montant global de près de 13.000 livres. Cette commande avait été arrangée par le biais d’un antiquaire d’Amsterdam Jean-Baptiste Lefebvre, marchand qui généralement obtenait des réductions à hauteur de 12%. Les archives de Sèvres-Cité de la Céramique conservent trace de cette livraison dans les registres du magasin de vente (Vy 10, folio 227, verso) : 
Livré à M Lefebvre / Du 23 février 1788 / Service Beau bleu armoiries 
Cet ensemble correspond donc à la plus grande partie conservée dans son entièreté, dont il ne manque que treize éléments. Cinq pièces sont répertoriées dans les collections publiques françaises : 
-un seau à demi-bouteille, à Sèvres-Cité de la Céramique
-une assiette, à Sèvres-Cité de la Céramique
-une assiette, au Musée du Louvre
-une assiette, au Musée Adrien Dubouché, Limoges 
-une verrière, au Indianapolis Museum of Art at Newfields, Indianapolis, IN.

Le décor.
Ce décor n’est pas sans rappeler celui utilisé pour le service du comte de Aranda (1719-98), propriétaire de la manufacture de Alcora, ambassadeur de Charles III près du roi Auguste III de Pologne, puis nommé le 28 février 1792 secrétaire d'État du Roi Charles IV d'Espagne. Ce service avait été réalisé et donné sur ordre du roi Louis XVI en septembre 1787. 
Même si autour de ces années, on constate un goût prononcé pour le style néoclassique, force est de constater que le décor du service Hope est beaucoup plus riche que celui du comte de Aranda, avec notamment l’emploi d’un répertoire décoratif de camées d’après l’Antique, et d’armoiries très élaborées. Ce décor fait partie des très rares décors dont on retrouve le dessin préparatoire dans l’Album préparatoires des assiettes, sur laquelle page figure d’ailleurs le nom en toutes lettres du commanditaire « Pr. Mr Lefbure d’Amsterdam ». Les armoiries sont un petit peu différentes dans la réalité, et se rapprochent en fait beaucoup plus de celles des Hope of Craighall qui comprennent la devise ‘AT SPES INFRACTA’.
Un autre service un peu plus tardif (livré en 1792), et d’esprit similaire est certainement le service Sudell. Commandé par un anglais et livré via Jean-Frédéric Perregaux et son associé J. Lanos le 31 décembre 1792, il est un des très rares autres services armoriés produits par la manufacture royale; cf. David Peters, Sèvres Plates and Services of the 18th Century, Little Berkhamsted, 2005, vol. IV, cat. n.92-31 et Vol. VI, p. 1470.

Encore une fois, les archives de Sèvres-Cité de la Céramique, et particulièrement les Registres des travaux des peintres, permettent d’avoir une idée du nombre de peintres et de doreurs qui ont pu travailler sur ce service. Il est d’ailleurs intéressant de constater à l’étude des marques que portent les pièces, qu’il semblerait que certaines mêmes formes aient été confiées aux mêmes artistes. On peut en dénombrer un certain nombre, comprenant : Barrat oncle, Boileau fils, Bulidon, Guillaume Buteux, Chauvaux, Commelin, L’Ecot, Girard, Hirel de Choisy, Le Gay, La France, de Laroche, Massy, Méreaud, Mirey, Nicquet, Noualhier, Philippine, Prevost, Mme Taillandier, Tandart, Vandé, Vincent notamment. 

Pour une étude détaillée sur ce service, voir par David Peters, Sèvres Plates and Services of the 18th Century, Little Berkhamsted, 2015, Vol. IV, pp. 853-855. 

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Lot 501. Meuble à hauteur d'appui d'époque Louis XVI, Estampille d'Etienne Levasseur, vers 1780, réemployant un cabinet d'époque Louis XIV par André-Charles Boulle, vers 1710-1715, très probablement d'après une commande de Claude-Francois Julliot. H.: 99 cm. (39 in.) ; L.: 95,5 cm. (37 ½ in.) ; P.: 43,5 cm. (17 ¼ in.). Estimate EUR 200,000 - EUR 300,000. Price realised €211,500. © Christie’s Images Limited 2018.

En marqueterie Boulle en première partie d'écaille de tortues caret et caouanne, filets de cuivre et étain, placage d'ébène, ornementation de bronze ciselé et doré en partie poinçonnée au C couronné, le dessus de marbre rouge griotte, à décor de rinceaux, de vrilles et de chutes de culots noués, l'entablement appliqué d'une frise de feuilles d'acanthe, la façade à ressaut central ouvrant par un vantail découvrant quatre tiroirs et souligné d'un encadrement soutenu par deux pattes de lion encadrant un masque d'Apollon, centrée d'une figure de l'Abondance assise sur la corne d'Amalthée flanquée de lyres et surmontée d'un profil de Louis XIV en médaillon appliqué sur un trophée martial, chacun des côtés ouvrant par quatre tiroirs présentant des entrées de serrure ornées de rubans noués, la plinthe reposant sur des pieds en toupie, estampillé E.LEVASSEUR et JME sur le montant arrière droit et la traverse arrière.
Le poinçon au C couronné fut apposé entre 1745 et 1749
Etienne Levasseur, reçu maître en 1766.

Provenance: Marquis de la Mure, sa vente, 19 avril 1791, Paris, lot 201 ;
Vincent Donjeux, sa vente 29 avril 1793, lot 549.

Note: Chef-d’œuvre du grand André-Charles Boulle magnifiquement adapté par le plus talentueux des ébénistes néoclassiques du Boulle Revival, le présent meuble à hauteur d’appui illustre à merveille le marché du luxe parisien du XVIIIe siècle.
Alors que certains ébénistes copient à l’identique les modèles du début du siècle d’André-Charles Boulle, Etienne Levasseur est certainement le plus créatif, tout en réutilisant ou non des éléments de marqueterie ou de meuble réalisés par André-Charles Boulle. 
Ce rare cabinet est ainsi une parfaite illustration du génie du duo Levasseur-Julliot et de la capacité de l’ébéniste à se réapproprier les œuvres de son illustre prédécesseur André-Charles Boulle.

Le Cabinet de l’Abondance dans l’œuvre d’André-Charles Boulle (1642-1732), ébéniste, ciseleur, doreur et sculpteur du roi de 1672 à 1732

On ne présente plus André-Charles Boulle. Cité par Colbert comme « le plus habile de Paris dans son métier », il réalise aussi bien l’ébénisterie que les bronzes au sein de son atelier grâce à son privilège royal octroyé en 1672 et ce jusqu’à la fin de sa vie. Sa clientèle est de fait prestigieuse : il livre pour le service des Bâtiments du Roi, à la Reine, au Grand Dauphin, à la duchesse de Bourgogne puis au Roi à partir de 1700. Son atelier place du Louvre repris par ses fils en 1715 continue à livrer quelques pièces à la Couronne avant le malheureux incendie de l’été 1720 engloutissant alors le stock. 

Le cabinet sur piètement a une place particulière au sein de l’œuvre d’A.-C. Boulle qui voit son goût perdurer au début du XVIIIe siècle, malgré le succès d’un nouveau type de meuble, l’armoire. 
Cet engouement se comprend à la lecture de l’acte de délaissement de Boulle en faveur de ses fils où il est inventorié encore en 1715 « quatre bois blancs de cabinet du dessin fait pour l’abbé d’Antécourt » estimés à 400 livres. 
A cette époque, ce type de cabinet est disposé sur un socle haut également marqueté comme l’illustre le dessin d’un projet de cabinet à la sanguine conservé au musée des Arts Décoratifs, Paris (inv. 723 C2) ou sur les deux cabinets du Louvre cités plus bas (inv. 0A 5451-52 et inv. OA 5468-69) conservés dans leur intégralité.

Le présent cabinet peut être considéré comme l’aboutissement d’une longue réflexion de forme et de décor menée par Boulle nous menant à distinguer quatre corpus. 

Le premier corpus se définit par le cabinet de la Wallace collection, Londres (inv. F 16) qui présente déjà deux caractéristiques de notre cabinet : un trophée militaire (premier modèle) que Boulle déclinera par la suite, ainsi qu’un médaillon de Louis XIV sur fond de marqueterie. Tous deux se situent déjà au-dessus du vantail central. Ici s’arrêtent les similitudes, puisqu’archaïque, le cabinet présente des tiroirs en façade et non sur les côtés (1).
Ces deux caractéristiques se retrouvent sur le cabinet du Paul Getty Museum (inv. 77.D.A.1) (2) et sur celui du duc de Buccleuch et de Queensberry, Drumlanrig Castle (3). Notons que le trophée militaire est d’un deuxième modèle.

Le deuxième corpus est constitué de trois cabinets : celui du musée national du château de Versailles et des Trianons (inv. V 4653 – Vmn 932) – transformé plus tard en bas d’armoire pour le baron de Breteuil (4), celui du Cleveland Museum of Art (inv. 1949-539) (5) et le second cabinet du duc de Buccleuch et de Queensberry, Drumlanrig Castle (6). 
Ce deuxième jalon a pour particularité de présenter deux nouveaux éléments que l’on retrouve également à l’identique sur notre cabinet : l’encadrement à deux pattes léonines à feuilles d’acanthe centré d’un masque d’Apollon ainsi que le décor marqueté du revers du vantail. Par ailleurs, on retrouve un troisième modèle de trophée militaire également identique à celui présent sur notre cabinet, toujours associé au profil de Louis XIV. 

L’abandon des tiroirs en façade au profit de tiroirs latéraux constitue le troisième corpus représenté par la paire de cabinets du musée du Louvre, Paris (inv. 0A 5451 et 0A 5452) des anciennes collections de Jean de Julienne, Paul-Louis Randon de Boisset et du baron de Breteuil. Toutes les caractéristiques précédemment citées sont présentes, à l’exception du trophée militaire.

Le dernier corpus est composé de la paire de cabinets de l’ancienne collection du duc d’Harcourt également conservée au musée du Louvre (inv. OA 5468 et OA 5469) (7) présentant la quasi-totalité des caractéristiques des trois premiers groupes : le trophée militaire (troisième modèle) dorénavant appliqué sur fond de bronze doré, l’encadrement à pattes léonines feuillagées, le masque d’Apollon, le dessin marqueté du revers du vantail, les tiroirs latéraux et leurs entrées de serrure. 
La stricte similitude entre ces cabinets et le nôtre se poursuit par le dessin des rinceaux en façade, l’emploi des encadrements de différents types : sablé, à rais-de-cœur et à plate-bande.
Appartiennent également à ce quatrième corpus les cabinets dits des ducs de Feltre (collection privée) (8). 

Les cabinets en marqueterie de métal précédemment cités présentent en façade soit un décor d’arabesques soit un bas-relief de Louis XIV pour les cabinets des ducs de Feltre ou d’Harcourt. L’allégorie de l’Abondance a finalement été peu usitée par Boulle. On la retrouve sur la bibliothèque en bas d’armoire en marqueterie en première partie du duc de Bourbon livrée en 1720 pour la galerie des Batailles du château de Chantilly (9), aujourd’hui conservée au musée du Louvre, Paris (inv. OA 5466). Elle est le pendant d’une autre bibliothèque arborant quant à elle l’allégorie de la Royauté Triomphante traitée symétriquement à celle de l’Abondance. 
Boulle s’est inspiré des Fastes d’Ovide dans la représentation de l’allégorie : « La naïade Amalthée, noble fille de l’Ida crétois, cacha, dit-on, Jupiter au fond des forêts. Elle possédait une chèvre, mère de deux chevreaux, et remarquée pour sa beauté entre tous les troupeaux de la Crète ; une chèvre dont les cornes élevées se recourbaient sur son dos, et dont la mamelle était digne de nourrir le grand Jupiter. Elle en donnait le lait au dieu ; mais un jour une des cornes de la chèvre se brisa contre un arbre, et lui fit perdre ainsi la moitié de sa parure. Amalthée ramassa cette corne brisée, l’entoura d’herbes fraîches, la remplit de fruits, et la présenta ainsi aux lèvres de Jupiter. Quand le dieu régna dans les cieux, assis sur le trône de son père, quand Jupiter, par sa victoire, eut tout mis à ses pieds, il plaça au rang des astres et la nourrice et la corne féconde. Elle porte encore aujourd’hui le nom de la Pléiade qui l’avait autrefois possédée. »

Le Meuble à hauteur d’appui de l’Abondance : une synthèse entre le goût indémodable du mobilier Boulle et l’évolution du mobilier 

La forme et la structure des présents cabinets sont le fruit d'une évolution en termes de décor intérieur. Comme l'a souligné Alexandre Pradère dans son incontournable étude (10), on passe de hautes armoires ou de grands cabinets à des meubles à hauteur d'appui ou à des bas d'armoire. 

Sous Louis XIV, les armoires et les cabinets à piètement sont en vogue et leurs panneaux les plus riches et les plus ouvragés sont disposés à la hauteur des yeux. Au contraire, la décoration intérieure de la seconde moitié du XVIIIe siècle met l'accent sur les cimaises qui, tendues de tissu, sont laissées libres pour permettre l'accrochage de tableaux. Aussi, de nombreux cabinets Boulle, désormais de trop grande taille, sont remaniés. Les bases sont séparées du cabinet proprement dit, et souvent transformées en consoles. La partie cabinet est plus ou moins modifiée et forme meuble à hauteur d'appui.

En résumé, comme Alexandre Pradère l’a étudié, ces nouvelles formes reflètent la vogue du cabinet dans le goût « antique » de Boulle, bien qu’il s’agisse d’une interprétation plus moderne adaptée aux intérieurs Louis XVI les plus en vogue qui atteint son apogée dans les années 1770 (11). 
Pas un seul catalogue de vente majeure ne consacre une section aux « meubles précieux de Boule le père » ou à ceux du « genre de Boule ». Les prix obtenus sont alors particulièrement importants. Ce succès illustre sans équivoque l’attrait renouvelé pour le mobilier Boulle à la fin de l’Ancien Régime, notamment des financiers et autres dignitaires, clientèle traditionnelle du classicisme louis-quatorzien, à l’instar de Blondel de Gagny, Radix de Sainte-Foix ou encore de Grimod de la Reynière. 
Un passage d’une lettre du marquis de Marigny adressée à son ébéniste Pierre Garnier concernant le choix du mobilier de sa bibliothèque est très révélateur de sa préférence pour l’ébène : « Vous conviendrez avec moi que les meubles en ébène et bronze sont beaucoup plus nobles que les meubles en acajou ». 

L’association géniale d’un ébéniste et d’un marchand-mercier : Etienne Levasseur (1721-1798), reçu maître en 1767 et très probablement de Claude-François Julliot (1727-1794)

Originellement sur piètement d’André-Charles Boulle, notre cabinet est transformé vers 1780 en meuble à hauteur d’appui par Etienne Levasseur par l’adjonction d’une base avec des carrés à rosaces dans les angles sur des pieds à vis.

Malgré le caractère incontournable de Levasseur, son début de carrière demeure flou encore aujourd’hui. Une publicité dans le Bazar Parisien(1822) nous apprend par son petit-fils qu’Etienne Levasseur s’est formé auprès de l’un des fils d’André-Charles Boulle dans les années 1740. Il s’agirait alors soit d’André-Charles, plus connu sous le nom de « Boulle de Sève » (mort en 1745), soit de Charles-Joseph (mort en 1754). Reçu maître en 1767, il s’installe sous l’enseigne Au Cadran Bleu en tant qu’ouvrier privilégié rue du Faubourg-Saint-Antoine. En 1789 il livre pour le Garde-Meuble royal. Après son décès en 1798, l’atelier est repris par son fils puis son petit-fils. 
Son œuvre se partage alors entre les meubles en acajou, en laque du Japon et les meubles en marqueterie Boulle. 

A l’image de notre cabinet, citons une paire de secrétaires à abattant de Levasseur chacun construit à partir d’une commode de Boulle dont l’un appartenant aux collections royales anglaises conservé au château de Windsor et l’autre vente Sotheby’s, Londres, 6 juillet 2010, lot 7. 

Levasseur est un des protagonistes majeurs de la production de meubles Boulle des années 1770-1780 aux côtés de ses éminents pairs que sont Adam Weisweiler, Philippe-Claude Montigny, Jean-Louis Faizelot Delorme et Joseph Baumhauer. Tous collaborent avec des marchands-merciers et principalement Julliot.

En effet, la place des marchands-merciers est prépondérante sur le marché du luxe au XVIIIe siècle. Ce sont des commerçants, des importateurs, de « grands propagandistes » selon la formule de Pierre Verlet qui inventent, transforment, adaptent les matériaux pour « plaire à leur clientèle en présentant à la mode française et selon le goût du jour » » (12). 
Les marchands-merciers se spécialisent dans les laques, les céramiques, … ; les meubles Boulle sont la spécialité de Claude-François Julliot.

Le colonel Saint Paul décrit Julliot ainsi en 1770 dans son ouvrage Les bonnes adresses de Paris autour de 1770 « Julliot, au coin de la rue d’Orléans vis-à-vis la rue de l’Arbre Sec, rue St Honoré, a un grand magasin de meubles et surtout d’ouvrages de Boule ». Il achète dans les ventes des années 1770 des meubles Boulle aussi bien pour lui, que pour ses clients. En tant que spécialiste des meubles Boulle, il effectue alors les inventaires de grands collectionneurs comme celui de Gaillard de Gagny en 1759, de Julienne, de Beaujon en 1787 ou encore de ses pairs comme Lazare Duvaux. Il est également expert de la vente Randon de Boisset en 1776 qui obtient les plus beaux prix à l’époque pour du mobilier Boulle d’époque Louis XIV mais également revisité.
Un an plus tard il livre une commode en marqueterie Boulle réalisée par Levasseur au comte d’Artois pour le Temple (13), aujourd’hui conservée au musée du Louvre (dépôt du musée national du château de Versailles et des Trianons en 2011, inv. Vmb14367).
Toujours la même année, un inventaire de son stock est réalisé suite au décès de son épouse précédant la vente des 20 novembre et 11 décembre. C’est tout un répertoire de formes de mobilier « Boulle Revival » qui se révèle à travers cette vente : meubles anciens de Boulle, pièces plus récentes, meubles de Boulle transformés, copies, surmoulages, … Julliot décrit toutes les pièces sans malheureusement donner de véritables éléments de datation ou d’attribution.

Claude-François Julliot se retire du marché en 1780 et comme l’avait fait son père Claude-Antoine, laisse la place à son fils Philippe-François Julliot, dit Julliot fils (1755-1835).

Jean-Joseph de Bourguignon-Bussière, marquis de La Mure (1721-1789)

Né à Marseille, d’une famille d’ancienne noblesse de Provence, le marquis de la Mure embrasse une carrière militaire. Après avoir été page à la grande écurie du Roi en 1738, il est sous-lieutenant au régiment des Gardes Françaises et promu chevalier de l’ordre de Saint Louis en 1751 avant de devenir en 1756 capitaine de cavalerie au régiment d’Orléans. Il sert d’aide de camp au maréchal de Richelieu en 1756 lors du siège de Port Mahon et à son retour, il est nommé par Stanislas Leszcynski exempt de ses gardes du corps. En 1758, il épousa Charlotte-Philippine de Chastre de Cangé. 

Il ne tarde pas à renoncer à sa carrière militaire, consacrant les décennies suivantes à l’enrichissement de sa collection. Notamment une collection de dessins des trois écoles, où dominaient l’école hollandaises et les dessins français par Boucher et Fragonard, tous encadrés.
La Mure était installé au début de la rue du faubourg Saint-Honoré, au rez-de-chaussée d’un hôtel faisant presque l’angle de la rue Boissy d’Anglas.
Luc Thiéry décrit en 1787 ainsi le Cabinet de dessins de M. le marquis de la Mure dans son Guide des amateurs et étrangers voyageurs à Paris ou Description raisonnée de cette Ville, de sa banlieue, & de tout ce qu’elles contiennent de remarquable (T. I 1787, pp. 95-96) :
« En avançant quelques pas dans ce faubourg, vous aurez à voir au-dessus de la rue des Champs-Elysées, au n°6, une précieuse collection des plus grands maîtres des trois écoles, appartenant à M. le Marquis de la Mure. Cette collection est placée dans un appartement à rez-de-chaussée, dont elle occupe quatre pièces ornées en outre de magnifiques meubles de Boule, d’armoires de vieux laque, une superbe pendule, d’anciennes porcelaines du Japon et de Chine, enrichies d’ornements de bronzes dorés d’or moulus, de superbes tables de marbres, brèche d’Alep, vert de mer, brocatelle & une magnifique en marbres de rapport, des vases de porphyre, serpentin, albâtre, jaune antique & d’agates, etc. Tous les dessins sont superbement encadrés : les noms de leurs auteurs étant placés sur les bordures (…) ».
Outre les dessins qui forment la première et majeure partie de son catalogue de vente en 1791, le marquis de la Mure s’intéresse, à l’instar de Randon de Boisset, aux marbres antiques, marbres précieux et pierres dures. Il a réuni une belle collection de vases et colonnes de porphyre ou de granit, dont certains achetés dans les plus grandes ventes de l’époque, celle de Bailli de Breteuil, de Blondel d’Azincourt et de Beaujon. 
Plusieurs tables en marqueterie de pierres dures comportent des piètements en marqueterie Boulle, type de mobilier que la Mure collectionne. En plus du cabinet présenté ici, il possède une paire de petits bas d’armoire à un battant à mascarons, quatre gaines « à tapis », deux autres en carquois, deux guéridons-torchères et une table de Boulle. En outre, il collectionne de beaux meubles en laque de Carlin, dont un secrétaire et deux bas d’armoires aux cigognes (coll. privée) et une trentaine de pièces en porcelaine du Japon ou de Chine montées en bronze doré. 

On retrouve le présent cabinet sous le lot 201 de la vente de sa collection dispersée à partir du 19 avril 1791, dont le catalogue est rédigé par Alexandre-Jean Paillet : « 201. Un bas d’armoire de marqueterie ; première partie, à riches dessins en cuire & étain, l’entablement à moulures à feuilles d’ornements, orné d’un médaillon de Louis XIV avec trophée, ouvrant sur la face à un battant, enrichi d’une figure en bas relief, encadrement à plates-bandes, supports à rinceaux & griffes de lion, les chans à moulures ; sur chaque côté sont quatre tiroirs à panneaux de marqueterie aussi garnis de cadres & entrées ; il est terminé par un socle en avant-corps à rosasses supporté par quatre gaines en limaçon avec dessus en marbre griotte d’Italie. Hauteur 37 pouces, largeur 35 pouces 6 lignes, profondeur 16 pouces [H. 101cm x L. 95,8 x P. 43,2]. Ce morceau est intéressant par sa forme ; la beauté de la marqueterie et la richesse des ornements produisent un ensemble parfait ».

Vincent Donjeux

Le meuble repassa deux ans plus tard dans la vente du marchand de tableaux Donjeux, le 23 avril 1793 : « 549. Un petit meuble à panneaux saillants de marqueterie de cuivre et étain, ouvrant à un battant, avec figure de l’Abondance en bas relief ; le haut couronné d’un médaillon et trophée de guerre, avec encadrement et pieds à rinceaux d’ornements et griffes de lion, le milieu occupé par un masque de femme à draperies ; le tout élevé sur quatre pieds à vis et roseaux ; les retours enrichis d’encadrements figurant 4 tiroirs, le tout couvert d’un marbre de griotte d’Italie. H. 37p., larg. 36p. [H. 101cm x L. 97]… 1020L, Videron [ou Vederon] »

Auparavant, ce cabinet correspond sans doute à celui « orné d’une figure en bas relief » passé dans la vente Randon de Boisset en 1777, lot 778, qui comportait un piètement de Boulle à gaines avec pilastre au centre (haut. totale 170,5 cm. x larg. 98/100 cm.) et qui repassa dans une vente de Lebrun le 19 janvier 1778, lot 198. On en déduit que l’intervention de Levasseur, qui ajouta une base avec des pieds en vis - sans doute à l’initiative de Julliot - date d’entre 1778 et 1791. La présence dans une vente antérieure, celle de Gaillard de Gagny le 1762 d’un cabinet sur piètement analogue, avec des dimensions légèrement différentes (haut. totale 178 x larg. 92 cm.) correspond peut-être encore à ce cabinet, à moins qu’il ne s’agisse plus probablement d’un cabinet analogue (mais orné de têtes de Zéphyr), qui devait terminer lui aussi dégarni de son piètement, dans la vente du stock de Julliot le 20 novembre 1777, lot 707, repassé dans la vente du baron de Saint Julien le 14 février 1785 lot 195, dans une vente anonyme le 18 décembre 1788 puis dans la vente Tricot d’Espagnac en 1793.

Références bibliographiques :
(1) P. Hughes, The Wallace Collection. Catalogue of Furniture II, Londres, 1996, pp. 553-562.
(2) C. Bremer-David, Decorative Arts. An illustrated Summary Catalogue of the Collections of the J. Paul Getty Museum, Malibu, 1993, pp. 14-15.
(3) J. N. Ronfort, "The Surviving Cabinets on Stands by André-Charles Boulle and the New Chronology of the Master's Oeuvre", in Cleveland Studies in the History of Art, vol. 8, 2003, fig. 4.
(4) P. Arizzoli-Clémentel, Le Mobilier de Versailles XVIIe et XVIIIe siècles, T.II, Dijon, 2002, pp. 30-31.
(5) J. N. Ronfort, ibid, fig. 11.
(6) J. N. Ronfort, ibid, fig. 7.
(7) D. Alcouffre, A Dion- Tenembaum, A. Lefébure, Le Mobilier du musée du Louvre, T. I, Dijon, 1993, pp.60-63.
(8) J. N. Ronfort, ibid, fig. 16 et 17.
(9) D. Alcouffre, ibid, pp. 98-100.
(10) )A. Pradère, "Boulle. Du Louis XIV sous Louis XVI", in L'Objet d'Art, no. 4, février 1988, pp. 28-43.
(11) A. Pradère, « Curieux des Indes, Compendium du catalogue de vente Wildenstein », Christie’s, Londres, 14-15 décembre 2005).
(12) P. Verlet, « Le commerce des objets d’art et les marchands merciers à Paris au XVIIIe siècle » in Annales. Economies, Sociétés, Civilisations. 13e année, 1958, pp. 17-18).
(13) P. Arizzoli-Clémentel, ibid, pp. 87-89.

Simon de Monicaut, Director Decorative Arts : "The important result obtained for the Louis XIV Savonnerie carpet, woven for the Galerie d'Apollon in the Louvre circa 1664-1667 (€187,500), demonstrates once again the high interest from collectors for exceptional works with royal provenance".

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Lot 507. Tapis royal d’époque Louis XIV par les ateliers de Simon Lourdet à la Manufacture de la Savonnerie, vers 1664-1667; 414 x 318 cm. (13 ½ x 10 ½ ft). Estimate €150,000 - 600,000. Price realised €187,500. © Christie’s Images Limited 2018

En laine, décoré au centre d’un médaillon circulaire à volutes polychromes sur fond noir, dans une bordure à frise d’acanthes et de fleurs ponctuée de deux rosaces, le fond à décor de volutes polychromes sur fond crème, la bordure à décor d’entrelacs et de godrons bleus et or, les écoinçons ornés de fleurs de lys ; importantes transformations et modifications, accidents.

Provenance: Tissé pour la Galerie d’Apollon du Palais du Louvre.

Literature: Bibliographie comparative :
P. Verlet, The James A. de Rothschild Collection at Waddesdon Manor. The Savonnerie, 1982, pp. 176-177.
J. Vittet, "Contribution à l'histoire de la Manufacture de la Savonnerie au XVIIe siècle : l'atelier de Simon et Philippe Lourdet d'après les minutes notariales ", in Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, 1995, pp. 101-103.
G. Mabille, "Le Mobilier de la galerie d’Apollon à l’époque de Louis XIV", in Cat. expo., La galerie d’Apollon au palais du Louvre, Paris, 2004, pp. 120-121.

Note: Ce magnifique tapis est un exceptionnel témoignage d’une commande majeure de Louis XIV destinée à la galerie d’Apollon du palais du Louvre. Suite à l’incendie de 1661, le monarque demande à Charles Le Brun de concevoir un nouveau décor pour cette galerie, autour du thème d’Apollon. 
L’ornementation du sol est à la hauteur de l’importance du projet. Le décor se compose de treize tapis qui doivent, par leurs compositions, répondre à celle du plafond. Comme le souligne Gérard Mabille (cf. Bibliographie comparative, p. 120), il s’agit d’une véritable "projection au sol du rythme et de l’organisation du décor de la voûte". Dans un souci de cohérence, l’iconographie et les ornements retenus pour les tapis répondent à ceux choisis pour le décor. 
Les tapis sont d’une taille hors normes -plus de neuf mètres de long- ce qui constitue un véritable challenge technique. La commande des treize tapis est d’un coût considérable puisqu’elle se monte, comme le mentionne Jean Vittet (cf. Bibliographie comparative), à 58.500 livres. Ce coût s’explique certes par le gigantisme du projet, mais aussi par la qualité du tissage. Cet élément explique le coût très élevé -pas moins de 135 livres par aune carrée- alors que le prix est habituellement de 60 livres par aune carrée. Cette commande est très documentée ; citons par exemple, le 17 juillet 1666, le versement de 21.600 livres à Lourdet «  pour son parfait paiement de 160 aulnes d’ouvrages façon de Turquie qu’il a fait au grand tapis destiné pour la gallerie d’Apollon ».

Cette commande préfigure l’ensemble des quatre-vingt-treize tapis destinés à la Grande Galerie du Louvre. Elle illustre le génie de Simon Lourdet (v. 1595-1666), Tapissier ordinaire du roi. C’est ce dernier qui fonde vers 1625 l’atelier de Chaillot à la manufacture de la Savonnerie.
Le présent tapis est composé à partir des deux sections demi-hémisphériques qui encadrent le cartouche central du tapis dans sa configuration originelle. L’examen des inventaires permet d’identifier plus précisément l’origine : le présent tapis a été exécuté à partir d’éléments des tapis portant les numéros 68 ou 69 dans les inventaires royaux.
Le destin des tapis de la galerie d’Apollon et de ceux de la Grande Galerie après leur livraison est tout à fait passionnant. Citons notamment le tournant des XVIIIe et XIXe siècles : les tapis sont parfois utilisés en guise de monnaie d’échanges dans le cadre de transactions (citons par exemple le marchand Raymond Bourdillon qui fournit les armées en fourrage et qui reçoit en paiement quarante-quatre tapis de la Savonnerie), les emblèmes royaux -et ils sont nombreux- sont souvent remplacés, les tapis sont recoupés pour être adaptés aux pièces dans lesquelles ils sont disposés, etc. 

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