Horace Vernet au Château de Versailles
VERSAILLES - Le château de Versailles consacre jusqu'au 17 mars 2024 une grande rétrospective au peintre Horace Vernet (1789 - 1863). Intimement lié au Versailles de Louis-Philippe, l’artiste exécute pendant plus de treize ans certaines des plus belles toiles des Galeries historiques. Ainsi, Versailles conserve aujourd’hui la plus grande collection d’œuvres du peintre. Plus de quarante ans après la dernière exposition consacrée à Vernet, cette rétrospective d’environ 200 œuvres est l’occasion de découvrir de nombreux chefs-d’œuvre inédits, accompagnés d’esquisses et de dessins témoignant de la méthode de travail de l’artiste.
Un peintre renommé
Né en 1789 au Louvre, Horace Vernet est le petit-fils du peintre de marines Joseph Vernet et fils du peintre de chevaux Carle Vernet. Digne héritier de la dynastie familiale, malgré un échec au Prix de Rome, il s’attire très tôt les faveurs de Napoléon Ier et de sa famille.
Évoluant d’abord au sein du cénacle romantique des années 1820, aux côtés de son ami Théodore Géricault, il développe une manière facile et séduisante et s’initie à la lithographie. Il devient le peintre favori du duc d’Orléans, futur Louis-Philippe.
De plus, Vernet jouit rapidement d’une certaine célébrité qui l’amène à poser pour plusieurs confrères. L’exposition présente certains de ces portraits, réalisés par les contemporains du peintre.
Au Salon de 1822, Horace Vernet voit ses toiles refusées et organise alors une exposition personnelle dans son atelier dont l’immense succès établit définitivement sa réputation. C’est le début d’une longue carrière officielle. L’exposition s’attache à montrer l’évolution stylistique des œuvres d’Horace Vernet, passant de la fougue romantique qu’il partage avec Géricault à une peinture de bataille plus mesurée.
De l'Italie à l'Orient
L’exposition met en lumière l’importance des voyages d’Horace Vernet, notamment en Italie et en Algérie. Nommé directeur de l’Académie de France à Rome en 1829, Horace Vernet découvre les grands modèles classiques italiens et s’essaye à la peinture d’histoire.
En 1833, il découvre l’Algérie et se concentre sur une peinture orientaliste, alternant les sujets civils, religieux et militaires. Deux ans plus tard, il est chargé de représenter les conquêtes militaires par les héritiers de Louis-Philippe dans les salles d’Afrique du château de Versailles. Le temps des grandes commandes est ponctué de nombreux voyages en Orient et en Russie. Sous le Second Empire, il voit sa carrière saluée lors d’une rétrospective de son œuvre à l’exposition universelle de 1855. Il meurt en 1863 après avoir reçu l’insigne de Grand officier de la Légion d’honneur.
Un artiste complet
Peintre prolixe, encensé ou conspué par la critique, Horace Vernet n’a pas laissé ses contemporains indifférents. Cette rétrospective montre la facilité de la manière du peintre et la richesse de ses sujets de prédilection, révélant son amour pour les chevaux et la chasse, son attachement à l’épopée napoléonienne et aux faits d’armes, son goût pour la littérature romantique et Lord Byron, ou encore pour la mise en scène de ses origines familiales.
Peintre complet, Horace Vernet s’illustre dans tous les genres, notamment le portrait. L’exposition permet d’apprécier de nombreuses toiles de ce genre conservées en collections particulières.
Retraçant l’ensemble de la carrière du peintre, cette rétrospective offre une plongée dans le XIXe siècle d’Horace Vernet.
À cette occasion, les toiles des salles d’Afrique seront visibles.
Commisaire de l'exposition: Valérie Bajou, conservateur général au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.
Scénographie: Antoine Fontaine.
Ary Scheffer, Portrait d’Horace Vernet, 1817, Huile sur toile, 56 x 47 cm. Château de Versailles. © RMN-GP (Château de Versailles) © F. Raux
Horace Vernet, Bataille de Las Navas de Tolosa, 1212, 1817. Huile sur toile. Château de Versailles © RMN-GP (Château de Versailles) © G. Blot
Horace Vernet, L'atelier, 1820-1821, huile sur toile. France, collection particulière. © Christophe Fouin
Peint en 1822 et présenté à son exposition personnelle de la rue de La Tour-des-Dames en réaction à la censure du Salon, L’Atelier est un manifeste politique et artistique.
Horace Vernet réunit dans ce tableau ses élèves et ses mécènes appartenant aux milieux libéraux. Loin de l’atmosphère studieuse des ateliers de peinture, l’atelier de Vernet était un véritable capharnaüm. L'artiste s'est représenté, un fleuret dans une main, une palette dans l'autre, face à son élève Ledieu.
Horace Vernet, Ferdinand-Philippe-Louis, duc de Chartres tenant un cerceau, 1821. Huile sur toile. Château de Versailles. © Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin
Horace Vernet, Laurent, marquis de Gouvion-Saint-Cyr, maréchal de France (1764—1830), 1821. Huile sur toile. Château de Versailles. © Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin
Horace Vernet, L'éruption du Vésuve, 1822, Salon de 1824. Huile sur toile. Paris, collection Jacques Grange © Christophe Fouin
Après son premier voyage en Italie en février - mars 1820, Horace Vernet ajoute un épisode à la geste familiale en se représentant avec son père en pleine ascension du Vésuve en éruption. S’il s’agit d’un épisode inventé, l’artiste a pu assister à l’éruption du volcan qui a eu lieu le 23 février 1820, alors qu’il était en voyage en Italie.
On connait aujourd’hui une esquisse et un tableau de cette scène. Dans la version achevée, les figures sont petites et anecdotiques, laissant, dans une vision romantique, toute sa place au phénomène naturel.
Horace Vernet, Portrait de Théodore Géricault, 1822-1823. Huile sur toile. New York, The Metropolitan Museum of Art ©CC0 New York, Metropolitan Museum of Art
Horace Vernet fut le meilleur ami de Théodore Géricault. Les deux hommes se rencontrent dans l’atelier de Carle Vernet, dont ils étaient les seuls élèves. Ils furent ensuite voisins, rue des Martyrs.
Vernet fait, ici, de Géricault l’archétype de l’artiste romantique, et représente son ami en habit d’atelier, méditatif, l’air sérieux, les sourcils froncés de douleur – Géricault était déjà malade –, regardant frontalement le spectateur.
Horace Vernet, Portrait d'Anne-François-Hippolyte Boutet, dite Mademoiselle Mars, vers 1825, huile sur toile. Château de Versailles. © Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin
La célèbre actrice, sociétaire de la Comédie-Française depuis 1799, était la voisine d’Horace Vernet à la Nouvelle Athènes. Le peintre la représente avec ses cheveux bruns au naturel, les boucles crantées à la mode des années 1820. La peinture de ce portrait est souple, parfois retranchée avec le manche du pinceau, ou brossée à sec. Seules la tête et la chevelure sont achevées et se détachent sur un fond brun appliqué à grands traits.
Les contrastes entre l’ombre et la lumière sont saillants et donnent du volume au visage. Le bas de la toile, avec sa préparation blanche, a servi de palette. Vernet s’est fait une spécialité de ce cadrage en gros plan.
Horace Vernet, Le Pape Pie VIII porté à la basilique Saint-Pierre, 1829, Salon de 1831, Huile sur toile, château de Versailles © Château de Versailles, Dist. RMN / C.Fouin
Horace Vernet, Portrait de Louise Vernet, 1830, Salon de 1831. Huile sur toile. Paris, musée du Louvre © Photo RMN - Michel Urtado
Ce portrait, exposé au Salon de 1831, est l’un des chefs-d’oeuvre d’Horace Vernet. Il représente Louise Vernet, âgée de seize ou dix-sept ans, devant la Villa Médicis. Plus que jamais, Horace Vernet fait preuve de virtuosité technique pour représenter le tissu moiré de la robe et les boutons en pierreries. Le visage juvénile de Louise est rendu avec minutie et délicatesse. Horace Vernet a gardé ce portrait toute sa vie dans ses demeures successives.
Horace Vernet, Portrait de la marquise Cunegonda Misciatelli, 1830, Salon de 1833. Huile sur toile. The University of Arizona Museum of Art © Collection of The University of Arizona Museum of Art, Tucson ; Gift of Samuel H. Kress Foundation
En Italie, Horace Vernet développa une nouvelle manière de peindre proche de Raphaël et de la Renaissance italienne, qui est particulièrement manifeste dans ce Portrait de la marquise Misciatelli. La jeune femme, qui joue du piano, tourne la tête pour voir son enfant que tient une nourrice. Le canon féminin est idéalisé : long cou, peau pâle, grands yeux. Vernet représente un opulent intérieur italien, avec un décor en arabesques.
Horace Vernet, Prise de Bône, 27 mars 1832, 1835. Huile sur toile. Château de Versailles. © RPN-GP (château de Versailles) / © Gérard Blot
Horace Vernet (1789-1863), Les colonnes d’assaut se mettent en mouvement lors du siège de Constantine, 13 octobre 1837, 1838. Huile sur toile, 512 x 518 cm. Château de Versailles. © RMN (château de Versailles) – F. Raux
Horace Vernet (1789-1863), La Prise de Tanger, 1847. Huile sur toile, 500 x 1 050 cm. Château de Versailles. © Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin
Cette immense toile est une commande du roi Louis-Philippe pour la salle du Maroc. Avec la révolution de 1848, le projet fut abandonné et la toile est restée inachevée. Roulée depuis le XIXe siècle, elle est exposée pour la première fois.
Elle montre la technique d’Horace Vernet pour peindre les grands formats en commençant par peindre dans un coin ou un côté de la toile. Il a esquissé des figures au premier plan.
Horace Vernet, Barricade dans la rue Soufflot, 1848. Huile sur toile. Deutsches Historisches Museum - Berlin © BPK, Berlin, Dist.RMN-Grand Palais Indra Desnica
Ce petit tableau montre l’implication d’Horace Vernet pendant la révolution de juin 1848. Quelques mois plus tôt (en février 1848), l'artiste avait combattu avec la Garde nationale du côté des émeutiers. Mais en juin, après la fermeture des ateliers nationaux, il prit ses distances avec la révolte populaire. Horace Vernet, colonel de la Garde nationale, combattit les insurgés avec l'armée régulière.
Alexis Witkofsky, Portrait d’Horace Vernet en habit d’académicient, Salon de 1864. Huile sur toile, 101 x 81 cm. Château de Versailles © Château de Versailles, Dist. RMN / C. Fouin
Aux nombreux hommages publiés dont Vernet fit l’objet à son décès répond une riche iconographie posthume. Au Salon de 1864, Alexis Witkofsky honora l’académicien accompli. L’habit d’apparat est couvert de décorations, parmi lesquelles se distingue la croix de grand officier de la Légion d’honneur que Napoléon III lui avait remise, peu avant son décès.
















