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Console et paire de consoles d'encoignure provenant de l'hôtel de Monery à Avignon, France, époque Louis XV, vers 1745. photos Marc-Arthur Kohn

Matériaux Bois doré et marbre Sarrancolin Console : H. 88,5 cm, L. 153,5 cm, P. 73 cm Paire d'encoignures : H. 86 cm, L. 66 cm, P. 40 cm Manque la traverse postérieure de chaque encoignure. Estimation : 150 000 - 200 000 €

Statut juridique Meubles classés Monuments Historiques

Provenance Exécutées vers 1745 pour le compte de la famille Monery pour servir à l'ameublement de l'hôtel portant leur nom, situé 21 rue de la Petite-Fusterie à Avignon

Exceptionnelle console en bois sculpté et doré reposant sur quatre pieds à enroulements feuillagés soulignés de feuilles d'acanthe et rehaussés de chutes de fleurons. La ceinture ajourée richement ouvragée présente en son centre un cartouche asymétrique renfermant des roses épanouies. De part et d'autre, des volutes affrontées ornées d'acanthes, de festons et de roses créent une continuité avec le piètement. Les quatre branches de l'entretoise en X se rejoignent au centre en formant un puissant cartouche asymétrique reposant sur un lit de roses. Au sommet, un marbre de sarrancolin à bordure chantournée en arbalète couronne l'ensemble. La paire de consoles en bois sculpté et doré reposent sur deux pieds à enroulements en volutes festonnées soulignés de feuilles d'acanthe et de chutes de fleurons. La large ceinture présente en son centre un cartouche rocaille ajouré orné de boutons de roses et flanqué de volutes feuillagées. Les pieds sont réunis par une entretoise en accolade centrée d'un cartouche ajouré feuillagé.

Ces deux meubles comportent un dessus de marbre Sarrancolin à bordure chantournée en arbalète. Les modèles peuvent se rapprocher des oeuvres de l'ornemaniste parisien Nicolas Pineau (1684-1754) qui donna aux sculpteurs sur bois, ferronniers, fabricants de bronzes et décorateurs d'intérieurs, quantité de modèles. Après une formation en architecture, il se consacre à la sculpture d'ornement et au décor des intérieurs. Le talent de Pineau était universel et sa vogue extraordinaire. À l'époque où la mode exige que tous les murs soient revêtus de lambris sculptés en plein bois, son talent trouva vite à s'employer dans les aménagements des somptueux hôtels construits à Paris dans le commencement du règne de Louis XV. Sachant allier des rocailles habilement combinées et pleines de fantaisie à des formes élégantes, il confère à ses modèles un équilibre et une pondération qui connurent un vif succès et qui furent copiées par de nombreux corps de métiers pour la réalisation de décors privés et de meubles de menuiserie, ce qui semble être le cas à l'hôtel de Monery où le menuisier ayant réalisé ces meubles reste anonyme.

Possession pontificale jusqu'en 1791, gouvernée par un vice-légat, Avignon jouit aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles d'un statut privilégié au sein du royaume de France, exempte d'impôts et de servitudes militaires. Grande cité papale jusqu'au XVe siècle, elle bénéficie les siècles suivants de ce riche héritage politique et culturel qui lui confèrent un essor commercial et financier. Le lieu n'est pas dénué d'enchantement. Madame de Sévigné vante dans ses lettres les charmes de la cité, de même Anne Marguerite Petit Dunoyer (1663-1719), journaliste et femme de lettres écrit-elle en 1733 dans ses lettres historiques et galantes de deux dames de condition : « la situation de cette ville est enchantée, ce n'est que jardins et prairies au dehors et bâtiments magnifiques en dedans...on ne sait ici ce que c'est qu'impôt et capitation, tout le monde y est riche et tout le monde y respire la joie, les dames sont galantes, les messieurs font la dépense ». Les hôtels particuliers se multiplient et rivalisent de beauté et de luxe, ainsi l'hôtel de Monery, construit en 1742 pour Charles-Bernard de Guilhen mais cédé peu de temps après à la famille Monery, gens de loi, fait partie des plus beaux fleurons de l'architecture privée avignonnaise du XVIIIe siècle. L'architecte demeure à ce jour inconnu. Nous savons seulement que Jean-Baptiste Péru (1707-1790) fut chargé d'expertiser avant sa démolition le bâtiment qui se trouvait à l'emplacement de l'hôtel de Monery. Peut-être a-t-il également réalisé les plans de la nouvelle construction.

Situé dans le quartier des Fusteries, anciennement domaine des charpentiers et marchands de bois, l'hôtel de Monery présente une façade à deux étages sobre, voire austère, où les seuls ornements visibles sont les clés sculptées des portes et des fenêtres. Contraste saisissant avec l'intérieur qui affiche exubérance, luxe et originalité. La distribution intérieure est composée sur deux niveaux de cinq pièces dont quatre en enfilade, brillantes, somptueuses. Revêtues de damas cramoisi ou de boiseries moulurées et teintées, ces pièces étaient toutes dotées d'une cheminée en marbre de Brocatelle, de dessus de portes décorés de scènes champêtres ou mythologiques, celles du salon étant attribuées à Nicolas Lancret (1690-1743) et de lambris flanqués à l'origine de consoles rocailles, dont celles que nous présentons et qui étaient visibles dans l'enfilade des pièces. Sur la cour, en retour d'équerre, la salle à manger était agrémentée d'un décor de toiles peintes de scènes de chinoiseries en camaïeu bleu sur fond turquoise réalisées par Jean Pillement (1727-1808). Le boudoir fut décoré par Francesco Zuccarelli (1702-1788). Ce double aspect, un extérieur sobre, architectural, allié à un intérieur luxueux et exubérant illustre l'évolution qui s'est opérée au cours du XVIIIe siècle où la manière française prend le pas sur l'influence rococo italienne. Divers propriétaires se succèdent à l'hôtel de Monery jusqu'en 1836, date à laquelle il fut acquis par la famille de Saint-Priestd'UIgel qui rebaptisa le bâtiment et le conserva jusque dans les premières années du XXIe siècle. Il fut classé monument historique en 1989.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUESCollectif, Avignonà l'une de ses plus grandes époques, l'Hôtel de Monery, Connaissance des Arts, n°121, mars 1962, p. 90 et suivantes.

Marc-Arthur Kohn. Vendredi 18 mars à 14h00.  Drouot - Richelieu - Salle 1. EMail : auction@kohn.fr - Tél. : +33 1 44 18 73 00

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photos Marc-Arthur Kohn