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Iznik. Plat, tabak, au bouquet cordiforme. Turquie, art ottoman, vers 1570-80. Photo Beaussant Lefèvre

Céramique siliceuse à décor sous glaçure peint en polychromie sur fond blanc. Composition symétrique de feuilles saz bicolores recourbées, d'oeillets, de roses et d'églantines, sommée d'un entrelacs de demi-palmettes, avec agrafe entourant une grenade. Rebord à fond vert, à frise de palmettes à rehauts rouges. Au revers, une ligne chantournée cobalt, motifs fleuronnés et médaillons. Une ancienne étiquette mentionne la ville de Rhodes et le XVIe siècle. (Deux trous de suspension sur la base. Tressaillures de la glaçure au revers. Légères égrenures sur le rebord).  Diamètre: 29 cm - Estimation : 20 000 - 30 000 €

Ce très beau plat se distingue par son décor de feuilles saz recourbées: un élégant motif, pourtant peu usité. Cette forme recourbée semble constituer un souvenir du répertoire décoratif introduit par des maîtres persans tels que Þahkulu au début du XVIe siècle, et dont on retrouve l'apport sur certaines céramiques dès les années 1520-1530 (cf. par exemple le plat de la Österreichiste Museum für angewandte Kunst, Vienne, inv. OR 788, publié dans Nurhan Atasoy, Julian Raby, Iznik, Paris, 1991, no. 118 et ill. 339; pour la question de la transmission des motifs autour du peintre Þahkulu et de ses contemporains, voir notamment Gülru Necipoglu, From International Timurid to Ottoman, Muqarnas, 7, 1990, p. 136-159, ainsi que les travaux de Walter Denny, tel Dating Ottoman Turkish Works in the Saz Style, Muqarnas, 1, 1983, p. 103-122).

La préfiguration de cette feuille saz recourbée apparaîtrait pour la première fois sur les Iznik vers 1560-1565 (cf. le plat retrouvé en fouilles à Iznik, publié dans Ibid., fig. 389). Rapidement stéréotypée, elle reste relativement rare et n'apparaît que sur quelques plats - cf. ceux du Metropolitan Museum of Art de New York (début XVIIe siècle; inv. 20.120.143), de la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne (c. 1565-70, inv. 828, publié dans Atasoy, Raby 1991, no. 689), ou du musée national de la Renaissance - Château d'Écouen (E.Cl.8330, E.Cl.8543, E.Cl.9589 ou E.Cl.8128, publiés dans Frédéric Hitzel, Mireille Jacotin, Iznik, L'aventure d'une collection, Paris, 2005, no. 71, 81, 84 et 52).

Sur le rebord, le décor de petites palmettes rehaussées de fleurs semble se développer vers la fin du XVIe siècle (voir par exemple Ibid., no. 514-517). L'adoption de ce motif sur le marli, en frise à fond vert, reste inhabituelle. C'est par conséquent la singularité de cette composition ornementale, associée à une palette chromatique large et de qualité, qui conduit à dater ce plat des années 1570-80.

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Iznik. Plat chantourné aux cyprès. Turquie, art ottoman, vers 1570-75. Photo Beaussant Lefèvre

Céramique siliceuse à décor peint sous glaçure en polychromie sur fond blanc. Composition cruciforme de quatre cyprès alternés de fleurons formés de demi-palmettes bifides, à coeur de rosettes ou d'une fleur de grenade. Rebord chantourné à rochers et vaguelettes. Au revers, paire de tulipes et rosettes polychromes alternés. Une ancienne étiquette "Nicée (Isnik), XVIe". (Deux trous de suspension sur le rebord et la base. Petites fêlures. Un éclat sous le rebord). Estimation : 18 000 - 22 000 €

Si le motif du cyprès apparaît dès les années 1520, il faut attendre l'adoption du rouge en relief pour qu'il gagne en popularité. Les quelques exemples connus de compositions cruciformes sont généralement associés à des jacinthes ou diverses fleurs, mais non à des demi-palmettes affrontées comme c'est ici le cas (voir Nurhan Atasoy, Julian Raby, Iznik, Paris, 1991, p. 235, Frédéric Hitzel, Mireille Jacotin, Iznik, L'aventure d'une collection, Paris, 2005, no. 102, 103).

Quant au marli, sa forme chantournée et son décor de rochers et de vaguelettes sont très répandus dans la seconde moitié du XVIe siècle, et ce jusque dans les années 1580 - avec des variantes plus ou moins marquées. La même bordure que celle de notre plat est par exemple observable sur un plat de la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne, daté de 1555-60 (inv. 823, publié dans Ibid., no. 259).

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Iznik. Plat, tabak, au bouquet. Turquie, art ottoman, vers 1575-80. Photo Beaussant Lefèvre

Céramique siliceuse à décor peint sous glaçure en polychromie sur fond blanc. Bouquet symétrique de tulipes et d'oeillets ouverts et en boutons, attachés par une agrafe, sommé d'un entrelacs de demi-palmettes et de fleurons. Le rebord est orné de rosettes alternant avec des paires de tulipes. Au revers, rosettes et paires de tulipes, et ligne chantournée. (Deux trous de suspension - au rebord et à la base. Deux fêlures. Légères égrenures au rebord). Diamètre: 27,5 cm - Estimation : 15 000 - 20 000 €

D'une très belle maîtrise technique, ce plat illustre le thème du bouquet fleuri, cher aux Iznik. Le bouquet de tulipes et d'oeillets est en effet un thème relativement classique dans les années 1570-1580. Le Metropolitan Museum of Art de New York conserve un plat très comparable, tant pour son décor central que pour sa bordure (inv. 52.1.17); pour le décor central en bouquet, voir aussi: Nurhan Atasoy, Julian Raby, Iznik, Paris, 1991, no. 485, ainsi que Frédéric Hitzel, Mireille Jacotin, Iznik, L'aventure d'une collection, Paris, 2005, no. 158, 152, 114.

La bordure de rosettes et de paires de tulipes semble essentiellement utilisée autour des années 1580; on l'observe souvent autour de bouquets fleuris ou de compositions de petits bouquets (cf. Hitzel, Jacotin 2005, no. 43, 167, 168; voir également les collections du Metropolitan Museum, 02.5.41).

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Iznik. Plat, sahan, à la rosace polylobée. Turquie, art ottoman, vers 1580. Photo Beaussant Lefèvre

Céramique siliceuse à décor peint sous glaçure en polychromie sur fond blanc. Rosace à huit pétales trilobés sur fond rouge, délimitée par une frise tressée. Au revers, motifs fleuronnés et, sous la base, ligne noire sous glaçure colorée en bleue. (Deux trous de suspension (au rebord et sur la base). Un petit manque comblé sur le rebord et base accidentée). Diamètre: 28,7 cm. Estimation : 10 000 - 12 000 €

Ornements et palette chromatique convergent pour dater cette rare pièce des années 1580 environ. La gamme chromatique employée illustre en effet une production d'Iznik à son apogée: outre une large palette parfaitement maîtrisée, la densité du rouge corail est ici particulièrement mise en valeur par son emploi en arrière-plan. Le décor représenté est par ailleurs original. Si quelques plats à décor de frises de lambrequins sont connus pour les années 1570-80, rares sont ceux pour lesquels le motif se déploie aussi amplement (voir Nurhan Atasoy, Julian Raby, Iznik, Paris, 1991, p. 243).

Enfin, la frise tressée ornant le rebord est relativement peu fréquente; elle apparaît néanmoins sur des plats de même période (voir pour exemple le plat de la David Collection à Copenhague, Isl. 112, publié dans Ibid., no. 486). La conjugaison de ce motif sur un fond rouge évoque enfin le très beau récipient à couvercle du musée du Louvre, daté autour de 1585 (OA 7880 / 101, publié dans Walter Denny, Iznik, La céramique turque et l'art ottoman, Paris, 2004, p. 155). Un plat comparable est passé en vente chez Sotheby's à Londres, le 1er avril 2009, lot 207.

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Assiette, tabak, à la caravelle. Turquie, art ottoman, début du XVIIe siècle. Photo Beaussant Lefèvre

Céramique siliceuse à décor peint sous glaçure en polychromie sur fond blanc. Au centre, bateau à voiles auriques, entouré d'écume sur une mer animée de poissons. Rebords de vagues et de rochers noirs. Petites feuilles vertes au revers. Sous la base, ancienne étiquette portant le numéro 416. (Deux cassures recollées, une fêlure, et un tesson remployé pour combler un manque. Un trou de suspension dans la base).  Diamètre: 26 cm. Estimation : 8 000 - 10 000 €

L'iconographie de ce plat est particulièrement estimée, alors même qu'on ne peut véritablement en définir la signification. Protection du commerce, nécessaires communications maritimes, ou luttes contre les Vénitiens, Génois, Espagnols et Portugais: peut-être ce contexte d'essor de l'industrie navale ottomane peut-il expliquer en partie cette vogue ? (Frédéric Hitzel, Mireille Jacotin, Iznik, L'aventure d'une collection, Paris, 2005, p. 301) Le premier exemple connu de plat Iznik arborant un motif de navires à voiles est un bleu-et-blanc datant des années 1535-45, conservé au Victoria and Albert Museum de Londres (inv. 713-1902; cf. Nurhan Atasoy, Julian Raby, Iznik, 1991, p. 253 et no. 335). Le motif de bateau à voiles européennes ou latines entame ensuite son développement dans la seconde moitié du XVIe siècle, mais c'est au court du second quart du XVIIe siècle que l'on observe la série la plus importante de ce motif (Ibid., p. 280-281).

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Plat, tabak, aux feuilles saz et oeillets. Turquie, art ottoman, vers 1580. Photo Beaussant Lefèvre

Céramique siliceuse à décor peint sous glaçure en polychromie sur fond blanc. Composition symétrique de deux amples feuilles saz bicolores à rehauts rouges et d'oeillets, encerclant un bouquet d'oeillets avec agrafe. Rebord à vagues et rochers cobalt, rehaussés de rouge. Motifs fleuronnés au revers. (Trou de suspension sur le rebord; manques partiels sur la base. Égrenures sur le rebord et éclats de glaçure sur le marli. Tressaillures de la glaçure au revers). Diamètre: 27,5 cm. Estimation : 6 000 - 8 000 €

Provenance: Ancienne collection Jacques Martin. Porte une ancienne étiquette sous la base "Jacques Martin, Rhodes, XVIe siècle".

L'élégant mouvement d'ouverture offert par ces deux larges feuilles saz marque une évolution par rapport au traditionnel tourbillon de plus petites feuilles. La préfiguration d'une telle composition apparaît vers 1560-1565 avec un plat retrouvé en fouilles à Iznik (Arkeoloji Müzesi, Iznik; publié dans Nurhan Atasoy, Julian Raby, Iznik, Paris, 1991, fig. 389). Pour des compositions similaires, voir Ibid. p. 226, les collections du Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 02.5.51, 02.5.41 ou 66.4.14), ou celles du musée national de la Renaissance au Château d'Écouen (Frédéric Hitzel, Mireille Jacotin, Iznik, L'aventure d'une collection, Paris, 2005, no. 67-68, 88). La bordure de vagues et rochers est moins novatrice. Dérivée de modèles chinois, elle est très largement adoptée dans le répertoire des Iznik à partir des années 1550 (Ibid., p. 226 et cf. fig. 166 et ill. 314 pour exemple: le plat de la collection Antaki d'Alep, qui propose déjà cette composition semblable dès les années 1525-35). L'adjonction de rouge sur notre bordure est un trait toutefois plus singulier. La qualité de la gamme chromatique adoptée pour ce plat, conjuguée à sa décoration centrale, conduisent par conséquent à proposer une datation autour de 1580.

La palette chromatique du plat présenté se caractérise par un rouge encore soutenu. Le bleu pâle utilisé, la densité du vert, et enfin le décor de vagues et de rochers à fond noir du rebord, constituent autant de marqueurs conduisant à dater notre plat du début du XVIIe siècle. Les plats à décor de bateaux européens sont rares sur le marché de l'art: cf. à Londres, la collection Vincent Bulent vendue chez Christie's le 26 avril 2005 (lot 32), puis le 4 avril 2006 (lot 110), voir également Sotheby's, 27 avril 2005 (lot 185), 18 octobre 2001 (lot 126), 13 avril 2000 (lot 108). Les bateaux représentés sont toujours très diversifiés, mais les navires à voiles auriques restent peu fréquents. Le musée national de la Renaissance, au Château d'Écouen, conserve toutefois un plat très semblable au nôtre: cf. Hitzel, Jacotin 2005, ill. 461. Quant à l'étiquette numérotée 416, cela pourrait être un numéro d'inventaire interne à la collection J. Martin (voir n° 91 du catalogue) .

Beaussant Lefèvre. Mercredi 19 octobre à 14h00. Paris - Drouot Richelieu - salle no 4. EMail : contact@beaussant-lefevre.com - Tél. : 01 47 70 40 00