Manger la terre une habitude comme une autre
Manger la terre ? La réponse est oui et l'on en discute même lors de séminaire scientifique organisé par le Centre de la préhistoire d'Asie du Sud-Est et le Musée d'ethnologie du Vietnam.
Dans le district de Lâp Thach (province de Vinh Phuc, Nord), beaucoup d'habitants aiment manger de la terre. Selon Mme Nguyên Thi Lac, 81 ans, elle a commencé cette habitude à l'âge de 23. Un jour, enceinte, elle tombe par hasard sur son premier morceau de terre au marché. Curieuse, elle l'achète, l'apprécie au point qu'il devienne son plat favori depuis ce jour-là.
Cette coutume alimentaire se rencontre aussi chez certaines minorités ethniques comme Khang, Kho Mu (province de Yên Bai), ê Dê, Ba Na (hauts plateaux du Centre), Muong (Diên Biên) ou Hà Nhi, Mông de Lào Cai. À la différence des paysans de Vinh Phuc qui la mangent grillée, les Khang, dans la haute région du Nord, préfèrent la terre crue.
Pourtant, seuls quelques types de terre, qui répondent à certains critères comme riche en glaise et sans grains de sable, sont mangeables.
Selon les historiens, à l'époque des rois Hùng (av. J.-C.), cette pratique existait déjà. Dans un ancien livre historique intitulé Linh Nam chich quai, on relate que la dégustation de la terre était même incluse dans les rites du mariage. Dans le monde, il existe également d'autres peuples qui apprécient la terre comme un bon plat.
Du point de vue géologique, Trân Tân Van, de l'Institut des recherches géologiques et des minéraux (ministère des Ressources naturelles et de l'Environnement), affirme la nécessité pour le corps humain et animal des matières nutritionnelles comme protéine, lipide, vitamine (nutrition organique) et des sels minéraux et oligo-éléments (nutrition non organique) sans lesquelles l'homme pourrait courir le risque d'être malade, voire de décéder. De plus, les sels minéraux et les oligo-éléments existent souvent dans la terre en différentes teneurs et sont surtout très utiles à la santé. "Le corps humain exige des oligo-éléments que l'homme recherche continuellement", conclut M. Van. Ce phénomène est très répandu chez les femmes enceintes qui veulent ardemment manger quelque chose pendant leur grossesse.
D'autres explications sont aussi avancées pour expliquer ces mœurs comme la famine, la désintoxication, les maladies, le stress, etc.
Le fait de manger de la terre fait l'objet d'études des sciences sociales aussi bien que naturelles. Si on l'on en croit les explications physiologiques, le manque de nutrition non organique donnera naissance à cette habitude. Mais bien sûr, il y a aussi bon nombre d'autres facteurs concernant l'histoire, la religion et les coutumes. L'important est de trouver la nature et l'influence de cette habitude à l'égard de la culture, la société et de la santé de la population.
Xuân Thang/CVN