Temporada : Arles – Triomphe populaire de Juan José Padilla, généreusement primé face à un bon toro d’Andrés Ramos (Vidéos : La
Le matador de toros espagnol Juan José Padilla est sorti en triomphe des arènes d’Arles après avoir coupé deux oreilles face au quatrième toro d’Andrés Ramos, lors de la corrida qui s’est déroulée ce samedi, en fin d’après-midi, dans la cité rhodanienne. L’amphithéâtre romain a enregistré une demie entrée pour cette deuxième corrida de la feria du Riz, qui s’est déroulée par un temps magnifique.
Le cartel, hispano-français, réunissait Juan José Padilla, Julien Lescarret et Fernando Cruz, opposés à quatre toros de Santos Alcalde, très bien présentés et correctement armés, puissants et violents au fer, manquant de race et médiocres (l’exemplaire le moins pire fut finalement le 2e), un toro d’Andrés Ramos (4e), très bien présenté et bien armé, bravito et d’une bonté absolue au troisième tiers, et un sobrero de Tardieu frères (1er), très bien présenté et médiocrement armé, brave et encasté.
Juan José Padilla a effectué une vuelta face au premier toro de la corrida puis a coupé deux oreilles à l’issue de sa seconde comparution.
Julien Lescarret a écouté un silence à l’arrastre du deuxième exemplaire puis a salué au tiers lors de sa seconde prestation.
Fernando Cruz a écouté un silence face à ses deux adversaires, écoutant un avis devant le dernier exemplaire de l’après-midi.
La très médiocre corrida de Santos Alcalde a finalement été « sauvée » en apparence par un Padilla enthousiaste, qui a su, très rapidement tirer profit des faveurs du public. Une prestation bien vendue au milieu d’une course ennuyeuse - et dangereuse pour les toreros – avec un fer qui devrait rester en seconde zone. Le public, aveuglé par le show du Jerezano, n’a pas daigné qualifier l’effort de Fernando Cruz, qui a réellement toréé le 6e exemplaire, impossible.
Aux côtés de deux toreros peut-être encore trop « tendres » pour le vieux briscard des ruedos qu’il est, Juan José Padilla est arrivé à Arles en terrain conquis, bien décidé à briller face à un fer qui devrait rester dans l’anonymat après cette mauvaise course. Toutefois, le Jerezano a vu son premier adversaire s’abîmer le sabot de la patte avant-droite. Un toro de réserve de Tardieu frères, à la morphologie impressionnante, a donc remplacé l’animal titulaire.
Padilla, qui n’avait guère apprécié ici même sa rencontre avec les Yonnet, n’a pas fait dans la dentelle avec ce « nouvel » élevage français : après un réception de cape relativement vibrante – bien que tardive eu égard à l’alegría du toro – l’exemplaire de Tardieu a reçu une pique dans l’épaule gauche très appuyée de la part de Justo Jaén, qui a pompé à plusieurs reprises tout en fermant la sortie au toro… Malgré ce châtiment de choix et une seconde rencontre, le Tardieu est ressorti indemne de cette épreuve, menée de main de maître par le lidiando Morenito d’Arles. Juan José Padilla, en bon chef de lidia avait en effet décidé de jouer aux abonnés absents.
Banderilles en mains, le bouillant Jerezano a posé une belle paire de calafía au troisième passage faisant suite à un début de tiers assez commun. Conscient des qualités du toro, Padilla a tout de même offert son combat au public, déplaçant prudemment le Tardieu vers l’extérieur de la passe, sans peser sur sa charge. Dans un style vulgaire et profilé, en tapant sur le dos du toro, Padilla a poursuivi un travail quelque peu tape-à-l’œil qui a toutefois trouvé grâce auprès de certains spectateurs.
Ce n’est qu’en seconde partie de faena que le protégé de Diego Robles a daigné toréer avec un peu plus de sérieux. Malgré une muleta fréquemment accrochée, Padilla est parvenu à lier une série droitière honorable sur la fin avant de porter une belle entière… Le toro est mort en brave, au centre de la piste, résistant longuement avant de rendre son dernier souffle. Malgré une pétition importante d’oreille, la présidence s’est sans doute souvenue du traitement de « faveur » réservé par Padilla à ce toro et de son absence singulière en cours de lidia, ne faisant donc pas tomber son mouchoir. A trois reprises, à l’arrastre, Juan José Padilla a fait des saluts et des signes de défi envers le trio présidentiel. Une attitude qui ne s’imposait absolument pas en dépit des griefs exprimés…
Le sort a voulu que Juan José Padilla touche – au plus grand bonheur de certains spectateurs – le toro d’Andrés Ramos complétant ce lot de Santos Alcalde. Refusé la veille par les cuadrillas, ce toro s’est avéré être une formidable machine à charger, répondant à toutes les sollicitations. Usant de la voix avec la cape, Padilla a proposé un nouveau second tiers des plus communs, clouant les banderilles à corne passée avant de s’illustrer sur une belle paire de calafía.
Le toro, qui s’était précédemment montré puissant sous le fer, avait également désarmé un Padilla confiant à l’excès sur un virevoltant quite par navarras. A peine soso à la muleta, le toro d’Andrés Ramos a permis à Padilla de sortir « son » grand jeu. Genoux en terre, le Jerezano a lié une première série droitière fort vibrante avant de tomber dans la facilité irrémédiablement provoquée par l’enthousiasme d’un public trop facile et surtout désabusé par le tracé désespérant de cette course…
Abusant de la voix à l’excès, Padilla s’est rapidement rendu compte que le toro buvait le leurre et s’est donc attaché à toréer le public avant de dominer son adversaire. Cela a parfaitement fonctionné, excepté sur les séries où Padilla, perdant le toro de vue, présentait sa muleta à mi-hauteur. Ces quelques muletazos répétés ont appris un défaut au toro, qui a dès lors relevé la tête en milieu de passe, alors qu’il buvait le leurre sur les premiers muletazos…
Ce défaut s’est accentué sur le côté gauche, mais Padilla a très intelligemment tenté d’y remédier en offrant une série de naturelles aidées, destinées à lui donner plus de trajet. Avec un public chauffé à blanc, le sympathique Jerezano a poursuivi par des passes que certains apparenteront à des manoletinas, dans un style criard et nauséeux eu égard aux canons du toreo et à la qualité première de son adversaire. Après un desplante en lâchant tout puis un pinchazo, Padilla s’est engagé, portant une grande lame…
Le public, en transe, ravi d’une telle prestation, a oublié la catégorie de l’arène, réclamant à corps et à cris les deux oreilles du bon toro de Ramos, ovationné à l’arrastre. La double récompense a été accordée, même s’il faudra repasser pour la manière avec laquelle ce triomphe a été acquis.
Dans un registre forcément moins spectaculaire, Julien Lescarret s’est battu comme il a pu face à deux toros aux comportements opposés. Quelque peu débordé par la charge débordante et la violence du deuxième exemplaire, le torero landais a été rapidement mis en difficulté avec la muleta, connaissant par ailleurs des difficultés au moment de l’estocade. Le cinquième toro, protesté par le public, du fait de ses nombreuses génuflexions, a tout de même été entrepris avec mérite par le poulain d’Olivier Baratchart…
Proposant une faena avec plus de bas que de hauts, le Landais a tout de même réussi à tirer une série méritoire de naturelles aidées en fin de parcours, avant d’insister sur une distance plus resserrée. Il n’y avait pas mieux à faire.
Animé d’une grande envie, Fernando Cruz a jeté toutes ses forces et sa sincérité dans la bataille, sans que le public – padillisé à l’excès – ne s’en rende compte… Ainsi, le Madrilène a signé la réception de cape la plus allurée de la journée face au troisième exemplaire, sans cris démesurés, ni attitudes forcées. Par la suite, son adversaire a manifesté des problèmes de sabot mais a été maintenu en piste du fait que le tiers de piques avait déjà été sonné.
Sous les sifflets d’un public oubliant la notion du respect du torero – et préférant vociférer contre la présidence, en pleine faena, pour un torero qui ne sera pas changé –, Fernando Cruz a tenté tous les recours techniques pour tirer parti de cet animal. Insistant plus que de raison, le protégé de Luciano Núñez a fini par se faire désarmer au moment où l’exemplaire de Santos Alcalde donnait un nombre impressionnant de coups de tête.
Le dernier exemplaire, tout aussi puissant et violent au fer que ses congénères, a accumulé les hachazos à la muleta, manquant à deux reprises de blesser grièvement Fernando Cruz. Un danger qui n’a été perçu que par les professionnels présents en contre-piste. A ce titre, les valeureuses naturelles tracées par Fernando Cruz méritent un coup de chapeau, même si la conclusion de la faena n’a pas été des plus heureuses à l’épée.
Fiche technique de la corrida
Source : Christophe Chay.
Arènes d’ARLES. Samedi 9 septembre 2006. 17 h 00.
Deuxième corrida de la feria du Riz. Temps magnifique. ½ entrée.
4 toros de SANTOS ALCALDE (8 rencontres à la cavalerie), très bien présentés et correctement armés, puissants et violents au fer, manquant de race et médiocres (l’exemplaire le moins pire fut finalement le 2e),
1 toro d’Andrés RAMOS (4e), très bien présenté et bien armé, bravito et d’une bonté absolue au troisième tiers,
&
1 sobrero de TARDIEU Frères (1er), très bien présenté et médiocrement armé, brave et encasté,
pour
Juan José PADILLA (bleu de France & or) : vuelta – 2 oreilles.
1er toro (dédié au public) : entière.
4e toro : pinchazo en gardant l’épée – entière contraire.
Julien LESCARRET (écume d’océan & or) : silence – salut au tiers.
2e toro (dédié au public) : un tiers de lame, deux descabellos ; pinchazo en gardant l’épée – un quart de lame, descabello.
5e toro (dédié à sa cuadrilla et son apoderado) : entière tombée.
Fernando CRUZ (champagne & or souligné de noir) : silence – 1 avis et silence.
3e toro (dédié au public) : pinchazo – entière engagée, descabello.
6e toro : deux pinchazos profonds, deux descabellos.
Présidence : M. Jacques Garcin, assisté de MM. Jaoul et Juan.
Durée de la course : 2 h 22.
Remarques :
- Julien Lescarret se présentait à Arles en qualité de matador de toros.
- Fernando Cruz prenait part à son premier paseo dans les arènes d’Arles.
- Juan José Padilla est sorti en triomphe par le Grand escalier des arènes d’Arles.
Reseña des toros de Santos Alcalde, Andrés Ramos et Tardieu Frères :
1. N°111, colorado, 530 kg, né en mars 2002 (applaudi à l’arrastre)
2. Gallinero, n°5, negro, 630 kg, né en avril 2002 (applaudi à l’arrastre).
3. Taquillero, n°13, negro listón mulato, 620 kg, né en avril 2002 (silence à l’arrastre).
4. Guantero, n°39, castaño listón, 600 kg, né en février 2002 (ovationné à l’arrastre).
5. Cebollero, n°32, negro listón mulato poco bragado, 610 kg, né en avril 2002 (silence à l’arrastre).
6. Coquito, n°8, negro, 560 kg, né en mai 2002 (silence à l’arrastre).
Juan José Padilla, tout sourire, sort en triomphe des arènes d'Arles en sauveur d'une médiocre corrida - photo Corrida.tv.
