"Mongolie – Un voyage dans le temps" au Musée Rietberg
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Portrait de Gengis Khan, Sh. Sainzul, 2022, Chinggis Khaan National Museum
ZURICH - La Mongolie, terre de nostalgie : steppes à l’infini, nomades isolés, chevaux broutant, nature intacte. À ces représentations s’ajoutent celles de la Mongolie synonyme de ces fameuses « hordes sauvages » qui, sous la conduite du grand chef Gengis Khan, menèrent irréductiblement leurs terrifiantes conquêtes jusqu’en Europe. Mais ces clichés sont-ils avérés ? Que savons-nous réellement de ce pays ? Et à quel point la Mongolie s’est-elle urbanisée aujourd’hui ?
2000 ANS D’ART ET DE CULTURE
Avec l’exposition Mongolie – Un voyage dans le temps, le Musée Rietberg montre une image étonnamment différente de ce pays. Les dernières spectaculaires découvertes archéologiques ainsi que 200 objets, dont la plupart sont exposés pour la première fois hors de Mongolie, offrent un regard inédit sur ce pays et ses deux milleans d’histoire. L’exposition, qui se concentre sur les principaux centres urbains de Mongolie, constitue un voyage depuis l’actuelle métropole d’Oulan-Bator jusqu’aux plus anciennes cités connues du pays. De grands centres urbains, construits entre le IIe et le XIVe siècle, témoignent d’une urbanisation précoce et de la coexistence de populations d’origines très diverses. De précieuses marchandises attestent quant à elles de contacts commerciaux internationaux, tandis que des sources écrites soulignent l’importance exceptionnelle de la Mongolie pour les échanges culturels. En effet, les steppes d’Asie du Nord étaient le carrefour d’une ancienne aire culturelle entre l’Europe et l’Asie de l’Est. Mais en même temps, le nomadisme est resté dominant pendant des siècles pour une majorité de la population mongole et il constitue aujourd’hui encore le coeur de son identité.
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Gerelkhuu Ganbold (*1988), Corbeau, 2023/2024
OÙ SE TROUVE VRAIMENT LA MONGOLIE ?
Aussi banale que la question puisse paraître de prime abord, il est difficile d’y répondre clairement. L’appellation actuelle comporte à elle seule des ambiguïtés : il faut par exemple distinguer laRépublique populaire de Mongolie, fondée en 1924, de la « Mongolie intérieure », aujourd’hui rattachée à la République populaire de Chine. Or si l’on remonte le cours de l’histoire, cette ambiguïté existe depuis longtemps. On observe une succession d’empires qui naissent et disparaissent, qui fusionnent puis s’effondrent : des groupes formaient des confédérations, se combattaient ou étaient en fuite. Des soldats et des guerriers rejoignaient les armées victorieuses et changeaient de camp. Des artisans et des experts étaient recrutés ou enlevés comme butin de guerre. Les bergers se déplaçaient avec leurs troupeaux tout au long de l’année, et la cour royale changeait elle aussi de lieu. Cette mobilité a favorisé les échanges d’idées, de biens, d’oeuvres d’art, de cultures, de religions, de langues. L’exposition Mongolie – Un voyage dans le temps se propose de raconter cette histoire fascinante en quatre chapitres.
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Dalmatique, un vêtement liturgique de l’église Saint-Nicolas de Stralsund, Grand Empire mongol, Asie centrale ou Chine du Nord, cousu en Allemagne du Nord,1ère moitié du 14e siècle, Stralsund Museum
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Mongolie © Pascal Gertsch
AUJOURD’HUI : LA MÉGALOPOLE D’OULAN-BATOR
Le voyage dans le temps commence par la mégapole d’Oulan-Bator. Entouré de projections allant du sol au plafond, le public est immergé dans de vastes paysages et une vie urbaine animée. Il découvre ainsi un pays tout en contrastes, où les tensions entre ville et campagne, entre vie urbaine et nomade, sont plus fortes que jamais. La moitié de la population vit dans la conurbation dynamique d’Oulan-Bator. Pourtant, nombre de personnes restent profondément ancrées dans la tradition nomade. Après l’époque dévastatrice du communisme et la mondialisation amorcée en 1990, la jeune génération, notamment, cherche ses racines et sa place dans le monde d’aujourd’hui. Jeune et vivante, la scène artistique d’Oulan-Bator offre un témoignage unique de cette situation. Dans l’exposition, les oeuvres d’artistes contemporain·es, comme Erdenebayar Monkhor, Baatarzorig Batjargal, Lkhagvadorj Enkhbat ou Nomin Zezegmaa, traitent de la vie à Oulan-Bator et des tensions entre urbanité et tradition nomade. Dans les sections suivantes, des oeuvres récentes d’artistes mongol·es dialoguent avec des pièces historiques, créant ainsi une passerelle entre présent et passé.
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Lkhagvadorj Enkhbat (*1987), Supermarché, 2014
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Erdenebayar Monkhor (*1968), Stupa, 2014
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Oulan-Bator 2024, Photo : Bagimax
PROCHAIN ARRÊT : QARAQORUM AU XIIIE SIÈCLE
Au XIIIe siècle, Gengis Khan, ses fils et petits-fils conquièrent un empire dont la taille reste inégalée à ce jour : de la Corée à l’est à la Hongrie à l’ouest, de la Sibérie au nord au Vietnam et au nord de l’Inde au sud. Ce faisant, les Mongols créent alors le plus grand territoire d’un seul tenant de l’histoire mondiale – une véritable superpuissance. Leur force reposait non seulement sur une armée implacable, mais aussi sur une organisation et une administration centralisées, un système de poste très sophistiqué et le recours aux personnes les plus compétentes. Qaraqorum, capitale de l’empire mongol dans la vallée de l’Orkhon, en est une remarquable illustration. Cette cité cosmopolite abritait des individus de toute l’Eurasie qui apportaient avec eux leurs propres langues et pouvaient pratiquer librement leur religion. Ils venaient comme commerçants avec des produits raffinés ou travaillaient comme artisans pour les dirigeants locaux. Grâce à une sélection d’objets historiques et de dispositifs multimédias, la vie urbaine de Qaraqorum reprend vie. Des articles de luxe importés, de l’artisanat local, des objets précieux de la vie quotidienne, des fragments de textes et des manuscrits dans diverses langues et écritures, ainsi que des oeuvres d’art religieuses retracent la vie animée et le caractère pluriethnique de cette cité de l’empire mongol.
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Ornement d’une coiffe féminine, Mongolie, XIIIe–XIVe siècle, Chinggis Khaan National Museum
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Guerriers mongols au combat, premier quart du XIVe siècle, acquis par Heinrich Friedrich von Diez (1751–1817) à Istanbul, Staatsbibliothek zu Berlin – Preussischer Kulturbesitz, Orientabteilung
KARABALGASUN – L’EMPIRE OUÏGHOUR AU VIIIE SIÈCLE
Karabalgasun était une puissante cité de l’empire ouïghour, elle aussi située dans la vallée de l’Orkhon. Des vestiges archéologiques montrent que la métropole de cet empire s’étendait au VIIIe siècle sur une superficie de 40 km2. Ses habitants polyglottes mêlaient dans leur mode de vie les influences de la Chine, de l’Asie centrale, du Moyen-Orient et de la Méditerranée, et ce de manière tout à fait unique. En même temps, les souverains d’origine turcs étaient très conscients de leur propre culture. Pour la première fois, l’exposition Mongolie – Un voyage dans le temps reconstitue les nouvelles découvertes archéologiques, ainsi la citadelle de Karabalgasun qui
montre la multiplicité des contacts et des relations cosmopolites de l’empire ouïghour.
Un autre point fort de cette section de l’exposition sont les découvertes d’une tombe princière avec des bijoux en or filigranés et des figures funéraires uniques en leur genre, dont les peintures colorées sont parfaitement conservées.
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Imitation d’une monnaie byzantine, Byzance ou Asie centrale, 683–734, Chinggis Khaan National Museum
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Fouilles sur la citadelle dans la ville-palais de Karabalgasun © Deutsches Archäologisches Institut
LA « CITÉ DU DRAGON » – L’EMPIRE DES XIONGNU AU IER SIÈCLE
Le voyage mongol à travers le temps s’achève au Ier siècle, dans les steppes d’Asie centrale. C’est là que les Xiongnu ont établi leur vaste empire. Commencent alors des traditions qui façonneront tout le développement ultérieur de la Mongolie : l’importance primordiale du cheval, l’arc composite avec son fort pouvoir de pénétration ou encore l’organisation des troupes selon le système décimal.
Des découvertes spectaculaires provenant de tombes richement meublées des Xiongnu témoignent de relations commerciales très anciennes qui s’étendaient à toute l’Eurasie. Elles offrent également un aperçu de l’imaginaire des Xiongnu, où dominent les animaux mythiques tels que les dragons, les licornes et les créatures ailées.
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Fragment d’un tapis brodé, Bactriane, époque Xiongnu (IIIe siècle av. J.-C.– Ier siècle apr. J.-C.), Institut d‘archéologie, Académie des sciences de Mongolie
REPOSITIONNEMENT DE LA MONGOLIE
Cette exposition au Musée Rietberg raconte l’histoire de la Mongolie à travers ses villes, corrigeant ainsi des idées reçues selon lesquelles les modes de vie nomades et urbains s’excluraient mutuellement. L’imagerie du cheval et les invasions mongoles sont des clichés qui ne rendent pas vraiment compte de l’histoire complexe de ce pays. Les métropoles mongoles ont joué un rôle crucial dans le commerce et les échanges, et elles ont contribué par là au développement culturel et économique de l’Europe et de l’Asie au Moyen Âge. L’exposition questionne la vision eurocentrique de l’Histoire et aiguise la compréhension d’une région géopolitiquement importante, quoique souvent négligée, située entre les grandes puissances que sont la Russie et la Chine. Les oeuvres d’artistes contemporain·es mettent en lumière la tension entre traditions et modernité ; elles éclairent les défis écologiques, économiques et politiques auxquels cet immense pays est confronté.
L’exposition Mongolie – Un voyage dans le temps, dont les commissaires sont Alexandra von Przychowski et Johannes Beltz, a été conçue en étroite collaboration avec les principaux instituts culturels mongols et l’Institut archéologique allemand (DAI). Du 24 octobre 2025 au 22 février 2026, elle présentera plus de 200 prêts provenant des plus grands musées et instituts de Mongolie : le Musée national Gengis Khan, le musée de Qaraqorum dans la vallée de l’Orkhon et l’Institut archéologique de l’Académie des sciences. De nombreux objets et pièces archéologiques sont présentés ici pour la première fois hors de Mongolie. Des perspectives contemporaines ont été fournies par la commissaire Natsagsuren Mangalam (Galerie Lkham, Oulan-Bator). L’exposition sera accompagnée d’un ouvrage publié pour l’occasion.
Dans le cadre d’une collaboration média avec le Musée Rietberg, le magazine de voyage suisse Transhelvetica consacrera l’intégralité de son numéro d’octobre à la Mongolie – en Suisse. Du chant diphonique du Toggenburg à l’élevage de chevaux mongols au zoo de Langenberg, en passant par le paysage steppique emblématique de la Greina – tout un éventail de thèmes divertissants montre où se cache un petit bout de Mongolie en Suisse.
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Créature mythique, Mongolie, Second Empire turc (683–734), Chinggis Khaan National Museum
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Manège © Pascal Gertsch
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Mongolie © Pascal Gertsch
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Vue de l'exposition « Mongolie – Un voyage dans le temps » © Museum Rietberg, Patrik Fuchs
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Vue de l'exposition « Mongolie – Un voyage dans le temps » © Museum Rietberg, Patrik Fuchs
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Vue de l'exposition « Mongolie – Un voyage dans le temps » © Museum Rietberg, Patrik Fuchs
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Vue de l'exposition « Mongolie – Un voyage dans le temps » © Museum Rietberg, Patrik Fuchs
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Vue de l'exposition « Mongolie – Un voyage dans le temps » © Museum Rietberg, Patrik Fuchs