Découverte d'une grotte-cimetière au Vietnam
Ils sont restés plus d'un millénaire cachés à l'abri du temps et des hommes dans la grotte de Po Cung, tout en haut d'un versant incliné du mont Pha Hang, dans la province de Thanh Hoa (Nord). Les 74 cercueils découverts par des paysans du coin cachent les secrets d'une civilisation antique que des archéologues sont sur le point de décrypter.
Dès l'aube, le groupe d'experts délégués par l'Institut d'archéologie est au pied de la montagne Pha Hang, dans la commune de Hôi Xuân, district de Quan Hoa, province de Thanh Hoa. "Un coin des plus miraculeux", chuchote un guide local. On perçoit l'excitation des archéologues malgré des visages concentrés. Bientôt, une "fouille" archéologique extraordinaire se déroulera dans une grotte - cimetière. Entre mysticisme et science, les 74 cercueils de Po Cung s'apprêtent à révéler leurs secrets.
Pha Hang est une montagne rocheuse qui surplombe la rivière Luông. À quelques mètres de son sommet, la grotte de Po Cung est aussi baptisée dans le coin sous le nom de "Grotte-Fantôme". Tout le monde la connaît, rares sont ceux à s'y être aventurés. Il faut dire que son accès est digne des sherpas. Les archéologues se transforment en alpiniste, leurs doigts cherchant des prises sûres sur la raide paroi. La progression est lente, la piste tortueuse et accidentée. La moindre inattention pour devenir la cause d'une chute mortelle. Haletant, les traits marqués par l'effort et le stress, les archéologues parviennent finalement à arriver devant l'ouverture béante de la falaise. Les voilà sur le seuil de la cavité qui pourrait bien être la plus grande des grottes - cimetières trouvées jusqu'ici au Vietnam.
Longue de 30 m et haute de 10, la Grotte - Fantôme se divise naturellement en 3 niveaux. Deux entrées de 5 m de hauteur et 2 m de largeur, percent à ses extrémités, formant ainsi un système d'aération naturel qui permet à l'endroit d'être régulièrement aéré et éclairé. Les parois de la grotte sont lisses et noires comme si l'on avait pris le soin de les polir et fumer.
À l'intérieur, 74 cercueils en bois sont alignés sur de grandes étagères. Ils ne se ressemblent pas, le plus imposant mesurant 2,8 m de long et 0,48 m de large tandis que le plus petit ne fait que 1,4 m et 0,28 m. Il s'agit de troncs d'arbre qui ont été minutieusement creusés et dont on sait que dans le passé, ils étaient la dernière demeure des nobles. Pourtant, certains d'entre eux ne contiennent pas d'ossements. "Ils pourraient être réservés à l'enterrement ultérieur de grands dignitaires", dit le guide, à voix basse.
Les cercueils, comment sont-ils arrivés là?
Selon l'archéologue Nguyên Gia Dôi, membre de l'expédition et spécialiste de l'âge de la pierre, ce type d'inhumation était très répandu du temps de la civilisation de Dông Son. Plus tard, les peuples montagnards du Sud-Est asiatique utilisèrent aussi des grottes pour enterrer leurs morts. De nombreux sites au Vietnam, en Thaïlande, aux Philippines ou dans des provinces méridionales de la Chine attestent de cette pratique. Lors des diverses fouilles, on constata que la plupart des objets funéraires dataient du 1er siècle.
La découverte de Po Cung est cependant la plus importante jamais faite au Vietnam. Les études sur les objets, les ossements et les motifs ornant les cercueils en bois font dire aux archéologues que l'on se trouve à l'âge de fer (1er siècle av. J.-C - 15e siècle). Les "propriétaires" de ces objets seraient donc de la tribu du "Bach Viêt", qui occupaient il y a mille ans les terres de Quan Hoa, affirme Nguyên Gia Dôi.
Reste une question irrésolue. On s'interroge en effet sur le moyen utilisé pour faire parvenir les massifs cercueils dans cette grotte escarpée. Certains avancent l'hypothèse climatique selon laquelle le niveau d'eau de la rivière Luông était jadis de 100 m supérieur à celui actuel, facilitant ainsi le transport des cercueils dans la grotte.
L'originalité de la grotte - cimetière de Po Cung est si particulière de la mythique civilisation de Dông Son que les autorités de Thanh Hoa envisagent de développer un circuit touristique de découverte. Mais avant tout, "ces vestiges préhistoriques laissés par nos ancêtres sont dignes d'être l'objet d'une étude scientifique sur la conservation et la mise en valeur", affirme le secrétaire du Comité du Parti communiste vietnamien de Quan Hoa, Hoang Manh Hung.
(Nghia Dàn/CVN)